La grogne de la CGT Educ’Action :  » Nous exercerons notre droit de retrait « 

Mercredi, se tenait une visio-conférence organisée par la CGT Educ’. Les enseignants avaient organisé cette séance virtuelle avant de connaître la date du 11 mai, hypothétique jour de la reprise scolaire, annoncé par Emmanuel Macron. Le syndicat, en plus d’annoncer des chiffres résultant de leur enquête sur tout le territoire quant à la continuité pédagogique, dénonce les risques pour les élèves, les enseignants et ainsi toute la société concernant une rentrée prématurée.

L’école à la maison n’est pas satisfaisante, mais une rentrée le 11 mai ne semble guère plus digeste pour les enseignants de l’académie. La CGT éduc a fait passer un questionnaire au niveau académique afin de savoir comment le confinement et le travail à la maison étaient vécus par les fonctionnaires de l’Education Nationale. 148 personnes ont ainsi répondu, enseignants, mais aussi AESH, ou CPE.

Plus de 22% des enseignants interrogés n’ont pas réussi à joindre au moins la moitié de leurs élèves. Des chiffres qui entrent en contradiction avec ceux du ministre de l’Education nationale, qui estimait à 5 % le nombre d’élèves qui ne suivait pas la continuité pédagogique. Pour réussir ce télétravail, 96,6 % des enseignants utilisent leur propre matériel.  » Pourtant, la loi sur le télétravail est claire, l’employeur doit fournir les éléments essentiels  » explique Franck, enseignant dans le Cantal . Autre bât qui blesse, une grande majorité des enseignants (73,5 %) n’ont pas été formés aux outils numériques nécessaires pour la sauvegarde du lien avec les élèves et les constructions de cours à distance. Cette enquête montre donc clairement que cette école à la maison, pas simple pour les familles, ne l’est pas non plus pour les professeurs.  » les choses ont été trop vite mises en place, sans réflexion.  » explique Frederic Campguilhem, professeur de collège et co-secrétaire académique de la CGT Educ’action.

Bien sûr, la réunion a vite dévié sur la date du 11 mai, date à laquelle, les établissements scolaires pourraient rouvrir.  » Nous allons avoir du mal à reprendre sans protections nécessaires.  » explique Eléna Blond, professeure du 1er degré en Allier.  » Aucun travailleur ne doit être exposé  » s’insurge David Aliguen, professeur au lycée Blaise Pascal, qui estime que le combat est global.  » Surtout que le Coronavirus n’est pas pris en compte comme maladie de service ou accident du travail, car selon les autorités compétentes, on ne peut connaître ni le moment ni le lieu de la contagion, qu’il n’existe aucune preuve que la maladie a été contractée pendant le travail  » explique Franck.

 » La CGT est auprès des salariés dans les tribunaux, mais nous nous rendons compte que le prix de nos vies s’élève à zéro !  » renchérit Frederic avant de poursuivre :  » Le 11 mai est une date choisie par l’économie. Nous sommes très en colère car pour des intérêts, on veut nous envoyer au casse-pipe… »

Pour le 11 mai, nous pensons déjà à déposer un préavis de grève ou à exercer notre droit de retrait

CGT Educ’action

 » Et qu’on ne nous fasse pas croire que cette décision a été prise pour pallier la fracture sociale. Elle n’ a jamais intéressé le gouvernement, la fracture sociale… » explique David.  » Et puis quels efforts faudra-t-il faire après cette réouverture ? Il faudra en faire plus ? Réduire nos congés ? Suivre des formations ? Supprimer des postes ? Nous sommes bourrés d’inquiétude.  »

Pour le syndicat CGT Educ’action, cette crise prouve, comme pour l’hôpital public, que l’Education nationale manque cruellement de moyens.  » Il faut investir dans l’école, c’est le seul moyen de résoudre la fracture sociale… » Malgré tout, comme le rappelle Elena, 11 postes vont être supprimés en Allier à la rentrée, alors qu’elle estime que le département a besoin de 200 postes supplémentaires. A Montluçon, 2 classes vont fermer.  » Dans le secondaire, ce sont 82 postes sur toute l’académie qui vont disparaître » étaye Sophie Brutus, professeure en lycée professionnel.

On ouvre les cantines mais pas les restos ?

Franck, CGT Educ’action 15

les enseignants sont donc très sceptiques quant à la date du 11 mai, et ils pensent déjà au dépôt d’un préavis de grève, ou à exercer leur droit de retrait.

 » Une bonne reprise c’est une reprise sans risque, pour personne. Nous ne pouvons pas faire prendre de risque à nos élèves. On nous dit que les enfants sont moins exposés, mais finalement, on découvre certains cas. Et on nous a répété qu’ils étaient porteurs sains mais très contagieux, et là on les remet sur le chemin de l’école, avec les trajets, dans la cantine, dans les salles de cours, puis ils rentreront le soir chez eux, peut-être porteurs ? On ne peut pas jugulée cette pandémie ainsi …On ouvre les cantines mais pas les restos ? »

« Il est évident que si nous n’avons aucune garantie, ni protection, nous ne reprendrons pas le travail. Il reste une quinzaine de jours, ( avec les vacances au milieu) pour que les établissements s’organisent, faire des emplois du temps, cela nous paraît impossible…  » concluent en coeur les représentants syndicaux.

Pour plus d’informations sur l’enquêtes menée par la CGT Educ’action quant à la continuité pédagogique :

https://cgt-education-clermont.fr/wp-content/uploads/2020/04/Résultats-enquête-3.pdf

À lire également

1 réflexion sur “La grogne de la CGT Educ’Action :  » Nous exercerons notre droit de retrait « ”

  1. Ping : Article de Mediacoop : La grogne de la CGT Educ’action – CGT EDUCATION CLERMONT

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

retrouvez-nous sur :

À propos de cet article

Publié le 17 avril 2020
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

Nos derniers articles

L'agenda du cactus

Pas d'événement actuellement programmé.

Partager l'article

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur email
Email
Cet article vous a plu ?

Soutenez le Cactus !

Le journalisme a un coût, et le Cactus dépend de vous pour sa survie. Il suffit d’un clic pour soutenir la presse indépendante de votre région. Tous les dons sont déductibles de vos impôts à hauteur de 66% : un don de 50€ ne vous coûte ainsi que 17€.