Partout en France et dans de très nombreuses enseignes, le sous-effectif prime, les conditions de travail en sont fortement impactées et la vie de milliers de salariés avec. Pourtant, du côté des actionnaires, les affaires restent florissantes. À Clermont, une mobilisation avait lieu ce matin à Auchan Nord pour dire stop. Près d’une cinquantaine de personnes ont revendiqué leur colère à l’intérieur de la grande surface. Pour soutenir les salariés, le Secrétaire Général de la CGT Commerce Distribution Services était présent ainsi que des représentants de la section locale. D’autres syndicats comme FO et des salariés d’autres magasins également. Ensemble, ils ont défilé à travers les rayons et dans toute la galerie d’Auchan au rythme des slogans.



« Augmentez les salaires, pas les actionnaires »
Boulanger, Leroy Merlin, Flunch, Décathlon, Norauto ou encore Kiabi : toutes ces enseignes ne représentent même pas la moitié de ce que possède la famille Mulliez à travers son groupement d’intérêt économique « Association Familiale Mulliez ». Auchan, bien sûr, en fait partie avec ses 50 000 employés environ en France. Au total, la marque compte près de 800 actionnaires. Si l’enseigne n’est pas au top de sa forme, ces derniers ont reçu de très généreux dividendes ces derniers mois.
« Augmentez les salaires, pas les actionnaires », scandaient les participants. « Mulliez, rembourse le CICE! », également. Amar Lagha, Secrétaire Général CGT Commerce tient à préciser que le groupe a bénéficié de milliards d’euros d’exonération fiscale. Pourtant, l’enseigne tente d’optimiser son rendement au maximum. C’est ce qu’explique notamment Elhadji, Secrétaire Fédéral de la CGT Commerce et Grande Distribution : « Ils cherchent la moindre coupe pour augmenter les dividendes. ». Pour lui, cela passe notamment par l’externalisation du service de sécurité ou encore par les baisses d’effectifs au sein des différents magasins.
Avant les fêtes, des mouvements sociaux ont éclaté dans plusieurs Auchan. Dès lors, la direction promettait de s’asseoir à la table des négociations au début de la nouvelle année. Depuis, silence radio. Pire, en janvier 2022, un média révélait le possible rapprochement de Carrefour et Auchan. Le nom de code de l’opération : « Merlot ». L’idée serait d’en faire l’un des plus grands distributeurs mondiaux avec une présence dans 17 pays et 29 % de parts de marché.
Le cortège s’arrête symboliquement devant les caisses automatiques, autre enjeu principal de la mobilisation. Si elles sont de plus en plus présentes dans nos magasins, elles sont pourtant une catastrophe. Amar Lagha le rappelle : une caisse automatique, c’est 8000€ net par jour dans la poche des actionnaires puisque c’est aussi 1.5 poste en moins à chaque fois et que l’argent des ventes n’est plus en partie reversé à un caissier ou une caissière.
« On a l’impression d’un dialogue de sourd »
Elle ne souhaite pas donner son nom. Mais après 25 ans passés au sein du Auchan de Clermont Nord, elle en a des choses à dire. « Ce qu’on dénonce, c’est l’ultra polyvalence qui nous est demandée, on nous demande aussi de bouger de secteur, on change nos horaires, il n’y a aucune prise en compte des problématiques que l’on rencontre ». Pour son collègue Nicolas, technicien de maintenance, le plus gros problème, ce sont les risques psychosociaux dus à la baisse du nombre d’employés et au travail qu’il faut malgré tout combler pour ceux qui restent et à qui on demande d’être plus productifs. « On nous dit qu’il y a des embauches mais ce sont des contrats étudiants avec très peu d’heures », explique-t-il. Résultat, les clients eux-mêmes constatent la dégradation du magasin, la vétusté, le sol dangereux, la galerie fantôme, l’attente en caisse et les produits manquants.
Enjeux nationaux et galères locales
« On dénonce les conditions de travail au niveau local et les salaires trop bas pour le national », confie l’employée. « Et puis on a l’incertitude de l’avenir avec les résultats en décrochage », ajoute cette dernière. Une incertitude que partage Amar « avec le rapprochement, c’est un monopole qui va se créer. Ils vont pouvoir faire beaucoup de choses et personne ne pourra rien leur dire ».
Si les principaux enjeux sont les mêmes partout, ceux des droits des travailleurs, des salaires décents et des conditions respectées, les salariés de Clermont alertent sur certaines difficultés locales. Ici, cinq emplois ont été supprimés l’an dernier. Surtout, le magasin est au milieu d’une galerie fantôme, complètement désertée. Il y a dix ans, Auchan a souhaité la construire. Dans ce cas, il faut avoir au préalable des promesses d’installation à hauteur de 70% de la surface. Avec seulement 35%, la galerie s’est tout de même construite. Aujourd’hui, pas grand monde ne s’est installé, beaucoup de locaux gardent leurs grilles fermées et la direction a décidé de tapisser des vitrines avec des décors de boutiques pour cacher la misère.




Contre tout ça, les participants ont mené une action coup de poing ce matin. Fait rare, c’est à l’intérieur du magasin qu’ils ont revendiqué. « Le but, c’est de sensibiliser les salariés qui n’ont pas toujours le courage de dénoncer ou de se mobiliser », explique Elhadji. Alors qu’Emmanuel Macron disait ces mots il y a deux ans : « Il nous faudra nous rappeler que notre pays, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal », Amar souhaite montrer l’union syndicale contre ces paroles en l’air et dire au groupe Mulliez que les salariés sont prêts à se battre pour leur salaire. « Je sens qu’il y a une colère et c’est pour ça qu’on est aussi nombreux aujourd’hui », termine Nicolas. Ici, l’enjeu est de taille alors que dans deux semaines, près de la moitié des caisses traditionnelles vont devenir des caisses automatiques.
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