Rien n’est terminé dans l’affaire Wissam

Plus de 8 ans après les faits, la famille de Wissam mort à Clermont-ferrand après une arrestation musclée de la police, ne lâche rien. La famille et une centaine de personnes ( collectifs, associations…) étaient présentes à la cour d’appel de Riom pour demander un complément d’informations.

Pas de justice, pas de paix. Le slogan est scandé, la mère de Wissam le poing levé lasse entrevoir la détermination dans son regard. Farid, le frère de Wissam ne décolère pas. Il répète les mensonges de la justice, des forces de l’ordre, des experts. Il veut, comme le reste de sa famille et des gens présents, la vérité. Personne n’est dupe. Wissam n’est pas mort d’overdose. Wissam n’est pas mort parce qu’il avait un coeur fragile. Wissam, selon plusieurs témoins a été  » tabassé » au commissariat de Clermont. Si fort, qu’il mourra 6 jours après à l’hôpital, sans jamais se réveiller. Un corps meutri, au vu des photos : fractures, marque de strangulation.

Les avocats de la famille ont donc demandé un complément d’informations, car ils ne se suffisent plus des réponses des experts de la justice. Ils ne se suffisent plus d’une justice qui a bâclé le dossier et ainsi trouvé aucun responsable dans la mort du jeune clermontois.

A l’instar de Babacar, (dont la sœur était présente au rassemblement) ou de Mehdi ( dont la sœur était venue de Lyon ce matin) , la mort de Wissam reste pleine d’interrogations. Que s’est-il passé ce soir du 31 décembre ? Pourquoi Wissam n’est jamais rentré du commissariat? Pourquoi son corps était-il tuméfié ? Pourquoi aucun policier n’a été inquiété? Pourquoi la justice n’a jamais écouté les témoins présents ce soir-là ?

Dans l’affaire de Babacar, mort à Rennes, pourquoi la BAC a débarqué alors que le jeune homme faisait une crise d’angoisse et que son ami a appelé les pompiers ? Pourquoi lui ont-ils tiré 5 balles de dos ? Pourquoi la justice a décrété un non lieu ?

Medhi était en scooter quand il a été poursuivi par une voiture de police. Un accident lui a causé la mort. Les témoins parlent de la responsabilité de la voiture de police qui aurait percuté le scooter. La police dément. Là aussi non lieu.

Trois exemples de famille en quête de vérité. Trois exemples de dossiers mal saisis par la justice. Trois exemples de déresponsabilisation des forces de l’ordre.

Dans ce contexte de polémique autour des violences policières, ces trois histoires s’entremêlent, s’entrechoquent et interrogent. Sommes-nous tous égaux face à la justice ? Toutes les morts se valent-elles aux yeux de la société ?

Maitre Canis, l’un des avocats de l’affaire rappelle que sur le corps de Wissam, on retrouve les mêmes traces que sur le corps de George Floyd, cet américain tué en direct par la police. Maître borie, l’autre avocat, lui, en sortant de 3 heures d’audience, et après avoir déposé le dossier a assuré qu’ils ne lâcheraient rien, jusqu’à la cassation.

La cour donnera son verdict le 15 juillet pour peut-être enfin ouvrir un procès qui n’a jamais eu lieu.

Ce matin, des mots forts mais aussi des convictions ont prouvé que peut-être enfin, certains combats pour la vérité ne sont pas vains. Dommage que cette vérité ne soit pas un dû. Dommage que cette vérité mérité un combat.

Et puisque certaines photos valent mieux que mille mots.

photos de Romain Prados

A venir : demain reportage vidéo racontant la journée.

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1 réflexion sur “Rien n’est terminé dans l’affaire Wissam”

  1. Bismillah salam, voyez bien que ma tradition nous enseigne le mot paix et justice dont l’équilibre de l’humanité est menacé par des protagonistes sans foi ni loi.

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À propos de cet article

Publié le 9 juin 2020
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

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