Menacés, les salariés du pôle maintenance de Hop ! répondent par la lutte psychologique

L’intégrité du pôle de maintenance Hop ! d’Aulnat est menacée par un plan de relance présenté par sa société-mère, AirFrance. Pour défendre leur emploi, les salariés et les syndicats se sont rassemblés devant leurs locaux, vendredi 10 juillet dès 9h, dans le but de faire ressentir à leur direction la violence de sa décision. Retour sur un accueil que ces militants ont voulu plutôt... terrifiant.

Signalétique improvisée, premier signe de lutte, le panache noir d’un pneumatique d’avion en feu s’élève au-dessus du pôle de maintenance. L’entrée de la zone est barrée par un chariot au lugubre bagage. Un mannequin en habit de travail git là, sous une inscription narquoise : « Hop ! À la benne. » Quelques mètres plus loin, un autre mannequin s’est pendu à une grue, rappel macabre de ce qui se joue ici.

Le pôle de maintenance d’Aulnat est géré par Hop !, une filiale d’AirFrance, dont le directeur général, Benjamin Smith, vient d’annoncer un plan de restructuration. Baptisé Vesta, ce plan inclut la fermeture de deux des quatre pôles de maintenance de France, ceux de Morlaix et de Lille, et la suppression de 49 postes, ici, à Aulnat. Au total, ce sont 1,022 postes « équivalents temps plein » qui vont être supprimés. « Ils n’ont même pas le souci de parler en termes d’hommes et de femmes. 1,022 « équivalents temps plein », c’est combien de vies détruites ? » s’exclame Karine Monségu, secrétaire générale de la CGT AirFrance, devant un parterre de salariés et de syndicalistes. Les préparations du point presse sont interrompues par une annonce : l’auto-école située en face du pôle de maintenance a appelé la police afin de faire enlever les voitures des camarades garées de leur côté de la route. Par solidarité, sans doute…

La fermeture de la liaison Clermont-Ferrand (CFE) – Paris Orly (ORY) menace l’existence même de la structure, explique Joel Rondel, salarié et représentant CGT. Si cette fermeture était actée, l’acheminement des avions jusqu’au centre de maintenance serait compromis. « On ne peut pas faire voler des avions à vide, ce serait une aberration économique et environnementale. S’ils avaient directement décidé la fermeture du plus grand pôle de maintenance de France, ça aurait fait trop de bruit, alors ils s’y attèlent par des moyens détournés. Le but à terme, c’est de sous-traiter là où la main-d’œuvre est moins chère. »

C’est donc sur l’ensemble des salariés que pèse l’appréhension d’un licenciement futur. « La perte de l’emploi, c’est la perte de soi » rappelle Karine Monségu. De fait, ce sont les moyens de subsistance de familles entières qui sont remis en cause. Soudain, un bruit de tonnerre retentit. Un salarié vient d’essayer le « patator », un baril métallique contenant d’une petite quantité d’explosifs qui rend sonore la colère de l’assemblée.

À l’annonce de l’arrivée prochaine de Pierre-Olivier Bandet, le directeur général de la société, tout le monde s’est mis en position. Pour s’assurer que le cortège de la direction prenne le temps de savourer la mise en scène, les militants se sont massés autour d’un étroit corridor pour forcer leurs dirigeants à ralentir le pas. Certains se sont saisis de fumigènes, d’autres se tiennent prêts à actionner le patator, à allumer des pétards « mitraillettes » et à les jeter dans les barils qui serviront de caisses de résonnance. Du bout de sa corde, le mannequin pendu se balance au-dessus du cortège. « C’est la psychologie qu’on vise, pas le physique », explique Joel Rondel. Karine Monségu continue : « il faut que la peur change de camp. »

De l’entrée du pôle se fait entendre un sifflement. La direction est arrivée. Encadrée par une poignée de salariés et leur fumigène, elle s’engouffre dans le corridor. Une musique d’enterrement retentit, la foule s’agite et hue. Pierre-Olivier Bandet fait mine de juger les forces en présence. Le patator tonne. Le directeur passe sous les fourches caudines de son portrait caricaturé et se retrouve nez-à-nez avec une poignée de salariés qui détiennent les clés du site. Leurs collègues martèlent la paroi de plexiglas, faisant trembler le tourniquet d’entrée. Finalement, la direction et les salariés pénètrent dans le pôle. L’intersyndicale et les journalistes restent à l’extérieur. « Malheureusement, en zone aéroportuaire, on est contraint par certaines règles de sécurité. On va aller négocier avec Bandet, alors on espère que notre petit spectacle l’aura un peu secoué. »

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Publié le 12 juillet 2020
Écrit par Avril Dutheil

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