La Montagne : Journaliste de proximité ou d’approximation ?

Mercredi dernier, le procès de Tristan Arnaud, néo-nazi Clermontois, avait lieu au tribunal de la capitale auvergnate. Nous étions présents et avons fait le récit de la longue après-midi. Deux jours plus tard, nous pouvions lire un article dans La Montagne sur ce même procès. Or, le journaliste signataire n'était pas présent. Ainsi, tenant ses informations par on ne sait quelle source, son article mélange deux affaires et crée de sacrés raccourcis. Enquête sur un papier qui n'aurait jamais dû être écrit.

Il n’est pas facile d’écrire sur le monde de l’extrême-droite radicale. « Je n’ai pas lu l’entièreté de l’article, car dès les premières phrases, l’auteur confond nationaliste et identitaire », nous écrit un des historiens spécialistes de la mouvance.

Mais, cela ne nous a pas tant choqué que ça. Car le véritable drame de cet article c’est qu’il relate un procès auquel le journaliste n’a pas assisté. Il est ainsi truffé de fausses informations.

Confusion de deux affaires

On y apprend par exemple, que Tristan Arnaud a été condamné à de la prison ferme après « avoir passé à tabac un antifa. »

Or, la condamnation de Tristan Arnaud est reliée à une toute autre affaire : Agressions et violences en réunion répétées sur l’ex-compagnon d’Anastasia, actuelle compagne de Tristan.

Pour l’agression du jeune militant, Tristan n’écope que de 100 jours-amende….

Description erronée de l’accusé

Le journaliste aurait entendu dire que Tristan était surnommé « Le Cogneur ». Pourtant, et vous le savez, nos enquêtes sur le monde néo-nazi sont plus que poussées, nous n’avons jamais entendu ce surnom. Aucun militant n’a confirmé ce petit détail.

Autre fait, le journaliste parle de Tristan Arnaud comme de l’agresseur proche des universités. Or, nous connaissons parfaitement l’identité des néo-nazis qui aiment à faire peur autour de la faculté.

Des agressions imaginaires

Tristan ne fait pas partie de ceux-là. Certes, il se pavane sur les photos de Clermont-Non Conforme, mais on ne lui connait aucune agression en lien avec les étudiants. Aucune poursuite en ce sens n’est à déplorer contre lui. Nous sommes loin de vouloir défendre le néo-nazi clermontois, mais il nous semble totalement injustifié et dangereux de lui incomber de fausses agressions. Malheureusement, Tristan, dit Tritou ou Papon (ses vrais surnoms !), n’est pas le seul membre de l’ultra-droite clermontoise à commettre des violences. Et celui de la fac nous est bien connu.

Les autres accusés non cités

Ainsi, l’article se termine en relatant l’agression réalisée sur un antifa qui ne s’est pas présenté au procès. Le tribunal correctionnel a jugé surtout Tristan sur l’affaire des violences en réunion. D’ailleurs, il comparaissait aux côtés de sa petite amie pour la première affaire. Et de Roman Schmidt pour la deuxième. Le journaliste ne fait état d’aucun.e.s des autres accusé.e.s puis condamné.e.s.

La victime oubliée

Pire, le journaliste oublie de parler de toutes les condamnations de Tristan Arnaud ce jour-là, concernant la première affaire qui a valu une fracture de l’orbite gauche de la victime (qui, on le rappelle n’était pas un antifa mais le petit ami d’Anastasia Ramos) : retrait de ses droits civiques, mandat de dépôt différé, interdiction de port d’arme ou d’entrer dans un débit de boisson.

Pourtant, le journaliste se permet de relater une phrase dite par l’accusé, écrite en gras dans le corps de texte. Or, le journaliste n’a pas pu entendre cette phrase. Il était absent du procès. Mais, cette façon de relater des propos pourrait faire penser qu’il y assistait.

Education aux médias

Aussi, en tant que journaliste mais aussi en tant qu’éducateurs aux médias, nous avons fait lire les deux articles. Le nôtre et celui de La Montagne. Très vite, les jeunes lycéens et autres stagiaires de nos ateliers, se rendent compte que le journaliste de La Montagne manque cruellement d’informations pour écrire un article sérieux.

Aussi, pourquoi l’avoir écrit malgré tout ? Pourquoi préférer désinformer en écrivant sur un procès auquel on n’a pas assisté plutôt que se taire ? Pourquoi donner de fausses informations ? Pourquoi ne pas avoir recoupé les sources ? Pourquoi ne pas, quitte à ne pas être présent, avoir donné la parole aux avocats, à la victime principale de l’affaire (qui a duré 3 heures) , plutôt qu’au jeune militant dont l’affaire a été pliée en moins de 20 minutes ?

