L’intersyndicale maintient le 1er mai et s’oppose à un déconfinement précoce

Confinement ou non, les organisations syndicales ne manqueront pas de faire entendre leurs revendications demain. En cette période particulière, elles dénoncent des remises en question toujours plus graves des droits au travail et appellent à ne pas reprendre le 11 mai.

« Il est hors de question de laisser bâillonner nos revendications », prévient l’intersyndicale clermontoise. Lors d’une conférence de presse dématérialisée, la CGT, Force ouvrière, Solidaires, la FSU et l’UNEF ont annoncé leur volonté de rappeler que « le 1er mai est, plus que jamais, une journée de lutte et de solidarité internationale ».

Car en cette période de confinement, les syndicats ont toutes les raisons de manifester leur colère. Aux dernières réformes remettant en cause les acquis sociaux s’ajoutent désormais les mesures drastiques incluses dans l’état d’urgence sanitaire ; une accumulation qui ne suffit toujours pas à certaines entreprises, qui multiplient les entorses au droit. « On est de plus en plus sollicités par des salariés dont les droits ne sont pas respectés », confirment les syndicalistes. « Ces derniers jours, on a eu plusieurs cas de travailleurs qui ne sont pas payés depuis mars. Beaucoup d’autres sont envoyés au travail au mépris des règles sanitaires ; Amazon a été condamné pour ça récemment, mais c’est loin d’être un cas isolé. » Avec la brèche ouverte par les ordonnances récentes, nombreux sont ceux qui se voient retirés leurs congés, RTT et heures supplémentaires. « Une grande partie de ce qui relevait des accords d’entreprise, de branche, voire même de la loi, est maintenant laissé à la seule discrétion de l’employeur », dénonce l’intersyndicale. « C’est lui encore qui a toute latitude pour décider si vous êtes vraiment confiné ou si vous devez aller bosser. » Pas mieux du côté universitaire, où les syndicats étudiants dénoncent des consignes dont l’application est laissée au libre choix de chaque composante ou enseignant. « Comme chacun applique les règles qu’il veut, il devient difficile de faire simplement de l’information sur les droits, et de savoir s’ils sont respectés. Même la consigne de prévenir deux semaines avant un examen est souvent outrepassée, sans parler des étudiants dont la situation ne permet pas le travail à distance. »

À tout cela s’ajoute un contexte de précarisation des plus fragiles. Nombre de travailleurs en contrats courts sont désormais sans emploi, et les salariés en chômage partiel souffrent d’une baisse de leurs revenus que beaucoup ne peuvent pas se permettre. « Comme on pouvait s’y attendre, l’État a apporté son aide aux entreprises, les plus grandes en premier, mais n’a pas donné un euro pour les travailleurs », dénoncent les syndicalistes. « Il n’y a rien pour ceux qui ne peuvent plus payer leur loyer, ni pour les étudiants qui sont d’autant plus fragiles qu’ils sont nombreux à tenir les caisses des supermarchés. Rien non plus pour les sans-papiers confrontés à des institutions qui tournent au ralenti. Quant à la production agricole, les petits paysans peinent à écouler leurs stocks faute de marchés ouverts, tandis que la grande distribution est favorisée. »

Avec la crainte que cette situation ne s’installe durablement, même le confinement passé, les organisations syndicales appellent la population à se faire entendre demain, pour un 1er mai un peu particulier. Des délégations de la CGT et de FO participeront avec la mairie à un dépôt de gerbe en l’honneur des morts au travail puis à une visio-conférence avec le maire ; l’ensemble de l’intersyndicale appelle à utiliser les réseaux sociaux en mentionnant « #1erMai » pour relayer les revendications. Plusieurs organisations ont également préparé de quoi animer la journée, avec des déclarations en direct et des clips musicaux à diffuser aux balcons.

Mais plus encore que la mobilisation de demain, c’est la bataille contre une reprise dangereuse pour les salariés que les syndicats préparent. « Contrairement à ce que dit Édouard Philippe, les écoles sont loin d’être prêtes pour accueillir les enfants », estiment les militants. « Avec sa stratégie du volontariat, l’État se dédouane en invoquant la responsabilité individuelle. Mais on sait très bien que ce sont les employeurs qui vont décider ou non de la reprise de l’école en renvoyant les salariés au travail. On est en train de transformer l’école publique en garderie du patronat. » En désaccord avec un déconfinement précoce, les syndicats ont déjà posé des préavis de grève dans plusieurs secteurs, et demandent aux salariés de « ne pas se rendre au travail si les conditions sanitaires ne sont pas réunies », estimant par ailleurs que « pour l’instant, rien ne permet de dire qu’on est en sortie de crise, et cette rentrée et contraire aux préconisations des scientifiques. » « Si nous voulons en sortir, il faut des services publics forts avec les moyens humains et matériels suffisants pour faire face, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Ils essaient de nous faire croire que la crise économique est la conséquence de la crise sanitaire, mais ce sont bien des décennies de choix politiques qui nous ont conduit à une situation où le système social, hôpitaux inclus, n’est pas en mesure de faire face à l’épidémie. »

Photo d’illustration : archives

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À propos de cet article

Publié le 30 avril 2020
Écrit par Davy DELFOUR
Davy Delfour est journaliste. Après avoir fait ses premières armes dans un plus grand groupe de presse locale, il se spécialise avec Mediacoop dans la couverture des mouvements sociaux et de la vie associative locale. Fort d’un parcours atypique, formé sur le terrain, il enrichit son analyse en diversifiant son champ de connaissances. Issu d’une jeune génération de journalistes, il partage avec les élèves de l’éducation aux médias l’habitude d’un monde dominé par les outils numériques, dans lequel il faut apprendre à distinguer les opportunités intéressantes des nouvelles menaces.

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