Parcoursup : encore trop de failles pour la plateforme

Depuis 2018, Parcoursup a remplacé APB (Admission Post Bac). Mieux ? Pas vraiment. Décrié depuis ses débuts, les chiffres tendent à montrer que le portail d’inscription s’est amélioré mais de nombreuses failles persistent entre manque de clarté, réponses tardives et élèves qui restent sur le carreau.

Dès le premier jour, un mot : orientation. Pour les futurs bacheliers ou les étudiants qui changent de voie, c’est une année à enjeu qui commence. Pour certains le choix est clair et pour d’autres, il faudra réfléchir. Avant, c’était APB mais en 2017, trop de nouveaux diplômés se sont retrouvés sans affectation dans le supérieur. Parfois, ce n’était pas faute d’avoir un dossier en béton mais la dure loi du tirage au sort était à l’origine de l’injustice. Dans la foulée, le nouveau gouvernement a souhaité remplacer la plateforme. Parcoursup était né.

La recette miracle ? Pas vraiment

Parcoursup, c’est donc la nouvelle plateforme d’orientation mise en place en 2018. Elle concerne tous les élèves qui viennent d’obtenir leur bac et qui souhaitent poursuivre en première année d’études supérieures. Elle est également utilisée par tout étudiant qui souhaite se réorienter en 1ère année. Pour cela, il suffit de suivre le calendrier. En 2020-2021, il fallait d’abord se connecter sur le site et créer son dossier. Du 20 janvier au 11 mars avait lieu la phase principale durant laquelle les élèves émettent leurs vœux (10 maximum) dans des filières sélectives ou non et sans les classer par ordre de préférence. A partir du 27 mai, les premières réponses et propositions d’admission tombent et se poursuivent jusqu’au 14 juillet. Les candidats doivent valider ces propositions dans un temps imparti. Si les réponses d’écoles trainent ou n’arrivent pas du tout, une phase dite « complémentaire » débute le16 juin. La commission d’accès à l’enseignement supérieur (CAES) prend alors la relève et étudie les dossiers des élèves sans affectation pour leur faire des propositions au plus près de leurs choix initiaux. La fin de cette phase est fixée au 13 septembre.

Oui mais voilà, ce CAES accorde en moyenne dix minutes par dossier seulement et propose souvent des formations très éloignées des demandes initiales des élèves. Parfois, elle ne propose rien avant mi-septembre. En 2019-2020, 34.800 candidats sont passés par ces réunions de la dernière chance. Cette année, 841.518 personnes étaient inscrites sur Parcoursup. Le 16 juillet à minuit, soit la fin de la phase principale, l’équivalent de 89,5% des bacheliers ont reçu au moins une proposition d’affectation selon un communiqué commun des ministères de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur. 10,5 % des élèves passaient donc en phase complémentaire. La plupart n’obtiendront pas leur premier vœu et beaucoup n’auront que peu de temps pour se préparer face à une réponse souvent tardive.

Peu de temps pour se préparer, c’est le moins qu’on puisse dire d’Ambre qui a payé cher le dysfonctionnement de la plateforme. Souhaitant se réorienter, elle voulait intégrer l’école d’infirmière de Clermont-Ferrand. Mais cette demande a été clôturée sans réponse positive sur le portail. Entre temps, Ambre est prise pour la même formation mais à Montpelier. Les démarches commencent pour son appartement et sa nouvelle vie. « Lorsque j’attendais d’être prise à Clermont, mon vœu est parti dans une autre catégorie et ma procédure apparaissait comme terminée. J’ai pris un appartement à Montpellier, payé la moitié du loyer du mois d’août et la caution. J’ai même dû payer 105 euros un test pour la tuberculose obligatoire dans mes études et il n’était pas remboursé par la sécu ».  Au total, Ambre a déboursé plus de 700 euros. Tout semblait prêt pour une rentrée classique. Sans compter sur un revirement de situation, une réponse positive de Parcoursup pour l’école de Clermont. « J’ai dû faire tous les papiers que j’avais mis un mois et demi à faire en seulement deux jours. J’ai été prévenue une semaine avant. J’ai de la chance d’avoir du monde autour mais ce n’est pas le cas de tous les étudiants. Je reproche à Parcoursup de ne pas être clair sur toutes modalités d’inscription et de tout dire à la dernière minute. Il y a quatre autres élèves comme moi qui ont été pris au dernier moment dans ma promo », explique-t-elle.

