La conf’ paysanne dénonce le décret sur les zones de non-traitement

La confédération Paysanne milite contre l'utilisation de produits chimiques pour la production agricole. Elle dénonce "La Charte d'engagements départementale des utilisateurs agricoles de produits pharmaceutiques du Puy-de-Dôme." Une charte qui légifère sur la zone de traitement des pesticides. "S'il y a des zones de non-traitement, c'est qu'il y a des zones de traitement" s'insurge le porte parole du syndicat, Philippe Falvard.

« C’est au bout du village, tu verras un grand gaillard au milieu de la route. » Pas loupé, Philippe Falvard, porte parole de « La Conf » se tient debout à l’entrée de sa ferme. Des chiens, des chiots accueillent dans de doux aboiements. La cuisine « dans son jus » sert tout à la fois de salle de réunion, de discussion et de pause café. Philippe a tant de choses à dire sur son métier, et le monde paysan qu’il est difficile de s’en tenir à la question des pesticides. « En fait, la loi Egalim a été votée après une demande des riverains de ne pas désherber près des maisons. mais plutôt que d’interdire les pulvérisations, on s’est contentés de déterminer des Zones de Non Traitement le long des habitations. » Pour Philippe, c’est une aberration, « Le round-up, on peut s’en passer…J’en suis la preuve. » Pour ce paysan de 59 ans, éleveur en Bio, pas question d’user de produits chimiques. « Les lobbying veulent nous faire croire que c’est moins cher d’utiliser du round up, mais c’est faux si on sait travailler la terre correctement. Nous faisions des mélanges de céréales qui remplaçaient des engrais….Et ça marchait parfaitement. » explique l’agriculteur avant de poursuivre « Et puis, il n’y a pas de mauvaises herbes, seulements des herbes qu’on ne désire pas, mais ça c’est pareil avec les humains, non ? » Philippe, un tantinet taquin et bourru dénonce les conséquences dramatiques de l’utilisation « de ces saloperies » : perturbateurs endocriniens, destructions des insectes… « Dans les vignes, on ne trouve plus d’insectes, et donc plus aucun oiseau…C’est dramatique… » Oui, mais malgré tout, les autres agriculteurs ont un plus beau tracteur non ? « Si le bonheur c’est avoir le plus bel engin, alors ok, mais moi je vis mieux qu’eux, d’abord, j’ai plus de temps. Je suis un syndicaliste bénévole, j’ai le temps de me consacrer à mes combats, à la FNSEA, ils touchent des indemnités car s’ils loupent 3 heures à la ferme, ils sont obligés de se faire remplacer…C’est un mode de vie différent…Avoir de l’argent, la belle affaire, mais avoir du temps… » D’ailleurs, Philippe prend le temps de répondre à un appel d’un de ses copains paysans. « je t’appelle pour te dire que Bachelot est au gouvernement, cette honte ! » s’exclame l’interlocuteur. Chez Philippe, on parle aussi bien de politique que de bovins. « Tout est lié…Et là, nos politiques sont en train de tuer le monde paysan. Bientôt, les fermes seront rachetées par Intermarché qui deviendra producteur-vendeur…il n’existera plus que des techniciens-salariés… » Pourtant, Philippe le reconnaît le coronavirus a fait du bien aux circuits-courts. « Les gens mangeaient bio et sain, et à proximité. Mais les gens ont aussi la mémoire courte et sont retournés rapidement dans les supermarchés… »

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre round-up. « Il faut savoir que la quantité prime sur la qualité. A force de produire du mauvais blé, les gens sont intolérants au gluten…Donnez-leur du blé ancien, et vous verrez, ils n’auront plus mal au ventre ! » Selon Philippe, les pesticides ont crâmé des sols tant et si bien qu’ils sont devenus stériles, sauf pour les OGM, résistants. « Monsanto fabrique aussi bien les pesticides que les OGM, alors ils sont tranquilles ! »

Autre problématique que dénonce la Confedération paysanne « On nous colle un décret pour les zones de non-traitement, on nous dit qu’il y a eu une vaste consultation. Sauf qu’on a appelé les maires, pour l’instant, aucun d’entre eux n’a été consulté, ni même la population et là, on demande à la prefecture de trancher sur ces zones de non-traitement…On en appelle à la responsabilité de notre préfète d’interdire la mise en application de ce décret qui a été réalisé en catimini, sans l’avis de personne… »

Utilisation de pesticides, absence de consultation, ce nouveau décret va à l’encontre des valeurs de la conf’. « Nous, nous avons une proposition…On veut lancer la sécurité sociale alimentaire. Tout le monde cotise comme à la sécu. Et chaque personne reçoit 150 euros par mois à dépenser dans le cadre d’une charte concernant les produits de consommation. La viande, les légumes, etc, tout bio et local. Avec 150 euros par mois par personne, tu aides les gens à se nourrir sainement. Et tu peux oublier les boites de conserve distribués par les restos du coeur ! Et tu fais vivre le monde paysan… »

Autre coup de fil « Dis donc je viens de t’entendre à la radio … » s’exclame un camarade. Puis débarquent les enfants et les petits enfants. « Tu es toujours accroché à ton téléphone papa ! » Alors que l’heureux grand-père porte son dernier petit-fils dans les bras, dans un regard rieur, rétorque : « J’ai pas le dernier tracteur, mais je vis… »

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À propos de cet article

Publié le 8 juillet 2020
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

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