Palestine : « Chirurgie, génocide et perspectives »

Jeudi 25 janvier, le docteur Christophe Oberlin, chirurgien habitué des séjours à Gaza était l’invité de l’Association France Palestine Solidarité. Lors de la conférence, ce dernier a abordé ses actions de terrain, la situation en Palestine et les perspectives possibles sous l’angle du droit international.

La conférence est à 19h30. Nous arrivons un peu plus tôt à la Maison du Peuple. L’occasion de saluer quelques participants et de voir comment le rendez-vous s’organise. À droite de la salle, des tables de presse avec bouquins, pétitions et tracts. À gauche, des plateaux remplis de nourriture. Il y en a pour tous les goûts.

Arriver en avance, c’est aussi l’occasion de discuter avec Christophe Oberlin. L’invité de l’AFPS 63 est professeur des universités et chirurgien spécialisé dans la microchirurgie et la chirurgie de la main.

Depuis 2001, il se rend deux à trois fois par an à Gaza pour opérer les personnes victimes de blessures de guerre, et former des chirurgiens Palestiniens à la chirurgie réparatrice. Il est l’auteur de plusieurs livres dont « Le chemin de la Cour – Les dirigeants israéliens devant la Cour Pénale Internationale » et a assuré la traduction de « Histoire de la politique étrangère du Hamas », de Daud Abdullah.

L’importance des mots

La première question nous vient un peu instinctivement. « C’est un vieux conflit mais on a parfois l’impression qu’il a commencé le 7 octobre. Surtout, il y a beaucoup d’imprécisions sur la situation. En quoi c’est important de faire le tour de la France pour sensibiliser et informer sur ce qui se passe à Gaza et en Palestine ? »

« La première fois que je suis allé à Gaza c’était il y a 22 ans. Très rapidement, je me suis désabonné de tous les journaux auxquels j’étais abonné. Ma femme me disait que j’allais encore m’énervé ce soir car je voyais des choses pas vraies, pas exactes. La première fois que je suis revenu de Gaza, on m’a invité à venir faire des conférences directement. Je me suis dit que ce n’était pas mon métier, qu’il y avait des journalistes pour ça. Puis je me suis rendu compte en lisant les médias ou en les écoutant qu’il n’y avait pas de journalistes sur place. Pourtant, tous les gens qui sont allés là-bas sont revenus avec des idées différentes. Des faits vous sautent à la figure et vous imprègnent. Le travail d’un médecin, ce n’est pas seulement d’exercer son art mais aussi de prévenir certaines choses. On répare comme on peut les vies des enfants massacrés. Puis on essaie de remonter à la source du conflit. », répond le professeur.

Documenter les faits

La source du conflit, Christophe Oberlin la connaît. Il connaît l’histoire du pays par cœur. Deux à trois fois par an depuis plus de vingt ans, ce dernier se fond dans le milieu médical mais aussi parmi les civils. « Aller voir sur place est très important car ce que les gens ont du mal à intellectualiser, c’est que c’est un pays de haut développement médical. Des rapports de l’OMS sont rédigés tous les mois. La Palestine s’inscrit dans les pays de fort développement. On fait de la chirurgie cardiaque à cœur ouvert tous les jours. Tout le monde parle anglais dans le milieu médical. Ils ont surtout une adaptabilité extraordinaire. S’il reste 30% des bâtiments qui tiennent encore debout, avec l’eau et l’électricité, dans 6 mois, il n’y aura plus personne dans la rue. », explique le chirurgien.

Depuis 2014, une chaine de recueil de preuves a aussi été mise en place afin de documenter au maximum les exactions commises par Israël. « Un vrai travail médicolégal », insiste le docteur, pour pouvoir les mettre ensuite sur la table des instances internationales.

Le prisme du droit

Son dernier livre, « Le chemin de la Cour – Les dirigeants israéliens devant la Cour Pénale Internationale » emprunte l’axe du droit pour parler de la situation en Palestine. Un aspect peu médiatisé mais pourtant primordial.

« La première chose qu’on constate et c’est universellement reconnu, c’est la notion d’injustice. On est frappés par l’injustice en Palestine. Il y a deux façons de lutter contre : le témoignage du terrain et le droit. Comme la médecine, le droit est quelque chose d’extrêmement précis avec des mots qui ont des significations, des définitions juridiques. La paix vient par l’application du droit. C’est très important de montrer les avancées du droit. ».

Récemment, la Cour internationale de justice était sous le feu des projecteurs suite à la plainte déposée par l’Afrique du Sud contre Israël pour génocide. « En ce moment, il y a cette affaire et il y a encore beaucoup de petites erreurs qui sont faites, on mélange certaines choses. », explique Christophe Oberlin qui donne l’exemple d’un grand politologue. « Il fait un travail reconnu et pourtant, récemment, il a fait une erreur. Il disait la Cour internationale de justice qui a condamné le mur en 2004, ça n’a servi à rien. Mais non ! C’est une décision capitale. Ça dit qu’en aucun cas, Israël n’a le droit de construire un mur dans un pays qui ne lui appartient pas. L’objet de mon exposé de ce soir, c’est de rappeler tout ce qui a été fait. Montrer que ça met du temps mais que des choses sont marquées. Il faut avoir ces procédures pour ne pas être désespérés. Ça permet d’avoir un vocabulaire. », affirme ce dernier.

Le professeur est exaspéré par certains médias. « ceux qui demandent Est-ce que vous condamnez le Hamas, est-ce que c’est une organisation terroriste ?, alors que le mot Terroriste n’existe pas dans le statut de la Cour Pénale Internationale. C’est un terme trop flou donc ils ont décidé de ne pas le mettre alors que le crime de guerre existe. Le génocide aussi, qui a une définition et une liste de critères. ».

La Cour internationale de justice appelait d’ailleurs le 26 janvier à protéger les Palestiniens contre un « risque réel et imminent » de génocide

Mission

La veille, il était à Strasbourg. Le lendemain, il sera à Foix. Ce soir, à Clermont-Ferrand, c’est salle comble. Inlassablement, le professeur rencontre les gens afin de les sensibiliser à la cause palestinienne et prendre du recul sur les informations qui circulent dans notre quotidien. Comme une mission. Celle de vulgariser les données et les informations pour les rendre accessibles à toutes et tous.

Dans la salle, une vingtaine de portraits de soignants Gazaouis victimes sont affichés. « J’ai été ému de voir un de mes amis, un médecin, Omar, sur une affiche là-bas tout à l’heure. Il est mort », confie le professeur.

Il devait être à Gaza le 7 octobre. Avec son équipe. Ses correspondants Gazaouis l’ont prévenu des difficultés à venir car c’était le jour d’une fête juive. Il a décalé de deux jours le départ. « J’y retournerai quand on sera vraiment utiles. Aller voir des gamins mourir par terre sans pouvoir rien faire, ce n’est pas ce que je veux. », souffle-t-il.

Dans son cercle, chacun est en contact avec quelques personnes de l’hôpital. Jeudi soir à la Maison du peuple, une jeune pédiatre Clermontoise, Hiba, est venue parler du collectif national composé de soignants pour la solidarité avec les soignants Palestiniens « Blouses blanches pour Gaza ». Puis le débat a commencé suivi par une heure de questions-réponses avec l’assemblée. « On peut espérer qu’on ne revienne pas à une situation antérieure avec les initiatives qui arrivent dans tous les sens. Des étapes ont été franchies, on est à l’aube d’une ère nouvelle. On peut espérer que ce pays retrouve paix et sérénité le plus tôt possible. », a déclaré Christophe Oberlin avec espoir et optimisme.

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