Faire le Buzz ?

Nous avons appris en école de journalisme qu’il valait mieux une info de retard qu’une connerie d’avance …

Là, La Montagne nous fait la démonstration que les deux sont possibles. Une connerie de retard.

Oui, mais est-ce si grave ?

Discrédit de notre profession

Nous pensons que ce genre d’articles relatant de fausses informations, et moqués, du coup, par les personnes présentes au procès et celles qui auront lu notre article, discréditent notre profession.

Nous savons déjà que notre statut de journalistes est mis à mal par toute la désinformation qui se forme sur les réseaux. Nous n’avons de cesse de dire qu’il faut faire confiance aux journalistes plutôt qu’aux réseaux sociaux. Malheureusement, ce genre de pratiques ne nous permet pas de défendre notre métier comme il se doit.

Aucune réaction de La Montagne

Aussi, nous avons envoyé un mail à notre confrère en question, afin de tenter de comprendre les raisons qui l’ont poussé à écrire cet article.

Il ne nous a jamais répondu.

Ce même journaliste qui avait, il y a quelques mois, écrit un article sur Clermont-Non Conforme, inspiré de notre enquête, sans jamais nous citer.

Une enquête sans nous citer

Alors, à Mediacoop, on peut aussi se planter. On n’a pas de correcteurs qui relisent nos papiers, et il nous arrive de laisser quelques coquilles.

Mais, nous sommes particulièrement attachés à la charte de Munich. Nous ne donnons jamais une information tant qu’elle n’a pas été vérifiée. Nous n’écrirons jamais sur un procès auquel nous n’avons pas assisté. Nous ne nous permettrons jamais de ne pas citer les médias desquels nous nous inspirons pour faire un article.

Nous n’avons pas les mêmes moyens que la Montagne, et ne pouvons sortir que 4 à 5 articles par semaine. Mais, il nous paraît inconcevable de mal faire notre travail.

Confiance des lecteurs mise à mal

Les conséquences d’un tel article semblent désastreuses, en plus d’éventuelles poursuites en diffamation. C’est l’honneur de notre métier qui est touché. C’est la confiance des lecteurs.

Nous sommes dans une période médiatique critique. Chacun veut faire le Buzz. A n’importe quel prix.

Pluralisme de l’information

Nous sommes pourtant pour le pluralisme de l’information. Nous pensons que La Montagne a sa place parmi le paysage médiatique, et que cette presse ne doit pas disparaître. Nous reconnaissons que la majorité des journalistes en son sein y travaillent de manière juste. Mais, il est impensable de nous dire que ce journaliste en question et nous, faisons le même métier…

PS : Concernant Tristan Arnaud, il a fait appel de la décision de justice sur la première affaire, celle qui le condamnait à de la prison ferme.

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2 réflexions sur “La Montagne : Journaliste de proximité ou d’approximation ?”

  1. Bonjour madame Lebourg
    Il me semble irrecevable d’instrumentaliser une intervention « Education aux médias » avec des élèves afin d’en faire état au détour d’un article écrit à destination d’un média tiers.
    Sans présumer de la qualité ou non des arguments échangés au sein de cette polémique, nous déplorons que le public scolaire soit cité à l’intérieur d’un débat qui ne le concerne pas.
    Je vous serai reconnaissante par conséquent de bien vouloir supprimer cette partie de votre article :
    « Education aux médias
    Aussi, en tant que journaliste mais aussi en tant qu’éducateurs aux médias, nous avons fait lire les deux articles. Le nôtre et celui de La Montagne. Très vite, les jeunes lycéens et autres stagiaires de nos ateliers, se rendent compte que le journaliste de La Montagne manque cruellement d’informations pour écrire un article sérieux. »
    D’avance, je vous en remercie.
    Béatrice Humbert, service communication du rectorat, le 19 janvier 2024

    1. Bonjour Humbert, monsieur ou madame.
      Juste par curiosité, vu que le terme « instrumentalisation » est une accusation forte à utiliser avec précautions, vous êtes professionnel du recueil de la parole des enfants victimes de ce type de manipulation narcissique ou juste fan inconditionnel du journal la Montagne ?
      Votre commentaire me semble extrêmement tranché… donc j’aimerai comprendre et pourquoi pas appuyer votre position. Merci par avance d’éclairer les lecteurs de ce journal indépendant.

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