Pour les mineurs isolés, une galère sans fin

Après l’évacuation du lieu d’hébergement le "5 étoiles" cet été et quelques nuits passées dans un gymnase ouvert en janvier lors de la période de grand froid, une cinquantaine de mineurs étrangers isolés sont toujours sans solution digne ou durable de logement, à Clermont-Ferrand et aux alentours. Si quelques-uns dorment au centre associatif Jean Richepin depuis plusieurs semaines, la mairie voudrait désormais qu’ils partent.

Ballotés de squat en squat. C’est devenu une habitude. Après l’évacuation du lieu d’hébergement le « 5 étoiles » et près de 40 jeunes, les choses sont devenues plus difficiles encore qu’elles ne l’étaient. Une galère permanente. Certains dorment à la gare. D’autres sont aidés par des hébergeurs solidaires. Une poignée sont logés par le 115, sans cesse saturé.

Fin novembre, une opération visant à créer le « 6 étoiles » dans un logement vacant a raté après l’intervention musclée des forces de police et leur utilisation de la violence et de gaz lacrymogène.

Politique du thermomètre

Un peu plus tard, face à l’arrivée du froid, un gymnase ouvrait ses portes aux personnes sans-abri. C’était le dimanche 7 janvier. Celui-ci a fermé 10 jours plus tard lorsque la météo est devenue plus clémente. Sans délai, plusieurs associations de solidarité dont le Secours Populaire et les Restos du Cœur ont convoqué la presse pour dénoncer cette « politique du thermomètre ».

Puis les températures baissent à nouveau. Le gymnase rouvre. Puis ferme encore. Des jeunes à nouveau à la rue. Il faut faire un choix. Le 22 janvier, la quinzaine de mineurs et le collectif Yapasmieux décident d’investir les locaux du centre Jean Richepin.

Centre associatif municipal

À Jean Richepin, la situation n’est pas optimale mais c’est déjà ça. Le centre associatif municipal accueille de nombreuses structures. Les locaux de la Ligue des Droits de l’Homme et du RESF ne sont pas grands. Au moins, les jeunes dorment au chaud. « Ils n’ont pas accès aux douches, pour eux c’est hyper compliqué et pour nous aussi. », explique une membre du collectif mercredi 31 janvier. Les bénévoles sont à bout de souffle. Les jeunes aussi. « Ce qui me fatigue le plus, c’est le manque de sommeil. C’est pas facile pour s’organiser », indique un jeune homme arrivé de Côte-d’Ivoire le 5 décembre, juste avant le début de la conférence de presse.

Si jusque-là, la mairie s’inscrivait dans la ligne de l’adage « qui ne dit mot, consent », la veille, le mardi 30 janvier, la collectivité demandait au collectif de partir avec les jeunes. Pour les bénévoles, cette décision pourrait s’expliquer par l’ouverture prochaine de nouvelles places d’hébergement. « On reste ici pour le moment. », ont assuré les bénévoles, mercredi.

Naviguer à vue

En effet, personne n’est parti. Depuis le 31 janvier, pas de réaction de la mairie. Steve Maquaire-Beausoleil, conseiller municipal délégué à l’accompagnement social et aides à l’insertion des jeunes précaires, à la vie étudiante et universitaire et chargé de l’accueil des nouvelles populations et plus particulièrement de l’accueil et la solidarité avec les migrants souhaite clarifier la situation et assure que la volonté de la mairie n’est d’utiliser quelconque technique visant à forcer l’évacuation à aucun moment.

« On a dépêché sur place un agent de sécurité pour la protection des jeunes. », explique-t-il. En effet, la mairie avait témoigné de sa bonne foi par ce geste dès le 22 janvier. Mais pour la municipalité, le problème réside dans la gestion des week-end alors que les agents se font plus rares. « On leur a demandé de partir mais nous sommes en contact avec le collectif pour dire qu’on peut quand même assurer la sécurité jusqu’au samedi mais pas le week-end. », indique ce dernier.   

Face à cette situation, ce week-end, les jeunes ont pu être hébergés en dehors de Clermont-Ferrand.

