Marianne Maximi : « Il faut se battre dans la rue et les urnes. »

Marianne, 34 ans, est tête de liste de Clermont en Commun pour les prochaines élections municipales. L’occasion pour nous de revenir sur le parcours d’une femme dont le combat pour la justice sociale fait partie de l’ADN.

Marianne prend sa tasse de café avec ses deux mains et la serre fort. Pas très douée pour parler d’elle, elle s’accroche. Née en Normandie en 1985, d’un père breton et d’une mère auvergnate, elle revient dès ses 3 ans dans la région. « Ma mère a quitté Les Ancizes à 18 ans pour trouver du boulot, elle était AMP [aide médico-psychologique] dans des structures qui accueillent des personnes polyhandicapés. Mon père faisait le même métier. Ils se sont rencontrés au boulot. » Des parents conscientisés de gauche mais pas vraiment militants. « Ils m’ont tout de même bercée dans de belles valeurs… » Alors qu’elle a trois ans, retour en Auvergne, dans l’Allier, Montluçon, Lapalisse. À 9 ans, ils élisent domicile près de Gannat. Marianne est désormais l’aînée de deux soeurs avec lesquelles elle vit son enfance à la campagne. « La campagne n’est pas si douce, on y vit l’isolement, le manque de services publics, les choses peuvent être dures parfois. Mais malgré tout, on passe des heures, libres sur nos vélos. Je n’élève pas dans les mêmes conditions mon fils en ville… »

Son entrée au collège est fracassante : Marianne est en colère contre le monde entier. Elle est déboussolée par la violence des rapports entre garçons et filles, et du quotidien de l’adolescence. « Je prends assez vite conscience qu’il faut s’imposer. » Elle réalise aussi que la société est normée : chacun son étiquette, l’intello ou le mauvais élève. Sociologiquement, les choses sont normées. « Je n’étais pas une bonne élève. » Son rapport à l’enseignement est donc compliqué, aux enseignants un peu aussi. Sauf avec ce prof d’histoire qui croit tant en elle. « Il m’a donné confiance, était dans l’humain pas dans le scolaire pur… » Alors que l’équipe pédagogique la pousse à faire un CAP, il résiste en insistant sur le fait qu’elle peut entrer en seconde générale. « Ma vie aurait été différente si mon chemin n’avait pas croisé celui de ce prof, que je revois encore parfois… »

Surtout que Marianne vit le divorce de ses parents, à ce moment-là. « J’ai été encore plus en colère à ce moment-là. C’est une période difficile, même si avec le recul, je n’en ai pas de traumatisme. » Son père repart en Bretagne, vivre sur un bateau. Elle reste avec ses soeurs et sa mère, qui travaille les week-ends, ou les nuits. Pas de télé à la maison, pas beaucoup d’argent non plus, alors Marianne lit beaucoup et traîne avec les copains du village, « un véritable socle ».

L’entrée au lycée change les choses. Direction Cusset, Lycée de Presles. « J’ai alors accès à un autre milieu. Je fais la rencontre de gens de milieux différents. De cultures différentes. Je fais une première Littéraire en plus, des gens font du théâtre, j’assiste à mes premiers débats politiques en classe. » En 2002, elle fait partie des organisateurs des manifs contre Lepen. « On n’avait pas de syndicat, on réagissait juste avec notre spontanéité. » Mais pour l’instant, Marianne ne met pas de mot sur ce qu’elle vit et les idées qu’elle défend. « Pourtant, dès la primaire je demandais aux autres enfants si leurs parents avaient voté Chirac ou Mitterrand, et je choisissais mes amis en fonction ! »

