Crise à l’école d’Aydat, après l’élection du nouveau maire

Sa liste a été élue le 15 mars sur la commune d’Aydat et Franck Serre a pris ses fonctions de maire le 25 mai dernier. Très rapidement, il a pris des décisions, notamment pour l’école. 3 contractuelles ont été convoquées pour signer leur fin de contrat, alors qu’elles découvraient le même jour sur pole emploi, une annonce pour les remplacer.

Des agents polyvalents. A la cantine, au périscolaire, parfois même, elles remplaçaient les ATSEM. Yvette, Aline et Ludivine se sont formées dans cette école d’Aydat. «  Moi, j’habite juste derrière  » déclare Aline, qui a fait 6 ans d’apprentissage puis a cumulé les CDD et remplacement. 18 mois de CDD. «  Mais dans la fonction publique, on peut aller jusqu’à 6 ans  » déclare David, syndicaliste CGT venu tracter devant l’école ce matin. Pourtant, mardi, Aline a été reçue à la mairie pour signer sa fin de contrat, on lui a simplement signalé qu’elle avait cumulé trop de CDD.  » Sans vouloir m’avancer, ma mère s’est présenté sur la liste d’opposition… » Une punition politique ? Ludivine, elle a reçu les éloges de la municipalité pour son travail qui a argumenté sa mise à la porte en prétendant que la garder serait  » du gâchis, au vu de son potentiel « .  » J’ai fait 3 ans de contrat d’avenir puis j’ai eu un CDD de 10 mois qui finira en août. L’année prochaine, alors qu’il est prévu l’agrandissement de l’école, de la garderie, nous ne serons plus là…Mais on a découvert qu’ils recherchaient déjà au moins une personne pour nous remplacer sur Pole Emploi. » Alors que les jeunes filles s’expriment, une maîtresse passe sur le pont pour aller sur le terrain de football. Discrètement, elle serre le bras des futures licenciées. «  A l’école, même les enseignantes se mobilisent, elles ne comprennent pas.  » L’animateur sportif suit, il est lui aussi convoqué en mairie. Le sourire à la bouche, il ne se fait pas d’illusion. «  Ils ne doivent pas trop aimer que je sois syndiqué depuis 12 ans…On verra ce qu’ils me diront… »

En plus de la décision arbitraire qui a été prise, c’est la façon de faire qui est dénoncée par nombre de parents. «  On ne peut pas dire à quelqu’un de venir faire le ménage tout le mois de juillet et de le virer fin août… » Une maman s’approche :  » Mes enfants ne parlent que d’Yvette, elle est un repère pour les enfants… »

Yvette, c’est la troisième personne à avoir été reçue à la mairie pour signer sa fin de contrat. 54 ans. Depuis ses 18 ans, elle bosse ici, elle n’a jamais été titularisée, parfois remplaçante, parfois en CDD. Et à quelques années de la retraite, elle doit chercher du boulot ailleurs.  » Je vais faire comment moi ? J’ai toujours travaillé là…  »

Les syndicalistes CGT, venus prêter main forte à ces trois femmes, font signer des pétitions devant l’école. La majorité des parents sont étonnés, ils ne savaient pas. Beaucoup signent. Certains poussent les femmes à poursuivre en justice pour réclamer leurs droits.  » Ce ne sont pas des façons de faire, surtout que ces 3 personnes ont été présentes pour la garde d’enfants de soignants pendant le confinement. Elles ont pris de leur temps en période de crise, se sont déclarées volontaires. C’est comme ça qu’on les remercie ?  »

La gendarmerie est présente sur les lieux. Aodren Le Guern, secrétaire général CSD CGT 63 territoriaux ne décolère pas :  » Le maire a appelé les gendarmes parce que nous avons tracté devant l’école. Mais, nous avons fait les choses dans les règles. Ces façons de faire ne présage rien de bon… »

Le maire passe devant l’école, il est accompagné de l’un de ses adjoints en treillis. Il refuse de nous parler et de répondre aux questions.

 » Donnez-moi des pétitions » interpelle une femme, «  je tiens un commerce, je sais que tout le monde ici se sent concerné par la vie à l’école, la population doit se mobiliser… »

À lire également

2 réflexions sur “Crise à l’école d’Aydat, après l’élection du nouveau maire”

  1. Tous les parents ne pensent pas que cela soit une injustice, il faut faire preuve d’un minimum de compétences pour travailler auprès des enfants et les amener à grandir … on ne peut pas dire que ces 3 agents avaient de grande qualité pour cela…

  2. Facile de se cacher derrière l anonymat une grande preuve de courage, elles étaient assez compétentes pendant 4 ans voire plus pour certaines, pour être là pendant le confinement aussi, pour aller au centre de loisirs, remplacer les ATSEM etc… Ne jugez pas ce que vous ne savez pas, ma fille a commencé le BAFA, elle a été formée en hygiène , a fait tous les postes et s’occupent d enfants depuis plus de 8 ans. Et à la rentrée, on vous mettra des personnes non formées mdr. Ma fille dit en face les choses pas normales qui se passent quelquefois , alors ça ne plait pas toujours, mais la franchise est une qualité pas un défaut. et moi je signe Maman de Ludivine habitante d Aydat depuis 40 ans

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

retrouvez-nous sur :

À propos de cet article

Publié le 3 juillet 2020
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

Nos derniers articles

L'agenda du cactus

Pas d'événement actuellement programmé.

Partager l'article

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur email
Email
Cet article vous a plu ?

Soutenez le Cactus !

Le journalisme a un coût, et le Cactus dépend de vous pour sa survie. Il suffit d’un clic pour soutenir la presse indépendante de votre région. Tous les dons sont déductibles de vos impôts à hauteur de 66% : un don de 50€ ne vous coûte ainsi que 17€.