Grève à l’EMSP de Chamalières : Une direction mise à mal

Depuis plusieurs années, les salariés alertent sur la situation que traverse l'Etablissement Medico-Social Public (ESMP) de Chamalières. Cette structure comprend L'IME les Roches Fleuries et le Sessad des Dômes. Pourtant, l'ARS et l'inspection du travail ont déjà rendu des rapports accablants.

Elles sont éducatrices spécialisées, ils sont moniteurs-éducateurs. Tous sont réunis autour d’une table afin de raconter leur quotidien professionnel. Certaines ont plus de 30 ans de boite, mais depuis quelques années, c’est « l’enfer. »

Alors, les plus anciens racontent : « Nous avons eu un directeur entre 2002 et 2018 avec le dialogue était possible. Notre IME était plein, les groupes fonctionnaient, on adorait venir au travail. »

Un EMSP qui connaît un changement de direction en 2018

Une nouvelle directrice prend le relais dans cet établissement qui accueille des ados en internat, semi-internat. « D’autres sont scolarisés sur place. » Certains professionnels interviennent dans le cadre du SESSAD, dans les écoles avec des jeunes notifiés par la MDPH. Cet établissement est spécialisé pour les jeunes qui présentent une déficience intellectuelle légère ou moyenne. « Mais depuis 2015, et la fermeture de lits en psychiatrie, nous accueillons aussi des enfants qui souffrent de maladies mentales ou troubles psychiques. » Explique l’un des salariés.

L’accueil de la nouvelle directrice se fait remarquer : « Tout de suite, elle nous a ordonné de ne pas nous plaindre, et son premier discours a été de nous dire qu’elle interdisait les décolletés, les tongs, et les bavardages. Elle a rajouté qu’on avait trop de vacances. » Raconte un élu syndical CGT. Mais les salariés, quoique choqués sont rassurés lorsqu’elle termine : « La porte de mon bureau sera toujours ouverte. »

Pourtant, selon les salariés réunis, le manque de communication s’installe très vite. En 2019, elle remet en cause les plans de formation pour les professionnels. Selon elle, il y a trop de demandes individuelles, elle choisit donc elle-même ce qu’elle considère comme formations prioritaires. « Elle a très vite fait du favoritisme sur les horaires, les prises en charge des repas, les formations…Elle privilégie les services généraux au détriment des équipes éducatives… »

Des rapports de l’inspection du travail accablants

Selon le syndicat CGT, elle censure les rapports d’activités. « Elle ne mettait rien par écrit. » Des faits qui seront d’ailleurs dénoncés dans les différents rapports de l’inspection du travail que nous nous sommes procurés. La culture de l’oral s’installe peu à peu, négligeant l’importance des notes de service et les traces écrites.

Lors du confinement, l’établissement ferme 2 mois. A leur retour, les agents apprennent qu’ils doivent donc rendre des heures. « Nous envoyions chaque semaine pourtant un compte-rendu de notre activité. Puis elle a appliqué stricto sensu la loi de finances 2011 et notamment son article 115. Il prévoit le rendu des heures lors d’arrêts maladie, ayant occasionné des prélèvements de salaire. L’inspection du travail dans un courrier du 12 avril 2023 viendra rappeler à la direction cette application » trop dure. » Certains agents décident alors de travailler même malades.

Une jeune femme se verra devoir rattraper 200 heures de travail après son congé maternité. Une autre 60 heures, elle démissionnera…

Alerte de l’ARS

L’inspection du travail, mais aussi l’ARS établissent différents rapports que nous nous sommes procurés. La liste des dysfonctionnements est très longue. Absence de déplacements lors d’astreinte, refus des jeunes de l’ASE alors qu’il restait à cette époque des places vacantes.

En effet, l’établissement est rappelé à l’ordre car il ne remplit pas ses places, alors même que subsiste une liste d’attente d’enfants. « l’ARS avait comptabilisé 20 places vacantes, dans une période où les familles cherchent constamment…C’est affreux. »

20 places vacantes malgré une liste d’attente, pendant 2 ans !

Dans ces conditions, les salariés souffrent. Le turn over est affolant. En date du 8 avril 2024, le rapport de l’inspection du travail énumère les éducateurs non remplacés, les CDD non renouvelés et la souffrance au travail de ceux qui partent et de ceux qui restent. La directrice dit s’en féliciter, affirmant, avec ironie, que le turn over est essentiel. « Ce n’est pas notre avis » répondent les salariés. « Les jeunes ont besoin de stabilité, de figures référentes. » De nombreux titulaires démissionnent ou se mettent en disponibilité.

Souffrance au travail

Autre point de crispation: la prime SEGUR que la direction a mis 8 mois à verser. « Même l’ARS que nous avions sollicité, nous explique n’avoir aucun pouvoir sur la direction » Témoigne un agent.

