Sud Education dénonce la rentrée du 11 mai

Fabienne, professeure dans une école maternelle, et syndicaliste à Sud nous explique, pourquoi selon son syndicat, la date du 11 mai est une date prématurée.

Elle n’est pas dupe du discours gouvernemental. Pourtant, Macron avait annoncé un retour à l’école pour éviter d’accroître les inégalités sociales. Or, lors de la présentation du projet de rentrée du 11 mai, le gouvernement par la prise de parole du premier ministre, a annoncé que le retour en classe se ferait sur la base du volontariat !  » Nous n’avons jamais cru que Macron s’intéressait aux inégalités sociales qui existent depuis bien avant l’arrivée du virus et dont il est en partie responsable… Le seul intérêt de cette reprise est économique. Il ne s’agit pas de remettre à l’école ceux qui n’ont pas les outils pour la continuité pédagogique, mais de remettre en classe ceux dont les parents doivent repartir au travail…Les inégalités vont donc plus se creuser encore. Les enfants de milieux plus aisés pourront rester à la maison, avec des parents qui peuvent pallier le manque à gagner du chômage partiel par exemple, en gardant leurs enfants. Ceux dont les parents n’ont que très peu de revenus seront obligés de retourner à l’école pour retrouver un salaire plein. Nous n’avons jamais cru à l’alibi des inégalités sociales et au moins, là, le double discours prouve à quel point nous avions raison. D’ailleurs, ils ne cherchent plus à faire semblant. Le discours est clair désormais : il faut relancer l’économie.  »

Pour Fabienne, la date du 11 mai est bien trop prématurée et représente un réel danger.  » Le gouvernement nous demande de faire classe, de remettre les enfants à l’école, mais avec tout le protocole à respecter c’est tout bonnement impossible. Nous ne pourrons pas refaire classe à partir du 11 mai. Moi, je bosse en maternelle, qu’est-ce que je fais si un enfant tombe ? Je ne le ramasse pas sous prétexte de la distanciation physique ? On nous dit de ne pas utiliser de matériel collectif, mais dans ma classe, comment je fais ? Je demande à chaque élève de venir avec son propre matériel, ses propres jeux avec l’interdiction de les partager avec ses camarades ?  »

Pour Fabienne et son syndicat, autre incohérence : le retour des petites classes en premier.  » Or, on imagine que c’est plus important pour des 3 ème de reprendre le chemin du collège, afin de les préparer à la rentrée au Lycée. Malgré tout, on fait rentrer des élèves de maternelle. Je ne dis pas que ces classes ne sont pas importantes, mais je dis que l’on peut rattraper facilement sur l’année scolaire suivante. Or, la rentrée en seconde, elle, ne se prépare qu’une seule fois. On voit bien là, qu’on fait rentrer d’abord les enfants qui ne peuvent pas se garder tout seuls..pour que les parents puissent repartir au travail… »

Alors, Fabienne et d’autres doutent que la rentrée se fasse réellement le 11 mai.  » On se prépare comme si elle allait avoir lieu, mais nous n’y croyons pas vraiment, à mettre en place c’est très lourd et à notre avis d’un point de vue sanitaire, c’est dangereux… »

Le syndicat a donc déjà réfléchi à déposer des préavis de grève et réfléchit à l’exercice du droit de retrait.  » Dans tous les cas, nous encourageons nos collègues à se rapprocher des syndicats afin de réfléchir à une rentrée sereine, à une date cohérente. « 

Aujourd’hui, les enseignants n’ont pas encore reçu de démarches à suivre, si ce n’est un protocole sanitaire en état de projet : pas plus de 15 élèves par classe, pas de jeu en récréation, une distanciation sociale à respecter et des gestes barrières.  » Nous apprenons globalement les choses par les médias, puisque notre ministre s’adresse à la presse avant de se préoccuper d’ouvrir un dialogue avec nous… »

Autre questionnement, celui de la responsabilité des parents.  » On leur demande tout bonnement de choisir d’amener leurs enfants à l’école, malgré le danger. Mais en même temps, ces mêmes parents n’ont pas le choix puisqu’au 1er juin, il faudra une attestation de l’école pour pouvoir bénéficier du chômage partiel. Pourtant de nombreux parents s’interrogent, surtout au vu des réactions des enfants qui veulent majoritairement retourner en classe. Ils pourront retourner voir leurs copains mais ils ne pourront pas jouer avec … »

L’Education Nationale a promis aux parents qu’ils seront contactés par leur service avant le 4 mai.  » Mais c’est qui l’Education nationale ? C’est à nous, enseignants de joindre les parents? Nous n’avons aucune information… »

A 11 jours de la prétendue rentrée, il semblerait que les choses mettent plus de temps que prévue pour se mettre en place, alors que le nombre de cas reste finalement assez stable et que de plus en plus d’enfants semblent touchés par des symptômes assez graves d’une pathologie qui pourrait avoir un lien avec le virus…

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À propos de cet article

Publié le 30 avril 2020
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

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