Épisode 6 – Déterminisme social et prison

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Déterminisme social ?

«  Il ne faut pas se leurrer, un fils d’ouvrier est potentiellement un futur prisonnier…La société se débarrasse de ses pauvres, en prison. Aujourd’hui, la prison a changé. Tu peux être incarcéré pour un petit délit, pour une permis de conduire. Il ya 15 ans, il  fallait un casier pour rentrer. Maintenant, nous avons tous les paumés de la société.

Aujourd’hui, le détenu n’a plus de culture. Il n’a pas d’éducation. IL n’a pas eu les bases de la vie en société, alors il se retrouve là. C’est un délinquant devant lequel les parents, le système scolaire, les travailleurs sociaux ont baissé les bras.

Avant, au moins un parent était présent, mais aujourd’hui, c’est fini. Et pour ceux-là, la prison ne change rien. IL ne faut pas croire, la prison ce n’est pas de l’insertion, c’est de l’enfermement. Pour les jeunes, une fois qu’ils ont mis les pieds ici pour un petit trafic, un vol, c’est terminé : ils ont un abonnement à vie derrière les barreaux.

Et je vais te dire pourquoi tout ça a changé, parce que la société te bouffe. Comment tu manges ? Tu es piégé par la société de consommation. Tu dois faire comme les autres, avoir les mêmes fringues, et puis la France est coupée en 2, la justice plus personne n’y croit. Tu te condamnes tout seul, car tu sais que tu n’auras pas droit à la présomption d’innocence, t’es fiché délinquant. Regarde l’histoire de C. Lagarde. La nana est reconnue coupable mais dispensée de peine. Moi aussi, je suis coupable, mai je la purge ma peine…et heureusement ! »

« Il existe un réel rapport entre la banlieue, le quartier et la prison. Les choses sont cassées entre les flics  et nous. Alors si tu pèses dans le quartier, tu seras respecté, même par la police. Mais tu sais pour avoir la paix, il faut faire la guerre. Toutes les cités ont leur chef. Quand un gros tombe, c’est la merde pour des années, et toutes les crises de banlieues proviennent de ça, de ce gros mec qui dirigeait tout et qui vient de tomber. On met des années à retrouver un équilibre dans le quartier. Mais le gros tombe rarement, il a des sources partout, et il nourrit tout le quartier. Mais tu vois, avant, on stigmatisait les mecs de banlieue, maintenant, tous les milieux populaires sont stigmatisés. Les pauvres de partout sont sous les coups de bâton de la justice. Tous les mecs des quartiers populaires connaissent quelqu’un en prison, désormais.

«  Quand tu entres en prison pour la première fois en prison, tu es angoissé, c’est la jungle. Pour une première peine, c’est l’horreur. Dans ta tête, ça ne se passe pas bien. Tu te sens mal. La prison, ça te donne presqu’envie de te dire que tu es sûr que tu vas retomber. Et quand tu sors, tu risques tout pour te faire de l’argent pour quand tu retourneras en prison. Tu comprends le cercle vicieux ? Tu fais en sorte de te faire de l’argent, mais t’as pas les mêmes moyens que les autres pour te faire du fric, t’as pas de diplôme, t’as pas de piston, t’as pas de soutien…mais tu te rappelles un truc : la honte de ton enfance, quand t’avais rien pour te fringuer, et que les autres se foutaient de la gueule de tes baskets. Ben tu es constamment dans la vengeance de ce moment-là…marqué à vie…Tu te fais du fric, avec tes moyens, pour que tes mômes ne vivent pas ça…Nous sommes dans une société trop jugeante, même si certainement que nos enfants préféreraient être mal habillés mais avoir leur père, libre… Encore que, dans nos milieux, tous leurs potes ont un père, un oncle en prison. Ce n’est même pas une honte pour eux. Ca se passe comme ça, dans notre monde… »

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1 réflexion sur “Épisode 6 – Déterminisme social et prison”

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