Le fils de la directrice s’est affilié à Force Ouvrière et siège; en tant que suppléant, au CSE, l’instance de représentation du personnel. « Il a été titularisé à son poste salarié, alors même que sa mère était présidente du jury. Il y a un problème non? » Dénonce le syndicat CGT qui rajoute : « En CSE, on ne sait pas bien qui parle : Le fils ou le syndicaliste ? »

Lors de notre consultation des différents rapports de l’ARS et de l’inspection du travail, il est rappelé que les ordres du jour ne sont pas respectés, ni les tenues de réunions obligatoires. Les PV ne sont d’ailleurs jamais signés par les Représentants du Personnel, selon les instances. « Nous ne signons pas car les PV ne reflètent pas du tout les propos tenus. » Explique l’un d’eux qui ajoute : « Elle refuse les enregistrement et même la F3SCT, ancien CHSCT alors même que les Représentants du Personnel sont reconnus. »

Des jeunes sans projet ni activités

Les conséquences sont alors dramatiques sur la prise en charge des jeunes. « On n’est pas remplacés, les jeunes n’ont plus d’activités. ils attendent que la journée se passe. » Et pas de grasse matinée pour les internes ! « Tout le monde doit être dehors à 8H30, et l’accueil se faisait même les jours de pluie, sans aucun préau. Jusqu’au jour où l’ARS a fait une visite surprise. » S’insurgent les salariés.

Dans les notifications de l’inspection du travail et de l’ARS, nous avons pu lire qu’aucun projet d’établissement n’a été réalisé. En 2023, un cabinet a été mandaté par le CHSCT, à la demande de la CGT. En effet, les départs trop importants d’agents déstabilisaient les effectifs de salariés non remplacés. Le cabinet démontrait une mauvaise ambiance et une mauvaise gestion de la part de la direction avec notamment un management délétère dans plusieurs services.

Le rapport SECAFI démontre « un déficit des repères écrits en matière de gouvernance, un partage des tâches et des rôles flou, et des réunions institutionnelles conflictuelles. » Ce rapport, gros de 106 pages appuie sur la souffrance au travail et l’impact sur les jeunes pris en charge. Il démontre notamment un pouvoir centralisé entre la direction et la directrice adjointe, et un déficit de communication avec les agents.

A plusieurs reprises, l’inspection du travail écrit à la direction pour lui rappeler ses obligations et devoirs en matière de protection des salariés.

Des manquements graves

Enfin, le rapport de l’inspection de l’ARS 69 datant de 2024 pèse lourd, lui aussi. Plus de 74 pages tendent à alerter sur des faits qui paraissent inimaginables. Dès la lecture des premiers feuillets, on prend conscience que la direction n’est pas en mesure de donner le nombre exact d’enfants suivis par la structure ! L’ARS alerte sur le fait que la direction « choisisse » certains profils plus que d’autres. L’ARS, principal financeur de cet établissement public, signale au passage qu’il manque une vraie communication avec les familles. « Il n’existe pas de processus décisionnel clair, ni de règlement de fonctionnement complet. » Est-il inscrit dans la multitude de mises en garde. Aucune procédure d’astreinte était mise en place, à l’heure de l’écriture du dossier. L’ARS s’arrête aussi sur la prévention de la maltraitance. « Mauvais traitement des événements indésirables, pas de qualifications pour tous les professionnels. (…) Aucune procédure d’accueil et d’accompagnement des salariés. »

Et du côté de la prise en charge des jeunes, l’ARS pointe des lacunes : Pas de projets individualisés, pas de médecin ni de prise en charge médicale, pas de plan de soin et des protocoles individuels non actualisés, notamment en cas d’épilepsie, diabète… »

« Un déficit de pilotage stratégique »

L’ARS conclut donc son rapport en pointant  » un déficit de pilotage stratégique », et des « carences majeures » en terme de pris en charge des jeunes et de bientraitance au travail.

Ainsi, le syndicat CGT des Galoubies appelle à une manifestation ce 9 décembre. Cette grève a pour objectif d’obtenir les remplacements immédiats des postes vacants, le rééquilibrage du management, la réalisation d’un diagnostic Risque et Prévention Santé. « Nous voulons alerter sur la situation des agents et les conséquences sur les jeunes avec une direction de plus en plus autoritaire et incohérente. »

Une grève des agents le 9 décembre

Le syndicat exige plus de transparence et un meilleur dialogue social. Enfin dernière revendication : l’arrêt des refus des projets éducatifs pour les enfants. « Notre syndicat est méprisé et jamais pris au sérieux alors que le personnel nous a largement élus. Puisque nous sommes 4 à siéger avec un seul représentant FO.

De plus, une salariée a déposé plainte pour harcèlement moral contre la directrice. L’affaire est en cours et pourrait être jugée au pénal.

Contactée par mail, l’EMSP n’a pas répondu à nos sollicitations. La présidente du Conseil d’Administration n’a pas donné suite à notre message laissé sur son répondeur.

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2 réflexions sur “Grève à l’EMSP de Chamalières : Une direction mise à mal”

  1. Bravo à vous ! Votre article sur l’EMSP Les Galoubies est très bien construit et documenté. Il démontre tout à fait le climat délétère qui règne dans cette structure. Cependant, ce n’est pas nouveau et rien ne bouge pour autant. Pourtant Me Patrick ROESCH, Avocat, avait fait paraître un article sur le journal La Montagne en 2023. Des salariés avaient déjà fait appel à Me ROESCH pour harcèlement moral sans succès apparemment. Combien de temps encore les salariés et les enfants pris en charge vont encore souffrir ?

  2. Comment le Conseil Départemental du Puy de Dôme peut il laisser faire de telles dérives institutionnelles ? Le CD 63 a des sièges au conseil d’administration de l’ IME et il est donc au courant de ce qui se passe. Si ces élus ne sont pas capables d’agir, il faut leur retirer leur mandat. La directrice est là pour mettre en œuvre les décisions du CA, sil elle ne la fait pas, c’est à son autorité de tutelle de la dégager.

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