Will, antifasciste, en procès le 30 janvier pour un Tag

Will est bien connu du milieu militant clermontois. Il est l’homme sur lequel on peut compter lorsque les fascistes font des menaces, il est là aussi quand il faut rassembler, écouter et tenir les slogans. Le 5 décembre, il a été intercepté alors qu’il graffait le prénom Wissam sur un passage piéton. Il raconte pour Mediacoop la terrible garde à vue et les pressions exercées sur le milieu militant clermontois.

Le 5 décembre, c’est une mobilisation hors-norme qui démarre place du 1er mai. Malgré tout, très vite, on se rend compte que Will manque à l’appel. La rumeur gonfle, il a été interpellé de façon très musclée, selon les témoins. Will raconte :  » Je venais d’écrire Wissam, sur un passage piéton, je commence à me reculer pour voir ou je peux écrire  » justice et vérité « , quand je reçois un grand coup dans le dos qui me met à terre. deux, trois flics sont arrivés, j’ai tout de suite compris, alors je me suis tu.  » Will raconte que l’un des policiers l’insulte de tous les noms  » sale bâtard  » . Les témoins sont affolés et voient leur camarade être traîné sur plus de trente mètres, alors qu’un officier lui demande de se mettre debout sous les cris des manifestants  » libérez-le  » . Agacée, la police lui demande de se mettre à genoux. Will refuse. Un officier insiste. Will résiste  » Je ne voulais pas être humilié devant mes camarades.  » La voiture arrive et l’embarque. L’officier nerveux montre sa matraque  » Tu vas voir ce qu’on va te faire à toi… » prévient-il.

Une fois les poches vidées de stickers et de pétards et le sac délesté de ses bombes pour graffer, Will est envoyé en cellule. Avant, il a le droit à une petite fouille, et quand il baisse le pantalon reçoit en pleine face une petite blague sexiste : «  J’aurais préféré une blonde à grosse poitrine  » . Will sent la colère monter :  » J’ai pensé à toutes les femmes qui viennent déposer plainte pour violences auprès du même genre d’individus… »

On lui demande s’il veut un avocat. Il répond Borie. Le flic insiste  » Il va mettre du temps à venir, prends plutôt un commis d’office.  » Will insiste, ce sera Maître Borie (connu pour savoir défendre particulièrement bien les manifestants et militants de la région. ) Will a droit aussi à un médecin, ça tombe bien, un policier lui a écrasé la main. Le médecin constate la blessure, et lui donne un anti-douleur. Will lui parle aussi de son traitement à prendre en cas de crise car il souffre d’une maladie chronique.

Maître Borie arrive à son tour. En route pour le bureau, Will voit un sticker sur une table, il reconnaît le symbole du Blood and honor dont le slogan fait allusion à la Jeunesse Hitlérienne. Il le montre à son avocat et le dit tout fort aux policiers présents. «  C’est un truc fasciste ça… » Personne ne répond.

Lors de son audition, il reconnaît devant l’Officier de Police Judiciaire être l’auteur des graffs mais pour le reste, il garde le silence. Pourtant, l’OPJ est insistant et voudrait en savoir un peu plus sur le groupuscule antifasciste clermontois dont Will fait partie. Will retourne en cellule et comprend que sa garde à vue va durer 48 heures.

Pus tard, il commence à ressentir les symptômes de sa crise, il sonne, le gardien arrive et lui donne son traitement en même temps que son repas. Ils discutent, Will est rassuré. Pourtant, quelques heures plus tard, il refait une crise, et sonne, sans cesse. Personne ne vient. Il finit par tomber dans les pommes. Lorsqu’il reprend connaissance, il souffre de raideurs dans le cou et de douleurs à la tête. Sa crise recommence, il lui faut absolument un cachet. Il sonne à nouveau. Au bout de nombreuses minutes, le gardien finit par arriver . «  Ce n’était plus le même, il me disait qu’il savait à quel groupe j’appartenais, que j’allais morfler, que c’était bien fait pour moi… » Will finit par le supplier tellement les symptômes sont forts. «  C’était une torture psychologique.  » Mais le gardien refuse jusqu’à l’arrivée du médecin à 2 heures du matin, obligé de lui donné une dose très forte de son traitement tellement la crise a été violente et longue. «  J’aurais pu mourir là… » Will se met alors à pleurer, car à ce moment-là, il imagine les derniers instants de Wissam, celui dont il a écrit le prénom sr un passage piéton. «  Wissam est mort après son passage au commissariat de Clermont-Ferrand après une interpellation musclée un 1er janvier. Son corps était tuméfié, son visage méconnaissable. Après 6 jours de coma, il est mort à l’hôpital.  »

Le graff que Will finissait d’écrire lors de son interpellation.

