« Faim de justice pour la Palestine »

Des citoyens et médecins ont décidé de faire une grève de la faim et un tour de France afin d'alerter sur la réalité en Palestine. On les a rencontrés ce dimanche matin.

Gourde sur le bureau, gestes lents et voix douce, Pascal André, médecin urgentiste à Rodez, raconte ses voyages en Cisjordanie. « Là-bas, on meurt de saignement. » Mais pas seulement, l’infectiologue explique qu’on manque d’eau et d’antiseptiques. « Les interventions peuvent bien se passer, si on n’a rien pour assurer la désinfection post-opératoire, ça ne sert à rien. » Une épidémie d’hépatite A faisait déjà rage en 2024, quand le médecin y va pour la première fois. « Il n’y avait déjà plus d’eau, plus de viande, plus de fruits et légumes et pas de toilettes. Alors, tous les virus et bactéries circulent plus facilement. »

Le praticien témoigne des kilos de riz à aller chercher parfois à 8 kilomètres de l’hôpital. « Là-bas, les gens ont peur de quitter l’hôpital. Mais, on manque tellement de lits. » Lors de sa première venue, son équipe a réussi a faire régresser les infections grâce à l’utilisation d’antiseptique. Mais depuis mai 2024, c’est la catastrophe. Plus rien ne passe. « Beaucoup de nos confrères sont morts sur place. 5 seulement ont réussi à passer dernièrement sur les 18 qui devaient s’y rendre. Certains des soignants sont incarcérés et torturés. »

Les portes ne s’ouvrent donc pas vraiment. « Nous voulons mettre la pression pour que le droit soit respecté. » Explique le médecin, qui n’a pas mangé depuis 14 jours. « Nous voulons mettre la pression, car moi, en tant que médecin j’ai fait un serment. Celui de panser. Mais aussi de penser. J’ai besoin de concordance dans mes actes. Mon métier de médecin oblige à un plaidoyer et à dénoncer la politique qui va à l’encontre de notre serment d’Hippocrate. » 33 médecins français se trouvent en Cisjordanie. Mais les palestiniens leur ont demandé de repartir : « Merci d’être là, mais rentrez chez vous pour alerter que c’est à cause de l’occident que nous en sommes là. Allez dire à vos concitoyens de se bouger. Elle est là, la solution : qu’on arrête de laisser faire. »

Selon l’infectiologue devenu urgentiste, les palestiniens ont opté pour la stratégie de la patience, du courage et de l’humour. « Ils veulent que l’occident sorte de son silence. Et ils ne veulent pas avoir recours à la violence mais à la prise de conscience. Ils croient que le mal se retourne toujours contre celui qui l’essaime. »

Ainsi, le médecin a rejoint le mouvement « Faim de justice. » Il ne boit que de l’eau, des tisanes et quelques vitamines. En ce 14ème jour de grève, il a perdu 8 kilos. « Montrer dans nos corps ce que vit la Palestine. »

Le petit groupe apartisan ne veut coller aucune étiquette à leurs démarches. « Nous aimerions que la gauche, la droite prennent conscience du problème humain qui se joue. Ce n’est pas une question politique mais humaine. »

Partis de Marseille, passés par Montpellier, Narbonne, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rennes, Tours, Le mans puis Clermont ce dimanche matin, ils espèrent alerter pendant ce tour de France sur plusieurs points. « Nous voulons le désengagement de la France dans cette invasion. Thalès continue de livrer des armes A l’exposition du Bourget, 8 industriels israéliens sont invités. Nous voulons que le droit international soit respecté. »

Aussi, le collectif veut la reconnaissance de la Palestine. « Mais pas comme le président Macron le décidera, seul. Que le peuple soit entendu, respecté. »

Enfin, le but de ce tour de France est d’alerter les médias, cultes, mairies, élus. « 239 journalistes sont décédés dans ce conflit et personne n’en parle. Même le monde de la culture se tait. »

Amina, elle, est retraitée du médico-social. Elle participe à la grève de la faim. « Je suis étonnée de tenir, mais je me nourris des rencontres. On est fatigués mais pour ma part, je n’ai pas trouvé d’autres façons que d’exprimer ma honte. »

Pour elle, « les palestiniens n’ont rien à voir avec la Shoah, mais c’est comme si on espérait sauver sa culpabilité en sacrifiant un peuple. »

La route des grévistes se poursuivra vers Lyon, Genève, Grenoble, Besançon, Strasbourg, Paris, Lille et Bruxelles.

Pour l’instant, leur tour de France n’est que très peu relayé par la presse. « on ira jusqu’à l’hospitalisation s’il le faut. » Ajouter le médecin déterminé, rassuré de voir qu’en ce dimanche matin, plusieurs personnes sont venues l’accueillir. Des représentants politiques comme Pierre Miquel du PCF Puy-de-Dôme, Nicolas Bonnet, député EELV, Richard Bert, maire de Blanzat, des élus municipaux de la ville de Clermont-Ferrand et Cournon, ainsi que les membres de l’AFPS 63, organisateur de la rencontre.

A 11H30, les grévistes se sont dirigés au marché des Salins pour rencontrer les gens. « On veut dépasser le cercle des convaincus. » Assure le médecin, Pascal André, avant de reprendre un peu d’eau dans sa gourde, relever la tête et sourire.

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