L’orientation, souvent un parcours du combattant

La plupart des étudiants interrogés se disent satisfaits de l’utilisation de la plateforme et de son aspect assez instinctif malgré une certaine lenteur les jours d’affluence. En revanche, certains ont eu plus de mal à s’en sortir par manque d’accompagnement. « Franchement, c’était la galère, il faut fouiller partout. », confie Antoine, en école de commerce. « J’ai fait un bac technologique, on est censés avoir des places réservées et je n’ai pas été pris ». Du stress, beaucoup en ont ressenti. Pas si étonnant quand on franchit un cap tel que celui-là. Mais ajoutez à ça une pincée de réforme du bac et une bonne louche de covid, vous obtiendrez un cocktail explosif. D’autant plus que, de l’aveu des professeurs, des élèves comme des syndicats, la plateforme souffre d’un fort souci de transparence quant aux critères de sélection de chaque formation.

Un algorithme opaque

Si l’utilisation du portail semble simple, une ombre plane. « Les modalités d’admission sont gardées secrètes donc c’est compliqué de savoir comment se placer ou orienter son dossier », explique un étudiant en école d’orthophonie. Même constat pour Antoine : « On ne sait jamais pourquoi on n’est pas pris. Les lettres de motivation non plus, on ne sait jamais quoi mettre dedans. J’avais l’impression que notre vie entière dépendait de Blanquer et que juste à cause de leur négligence, on pouvait complètement passer à côté de notre avenir ». Pour le syndicat étudiant UNEF Auvergne, « L’existence même de la plateforme et ce qu’elle demande comme prérequis alimente l’autocensure des lycéens. Parcoursup sélectionne socialement. ». Un combat porté par le syndicat devant les tribunaux administratifs a notamment permis de révéler la présence d’algorithme locaux « qui prennent en compte le lycée d’origine », précise Mayke de l’UNEF.

Chaque année, des élèves sur le banc de touche

Si le gouvernement dresse un bilan du portail d’orientation tous les ans, il reste difficile de chiffrer le nombre d’élèves insatisfaits. En effet, certains néo-bacheliers, lorsqu’ils n’acceptent pas un choix très loin de leur vœu d’origine, se détournent de Parcoursup et abandonnent leurs recherches. C’est le cas notamment d’un jeune bachelier dont le tweet nous a interpelés : « Dites-vous que là, mes dix vœux parcoursup supplémentaires ont été refusés. Demain, j’vais pointer au pôle emploi 1er degré » postait-il, il y a de ça quelques jours. Le jeune homme qui a changé d’académie en cours d’année s’est vu refuser ses 10 vœux de phase principale et complémentaire pour motif de dossier perdu. Malgré des sollicitations répétées, la plateforme n’a pas donné suite.

Séphora aussi est sans nouvelles. Après une année en négociation commerciale qui ne lui a pas plu, l’étudiante a souhaité se réorienter. « Déjà l’an dernier, j’ai eu une école de justesse. Là, je me suis inscrite en janvier 2021. En mai, j’ai eu quelques vœux sur liste d’attente mais j’étais très loin dans le classement. Les autres vœux étaient refusés. ». Face à une nouvelle période d’orientation compliquée ainsi qu’à un contexte sanitaire étouffant, Séphora perd pied. « C’était un vrai stress, j’ai failli me réinscrire dans mon ancienne école mais je n’avais pas envie du tout. Ça a été une période très difficile, j’ai été déprimée mais je n’osais pas en parler à ma famille. J’étais triste et déçue. », explique la jeune femme. Malgré la demande de passage en commission CAES, Séphora n’a aujourd’hui aucune nouvelle de Parcoursup, son dossier n’a pas été traité et elle a dû chercher par ses propres moyens via LinkedIn ou les réseaux sociaux pour trouver une école.

La création de Parcoursup en 2018 a pallié le problème du tirage au sort mais entre accès parfois difficile, manque de place dans le supérieur, absence de hiérarchie des vœux ou listes d’attente à rallonge, la plateforme a encore un long chemin à parcourir. Dernier dysfonctionnement en date, les français étudiant à l’étranger apparaissent comme non éligibles aux commissions de la phase complémentaire. Si Parcoursup a été plus efficace que l’an dernier, des candidats se sont encore retrouvés sans proposition de formation pour la rentrée après la fin de la phase principale. 91 000 au total.  A l’heure actuelle, nous ignorons combien sont encore dans ce cas. La phase complémentaire est ouverte jusqu’au 16 septembre.

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