Les écoles ne souffrent pas que du COVID

Il n’y a pas que les masques qui manquent dans les écoles. Alors que les discussions tournent autour de la distanciation sociale et des élèves en difficulté scolaire, des collectifs dénoncent des sureffectifs en maternelle et des suppressions de postes de RASED.

Dans toutes les écoles, l’heure est au questionnement sur les équipements de protection contre la maladie. Ce qui ne fait pas oublier à tout le monde qu’avant les masques, ce sont les enseignants qui bien souvent sont en sous nombre dans les établissements. Alors que la rentrée de septembre 2020 est déjà en préparation, parents et professeurs s’inquiètent de ces manques.

C’est le cas notamment à l’école maternelle de Mirefleurs, où la surcharge est dénoncée depuis plusieurs années déjà. « Actuellement, il y a 31 élèves en petite section ; c’est le cas depuis au moins trois ans, il y a régulièrement des pétitions à ce sujet » relève Harmonie Poirier, représentante des parents d’élèves. Un effectif important qui rend difficile l’apprentissage de ces enfants qui ont parfois moins de 3 ans. « Les élèves ne sont pas tous aussi autonomes et adaptés à la vie en classe, certains ne sont pas encore propres. Ça rend la situation très compliquée pour eux, comme pour les professeurs. » Malgré un soutien unanime de l’équipe enseignante, de la mairie et du député André Chassaigne, l’académie a annulé l’ouverture de classe qui était envisagée. « On nous a dit que puisque certaines communes de moins de 5.000 habitants ont refusé des fermetures de classe, il n’y a pas assez de poste pour une ouverture dans notre école. On sait que la directrice a demandé une entrevue avec sa hiérarchie. De mon côté, je n’ai pas encore eu de réponse à mes derniers courriers », se désespère Harmonie Pourier. En attendant le déconfinement, elle poursuit son travail d’information à destination des parents d’élèves, et envisage des actions à la rentrée. « On sait que ce genre de bataille a été gagné ailleurs suite à des blocages d’écoles, et que des classes peuvent s’ouvrir en septembre après le début de l’année scolaire. » Il faut donc prévoir de l’agitation à la rentrée prochaine du côté de Mirefleurs, mais pas seulement. « On est loin d’être les seuls en difficulté, il y a clairement un manque de postes sur le département. On sait qu’il y a des problèmes de fermeture de classe à Thiers, et des difficultés à l’école Victor Duruy, à Clermont. »

Des inquiétudes qui ne concernent pas uniquement les postes d’enseignants classiques, mais également ceux du réseau d’aide pour les enfants en difficulté (RASED). 7 postes non pourvus doivent être fermés à la rentrée prochaine. « Il est difficile de donner des chiffres, mais ce sont des dizaines d’élèves qui vont se trouver en défaut d’accompagnement » dénonce Régine Dumas, représentante du Collectif RASED et déléguée Snuipp-FSU. « Ce sont des choix politiques : l’administration choisit de ne pas pourvoir ces postes car ils n’ont pas de classe attitrée, donc les conséquences sont moins visibles. Cette année, il a fallu créer une quarantaine de postes de remplaçants car il y a eu trop de fermetures les années précédents ; pour compenser, on prend sur les RASED. » Pour elle, ces décisions mènent à l’établissement de véritables zones blanches. À l’échelle du département, le nombre de professionnels est largement inférieur à la demande du collectif RASED. « Il faudrait un RASED complet pour 1.000 élèves, donc un maître E, un maître G et un psychologue. Aujourd’hui dans le département, il y a un maître G pour 2533 élèves, et un psychologue pour 1661. Seuls les maîtres E s’en sortent bien, avec un enseignant pour 873 élèves. Ce n’est pas étonnant : les maîtres E peuvent suivre leur formation complète à Clermont-Ferrand, tandis que les maîtres G doivent aller à Lyon pour une partie de leur formation. »

Au vu de la composition du gouvernement, Régine Dumas craint une destruction idéologique des RASED. « Déjà sous Xavier Darcos, Jean-Michel Blanquer s’était montré prompt à détruire des postes de RASED dans l’académie où il travaillait… Mais c’est un non-sens de se priver de cet outil : le RASED permet de faire un lien entre l’école et la famille, et à force de supprimer des postes, on se retrouve avec des situation ingérables pour les enseignants faute de prise en charge correcte. On se prive de repérer des situations qui peuvent être dramatiques. Dans une période de confinement où on parle beaucoup de maltraitance, il faut rappeler que l’école peut être un rempart face à ces violences pour peu qu’il y ait des dispositifs adaptés. »

Illustration : photo d’archives

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1 réflexion sur “Les écoles ne souffrent pas que du COVID”

  1. Les suppressions de postes visent aussi les dispositifs « plus de maîtres que de classes » qui viennent, comme les RASED, pour soutenir les équipes pédagogiques face aux élèves en (grande) difficulté face aux apprentissages scolaires…

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À propos de cet article

Publié le 22 avril 2020
Écrit par Davy DELFOUR
Davy Delfour est journaliste. Après avoir fait ses premières armes dans un plus grand groupe de presse locale, il se spécialise avec Mediacoop dans la couverture des mouvements sociaux et de la vie associative locale. Fort d’un parcours atypique, formé sur le terrain, il enrichit son analyse en diversifiant son champ de connaissances. Issu d’une jeune génération de journalistes, il partage avec les élèves de l’éducation aux médias l’habitude d’un monde dominé par les outils numériques, dans lequel il faut apprendre à distinguer les opportunités intéressantes des nouvelles menaces.

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