Marianne loupe le bac, elle l’obtient l’année suivante. Elle entre en fac d’histoire, à Clermont-ferrand. « La vraie campagnarde qui découvre la ville. » Un petit studio et dès la première année de fac, la mobilisation contre le CPE comme formation militante. « J’ai cette idée de révolte, et je trouvais ça chouette de vivre ça avec d’autres. Le CPE c’était injuste, surtout quand comme moi, les étudiants venaient de milieu populaire. Donc je suis allée à la première AG et cela m’a convaincue… Je suis allée à toutes les manifs, j’occupais la fac, je dormais dedans. On partait mobiliser les lycéens. Ça été formateur et structurant. Je n’ai pas eu besoin à ce moment-là de me rapprocher d’un syndicat. »

En 2007, c’est l’année du LRU, Marianne décide d’entrer à l’UNEF, pour y animer le syndicat étudiant. Elle rencontre des amis, et son amoureux Clément. « Nous sommes une vraie rencontre militante, limite clichée sur un piquet de grève ! » avoue Marianne dans un sourire. « À partir de là, on passe notre vie à militer. Nous sommes sous Sarkozy, il y a du boulot , on vit la mutation libérale, aussi au niveau des universités. » Mais Marianne ne se cantonne pas aux manifs étudiantes, de nombreuses connexions se font avec le milieu interprofessionnel, les mobilisations nationales et la lutte pour les sans-papiers.

En 2009, Marianne entre au NPA, dès sa création. Pour financer ses études, elle travaille à la poste l’été. En entamant son master, elle obtient un poste de surveillante en lycée pro. Ses journées sont chargées. Études, boulot et militantisme. Alors, elle ne termine pas ses études, en 2012, elle passe le concours de l’ITSRA pour préparer son diplôme d’éduc spé. « C’était drôle, ma mère quelques années avant moi avait repris ses études pour devenir éduc spé. » Marianne excelle. « J’ai enfin de bonnes notes ! mais parce que ça me plait réellement. » Les stages la dirigent naturellement vers la protection de l’enfance.

Pendant ses études, elle se souvient de quelques mobilisations qui marquent son parcours militant. « La mort de Wissam m’a énormément marquée. Car je découvre la réalité des violences policières, moi la jeune blanche qui vient de la campagne, je découvre le discours des militants du MIB, des chiffres, de ce qu’il se passe dans les quartiers. Je comprends le fonctionnement des médias. Et puis ici, sur Clermont, 6000 personnes dans la rue, des hélicos au-dessus de la ville… »

Marianne se souvient encore de cette rentrée 2003, et du campement de la place de Jaude, durant 15 jours. « Ce truc si violent et si beau… » L’ANEF, faute de moyens et pour alerter les pouvoirs publics, met à la rue les 400 personnes qu’elle héberge. Il fait chaud. Tout le monde pense qu’il s’agit d’une historie de quelques heures. Mais il ne se passe rien. On décide d’occuper l’église des Minimes, mais un facho y met le feu. « On a dormi devant l’église. On ne rentrait chez nous que quelques minutes, le temps d’une douche, ce fut très intense. Mais aussi très beau de voir les gens finir par s’auto-gérer, organiser des AG… Et on a vu tout le monde venir aider, du militant RESF à la petite mamie de Chamalières… »

Entre temps, Marianne a quitté le NPA pour rejoindre la Gauche Anticapitaliste. « Nous étions un courant unitaire au NPA. Nous voulions faire rempart à la droite en intégrant le front de Gauche auprès des autres forces de gauche. Mais le NPA n’a pas voté en ce sens. Nous avons donc rejoint la GA puis Ensemble! pour apporter notre soutien à la candidature de Mélenchon. »

Aux élections municipales de 2014, Marianne est 4eme sur la liste et fait partie des dirigeants de la campagne. « Et je me retrouve élue… »

« Nous votons 95 % des décisions, quand il s’agit d’ouverture de crèche, etc… Mais nous ne votons pas le budget, nous sommes contre les cadeaux fiscaux à Michelin surtout que l’entreprise ferme des usines et délocalise. »