Le lendemain, il retourne au bureau, en passant, il se rend compte que le sticker nazi a disparu. Devant l’OPJ, il reconnaît une nouvelle fois les faits. Quand on lui parle de la dangerosité des pétards, il explique qu’il en a envoyé un seul, loin de toute personne. Les policiers qui suivaient Will depuis le début de la manifestation avouent qu’il dit vrai, et qu’il n’a pas eu de geste dangereux envers les autres. Un des policiers présents ose  » C’est quoi Wissam ?  » Will réfléchit avant de balancer : «  C’est quelqu’un qui comptait beaucoup pour moi, et qui a été assassiné par la police… » Will est remis en cellule…

La deuxième nuit se passe mieux, une dame lui donne son traitement dès les premiers symptômes. le lendemain, il est alors déféré au parquet. Il sera jugé le 30 janvier pour «  avoir participé, le 5 décembre, à un groupement formé en vue de la préparation de violence contre les personnes ou la destruction ou dégradation de bien public, pour détention de substances explosives et dégradation de bien public.  » Un agent de la mairie de Clermont-Ferrand est arrivé dans la journée du 5 décembre pour déposer plainte, en même temps que l’avocat de Will.  » Ils n’ont pas traîné à la mairie… »

En somme, Will sera jugé pour détention de pétards et pour avoir collé des stickers ou graffé un prénom sur un passage piéton. Will sera surtout jugé, selon ses camarades et lui-même, pour son appartenance à un groupuscule antifasciste.  » J’ai quitté la CARA (Cellule Antifasciste et Révolutionnaire d’ Auvergne) pour ne pas porté préjudice à l’organisation. « 

la CARA, depuis toutes ses années d’existence n’a jamais été auteure de violences envers des personnes. Ses membres ont parfois été interpellés voire incarcérés pour des faits de dégradation. Ce groupuscule a permis notamment la disparition du Bastion Social et de l’ombre fasciste sur la ville de Clermont-ferrand.

A Mediacoop, lorsque nous avons été menacés physiquement par les membres du Bastion Social ou des groupuscules violents lors de la montée au Puy-de-Dôme, ce sont les membres de la CARA qui ont veillé à notre sécurité. Will a d’ailleurs accompagné, l’un d’entre nous à un rendez-vous dangereux pour avoir des informations sur le Bastion Social.

D’ailleurs Will a porté plainte contre un des membres du Bastion Social qui lui a cassé le nez, devant de nombreux témoins. Ce même individu cassera quelques semaines plus tard, la mâchoire d’Anthony, qui buvait tranquillement un verre dans un bar et qui ne fait partie d’aucune organisation. Malgré leurs plaintes, l’individu dont on connaît désormais l’identité, n’a toujours pas été inquiété par la justice.

Will, en attendant, est interdit de manifestation jusqu’à son procès, le 30 janvier 2020, avec une obligation de pointer tous les 15 jours au commissariat, et l’interdiction de quitter le territoire. «  Ils pourront faire ce qu’ils veulent, je continuerai à lutter jusqu’à ce que je ne tienne plus debout… »

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2 réflexions sur “Will, antifasciste, en procès le 30 janvier pour un Tag”

  1. Juste un petit post pour témoigner tout mon soutien à Will et témoigner tout court… J’étais à 2 m de toi et ce que j’ai vu n’était pas une interpellation, un plaquage façon rugbymen de l’ASM par deux bruts me paraît être le terme le plus adapté. Il n’y a pas eu l’once du début d’une trace de violence dans cette manif, à l’exception de ces « policiers » qui t’ont malmené au sol. Tu avais une bombe de graf dans la main, avec laquelle tu réclamais justice pour Wissam, et quand j’ai lu cet article j’ai compris pourquoi, contrairement à ces « policiers » nous ne l’oublierons pas. Courage, prend soin de toi, la lutte continue…

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À propos de cet article

Publié le 12 décembre 2019
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

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