Négociations

« La situation existe depuis un moment. On suit avec attention toutes ces difficultés. Le squat « 5 étoiles » permettait le tampon pour ces jeunes. Après l’évacuation, on était très en lien avec le Collectif Citoyen 63 qui a permis de mobiliser plusieurs institutions. », explique Steve Maquaire-Beausoleil avant de réaffirmer la position de la mairie : « Nous avons eu la volonté de créer un centre pour les « mijeurs » (contraction entre mineurs et majeurs relative à la situation de ces jeunes déclarés majeurs par l’ANRAS-DDAEOMI) et des visites ont été faites. On a toujours été partants. Le maire a fait la proposition d’ouvrir un lieu. Avec le nouveau préfet, nous avons redit qu’on avait un lieu à disposition spécifiquement pour ces personnes. On fait le max pour répondre aux besoins avec les compétences qu’on a. Nous, le lieu est prêt depuis 8 mois. Avant, la préfecture bloquait mais aujourd’hui, c’est en cours de négociation. ».

Hier, les jeunes ont réinvesti le centre Jean Richepin. Le futur reste incertain. Selon nos chiffres du vendredi 2 février :

50 jeunes sont sans solution d’hébergement à long terme. 41 garçons et 9 filles.

Parmi eux, 4 filles et 2 garçons sont hébergés par le 115 avec possibilité de renouvellement tous les mois.

12 jeunes dorment au centre Jean Richepin. 32 chez des hébergeurs solidaires.

4 mineurs sont à la rue, sorti du processus d’accueil de l’Aide Sociale à l’Enfance et pas encore en lien avec les collectifs.

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2 réflexions sur “Pour les mineurs isolés, une galère sans fin”

  1. Vous parlez bien de mineurs isolés, qui n’ont aucune attache familiale en France ?
    En vertu de la CIDE, et de la législation sur la protection des mineurs, ces personnes ont des droits.
    L’état ou toute autre administration publique doit proposer des solutions qui vont de l’hébergement à l’aide sociale générale.
    Si les associations peuvent agir en urgence, ce n’est pas à elles d’assurer ces garanties mais collectivement, à la mairie, au département et à la préfecture.
    Chaque mineur devrait porter plainte contre l’administration pour non respect de la convention internationale. Les avocats de la LDH ont ils une idée ?
    Utiliser le 115, et les possibilités d’hébergement citoyen comme transition mais la situation n’est pas nouvelle. Le département a déjà pris en charge ces mineurs dans des hôtels mais avec la loi Taquet, ce n’est plus possible. IL reste donc à créer une structure type foyer.
    La loi Immigration n’est pas encore appliquée mais on constate une indifférence publique déjà bien installée. Pour moi, l’état est responsable et doit débloquer des moyens.

  2. On parle effectivement de mineur.es isolé.es (ou MNA, Mineur.es Non Accompagné.es). Un point qui complique leur situation, dans ce cas précis, est que leur minorité n’est pas encore reconnue : dans le Puy-de-Dôme, le Département mandate l’association ANRASS/DDAOEMI pour évaluer la minorité des jeunes. Or, dans cette affaire le Département est à la fois juge et partie : en effet, si les jeunes sont reconnu.es mineur.es, ils/elles doivent être pris.es en charge par le Département (via l’ASE). Donc, bizarrement, ils et elles sont toustes déclaré.es majeur.es…. Les critères d’évaluation de minorité sont totalement fantasmagoriques. On a vu des jeunes être déclaré.es majeur.es alors même qu’ils avaient un passeport prouvant qu’ils avaient 16 ans. Ainsi, le temps que ces jeunes puissent saisir le juge des enfants pour faire reconnaître leur minorité (ce qui dure environ 1 an), ils et elles ne sont pas pris.es en charge par les pouvoirs publics. Une belle façon pour les pouvoirs publics de se dédouaner de leur responsabilité en termes de protection de l’enfance…. lorsque les enfants sont étrangers-ères et n’ont aucun appui, et qu’on ne veut pas d’eux et d’elles. Un système fondamentalement xénophobe, de mon point de vue.

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