Cinq années : bilan et attentes des associations féministes

Cinq ans : la durée du quinquennat Macron. À en croire les associations féministes, le bilan est loin d’être bon. Cinq ans :  la durée du nouveau quinquennat, qui commence à peine, avec le même Macron et des attentes encore plus fortes. Ces attentes, ces déceptions, ces actions à venir et les petites et grandes victoires, on en parle avec Osez le féminisme 63, qui a été comme tant d’autres mouvements, au cœur des combats.

Osez le féminisme 63 s’est créé en 2014 comme branche locale de l’association nationale fondée trois années plus tôt. Les missions : féminister la société, élever le niveau de féminisme, contribuer à faire progresser l’égalité femme-homme et le droit des femmes. Tout ça, à travers trois types d’actions dont la manifestation, la sensibilisation et l’analyse. « C’est bien de manifester mais c’est important de comprendre et de travailler sur le fond aussi. », explique Ophélie, trésorière d’OLF 63.  

Cinq ans de combat

Nous Toutes, My Street Girl, OLF et bien d’autres. Les actions, interventions, manifestations et sensibilisations ont été nombreuses. « On a dû se battre pour arracher chaque victoire. Par exemple, le 3919 est disponible 24h/24h et reste sous statut associatif alors que ça ne devait pas être le cas. », lance fièrement Ophélie.

 Des victoires, elle en a beaucoup en tête. La PMA est enfin accessible pour toutes les femmes. Des protections périodiques gratuites sont disponibles pour les étudiantes françaises. L’allongement du délai de recours à l’IVG de 12 à 14 semaine également. « Ça paraît rien deux semaines mais quand on voit ce qu’il se passe aux USA… », confie cette dernière.

Pour elle, l’un des meilleurs souvenir du quinquennat est une victoire locale : « Aujourd’hui, à Clermont-Ferrand, les affaires de violences faites aux femmes sont jugées dans des commissions à part, dans un créneau dédié. Le tribunal juge que ça résulte d’une violence patriarcale particulière et qu’il faut le traiter sur une journée complète pour en comprendre le systémisme. ».

45 Féminicides

La priorité du quinquennat, en 2017, était l’égalité femme-homme. Si on se reporte à cette volonté, nous pouvons dire que le bilan est mauvais. Il y a quelques mois, un femmage organisé au Jardin Lecoq répertoriait tous les féminicides commis depuis 2017 soit sous le quinquennat Macron. 650 au total. Nous étions alors le 14 février. Depuis, la liste s’est allongée. En 2022, il y a eu 45 féminicides. « Darmanin se targue que toutes les plaintes des femmes sont reçues, c’est faux. Les condamnations pour viol ont chuté de 44% en 10 ans alors que le nombre de plaintes a augmenté de 42%. », dénonce Ophélie. Cette dernière pointe aussi du doigt l’hypocrisie qui concerne l’endométriose, reconnue comme affection de longue durée mais qui ne bénéficie pas d’un dédommagement de salaire en cas d’arrêt de travail.

Libérée mais pas écoutée

Aujourd’hui, 1% des viols ont une issue juridique ce qui ne signifie même pas une condamnation assurée dans ces 1%. 70% des plaintes sont classées sans suite. « Macron avait mis l’égalité comme grande cause du quinquennat, on est même pas déçus car on n’attendait rien. », rappelle Ophélie. Pour elle, si la parole s’est libérée, les femmes ne sont pas pour autant écoutées.

Rappelons au passage que les heures d’éducation à la sexualité ne sont pas appliquées comme elles le devraient dans les établissements et que les inégalités s’ancrent dès le plus jeune âge dans la société. « Pendant le covid, les femmes étaient en 1ère ligne pourtant, c’est le salaire des hommes qui a augmenté. C’est une forme de violence économique. ».

Enfin, Ophélie veut rappeler que la loi a passé le seuil de non consentement à 15 ans. « Ce seuil ne nous convient pas. On peut être violée avant d’avoir le droit de voter. », ironise-t-elle, amer. Qu’importe la taille de l’ennemi, les associations féministes sont déjà prêtes à reprendre le combat alors qu’Emmanuel Macron annonçait, avant l’élection, « l’égalité femme-homme sera la priorité, encore. ».

Retour sur le ring

Une des grandes revendications des associations féministes, c’est le milliard d’euros pour l’égalité. « On ne lâchera pas. », lance Ophélie, déterminée. La moindre des choses, lorsque l’on lit Le coût de la virilité de Lucile Peytavin et que l’on connaît ce montant astronomique. « Il faut faire attention aux violences économiques. 80 % des temps-partiels sont occupés par des femmes. C’est particulièrement elles qui vont souffrir de la réforme chômage qui veut 6 mois de travail et non plus 4 pour le chômage. ».

De toutes les façons, Ophélie le sait, « chaque crise remettra en cause le droit des femmes ».

Nous présidentes

Toutes leurs revendications, les associations les portent haut et fort dans la sphère politique. Durant la campagne, un féministomètre jaugeait le programme des candidats. Souvent décevants, OLF a créé son propre champ d’actions.

1. Un milliard d’euros pour lutter contre les violences conjugales

2. La reconnaissance de l’amnésie traumatique et imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineur·es

3. Une politique abolitionniste et la lutte contre la pornocriminalité

4. Un droit à l’avortement effectif pour toutes, une gynécologie sans sexisme

5. Une santé féministe des femmes

6. Une éducation non sexiste de la petite enfance à l’université

7. Individualisation de l’impôt et revalorisation des allocations familiales

8. Un Service Public de la petite enfance

9. Des pensions alimentaires payées et non imposées

10. Revaloriser les métiers féminisés

11. Pratiquer systématiquement le gender budgeting

12. Révocation de tout élu condamné pour violences

« Le but, c’est mettre le féminisme sur le devant de la scène et faire en sorte que le temps médiatique et politique des élections cesse d’être accaparé par la sécurité et l’immigration. C’est l’extrême-droite qui fait l’ordre du jour de l’agenda politique et ça, on ne le veut pas ».

Débat

Le débat et la sensibilisation sont au cœur des actions d’OLF. Vendredi 6 mai, à 18h30, l’association participera à un débat à la salle Anne Sylvestre de Cournon. Le but sera de parler de l’égalité dans la société, le monde politique et dans l’entreprise. Le maire de Cournon et le patron du Médef 63 seront présents. « Quand on voit qu’un tiers des français ont voté pour l’extrême droite, il y a un enjeu à sensibiliser les citoyens et citoyennes. », conclue Ophélie.

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