Marianne Maximi

C’était il y a bientôt 6 ans… Et pendant 6 ans, elle est sur le terrain, porte-parole des luttes, à bosser des dossiers, à se positionner. 6 ans d’opposition. « Il faut être clair, nous étions 6 dans l’opposition et nous ne pouvions pas faire basculer les votes, mais nous avons lancé des alertes et sommes restés cohérents. Nous avons été présents à Nuit Debout, sur la Loi Travail. »

Marianne aime beaucoup les débats d’idées qui s’organisent pendant 6 ans. « Les seuls avec lesquels je refuse de parler ce sont les élus du Front national. En même temps, ce n’est pas très compliqué, ses élus ne sont pas venus au Conseil municipal depuis plus de 4 ans. L’un d’eux habite à Bordeaux, c’est comme ça que fonctionne ce parti… » Pour le reste, Marianne précise qu’être dans l’opposition ce n’est pas voter automatiquement contre. « Nous votons 95 % des décisions, quand il s’agit d’ouverture de crèche, etc… Mais nous ne votons pas le budget, nous sommes contre les cadeaux fiscaux à Michelin surtout que l’entreprise ferme des usines et délocalise. Nous sommes contre l’emprise du BTP sur la ville, ces grosses structures privées qui récupèrent l’argent des pouvoirs publics pour bétonner, ce n’est pas très écolo tout ça… »

Marianne est en sure, il existe une autre façon de faire de la politique. « Répartir au mieux les richesses, et faire face à l’ancien monde et à son lien au capitalisme, au climat… » Alors même si son ambition n’était pas de devenir maire de Clermont-Ferrand, elle se sent les compétences de porter une liste en lien avec ses valeurs et idées. « C’est un choix personnel et collectif. »

Alors quand on la questionne sur son Clermont idéal, Marianne ne s’arrête plus : « la ville de la justice sociale, la municipalité doit être le premier rempart contre la violence sociale, elle doit protéger sa population en instaurant la gratuité de l’eau, l’accès facile à l’alimentation locale, des transports gratuits qui desservent tous les quartiers. Bien sûr, il faut respecter la nature dans son ensemble, et réfléchir à l’impact de nos actes au-delà de notre territoire. Des projets immobiliers avec du béton pillé en Afrique n’a rien de louable. Bien sûr, mon Clermont idéal est accueillant envers les migrants et réfugiés et on n’y vit pas d’agression homophobe ou transphobe… C’est une ville qui défend les droits des femmes… Et l’argent public est utilisé pour la population et non pour les entreprises… Enfin, le conseil municipal est représentatif des concitoyens…Et puis, il faut sortir de l’ère des grands projets, ça fait un peu viriliste, laisser son empreinte… »

Alors loin des clichés de l’homme politique qu’elle définit « avec des cheveux gris, un gros ventre et venant d’un milieu bourgeois » Marianne, femme, maman et salariée dans la protection de l’enfance doit gérer le sexisme, monnaie courante dans le milieu politique. « Quelques menaces, un homme en prison qui m’avertit de sa sortie, ou encore des photos de sexe envoyées sur ses réseaux sociaux… » Elle s’attend aux coups bas : « Parce que je défends la Palestine, on me traite d’antisémite, par exemple… » Mais Marianne a fait le choix de se lancer sur l’arène politique. « Les deux mois et demi qui m’attendent vont être denses, entre mon boulot, ma vie personnelle, le mouvement social et les réunions mais je crois que ça en vaut la peine. Je vais rencontrer plein de gens, et je crois que nous devons être là. C’est important… Dire aux gens qu’il ne faut plus avoir peur, tout le monde veut que les choses changent mais personne n’ose y croire. »

Marianne sait que la route est encore longue : « Les médias ne vont pas nous aider, ni les adversaires politiques, mais il y a un véritable risque que la droite passe cette fois. Et je crois que même si les combats dans la rue sont mon ADN, il faut, pour gagner, aussi s’imposer dans les urnes. »

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À propos de cet article

Publié le 7 janvier 2020
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

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