Pas de rentrée pour Matthéo et les autres

Alors qu’on souhaitait une bonne année à tous les écoliers ce matin, certains sont malheureusement restés chez eux. De nombreux enfants souffrant de handicap n’ont été acceptés dans aucune école ou structure pour les accueillir, alors même que la secrétaire d’état chargée des personnes en situation de handicap annonçait hier que les 400000 enfants auraient une place ce matin.

Près de la frontière belge, un petit Mathéo doit rester chez lui, en cette journée de rentrée. Alors qu’il était l’année dernière dans une école spécialisée, la directrice de l’établissement a annoncé qu’elle ne pourrait pas le reprendre cette année. «  On a appris ça, le 30 juin en allant récupérer ses affaires. On nous propose une place en IME, mais notre fils est autiste modéré, il ne supporte pas les bruits, ce genre de structures est inadapté. De plus, on veut nous obliger à lui faire prendre un traitement beaucoup trop lourd. IL ne peut être que dans une école spécialisée dans l’autisme, ça n’existe qu’en Belgique ou à Paris. En France, rien n’est adapté. On cherche à soigner le handicap plutôt que d’apprendre à l’accepter et vivre avec. Mon fils ne parle pas, mais il montre avec le doigt ce qu’il veut, il serait bien avec es professionnels qui lui apprendraient à être en interaction. mais cette année me paraît compromise, je ne travaille pas pour m’occuper de lui. » Sur la photo, le petit garçon tient tendrement sa petite sœur de 16 mois dans un sourire affectueux.

Du côté de Clermont-Ferrand, un autre Matthéo pleure depuis plusieurs jours, depuis que ses parents lui ont annoncé, qu’il n’aura pas d’AESH en classe, ni même une place dans une classe UlIs de la circonscription de Riom. Matthéo est donc resté chez lui, ce matin, regardant ses sœurs partir, cartable sur le dos.

En plus d’enfants délaissés, ce sont des parents démunis, à l’instar d’Ophélie. « Mon fils doit rentrer en CE2, il a fait plein de progrès, plein d’efforts, il aime l’école, et aujourd’hui, mon mari a dû prendre sa jouréne, à partir de demain, c’est ma mère qui va s’installer chez nous, car nous devons continuer à travailler…Il faut que Matthéo retourne à l’école. »

L’enfant a très vite été diagnostiqué autiste, vers l’âge de 2 ans et demi, il ne disait pratiquement pas de mots, il dormait mal, et pouvait se faire du mal. Dès lors que la maman prévient la crèche du handicap de son fils, celle-ci refuse de le prendre. A la maternelle, il a le droit de venir une heure le vendredi, en compagnie de sa mère. « A cette époque, il n’y avait pas l’obligation de l’instruction à partir de 3 ans. » explique Ophélie.

Il faut savoir que les démarches sont assez longues, une fois le diagnostic posé, la MDPH doit notifier une Aide de Vis Scolaire (AVS) . Une fois la notification reçue, l’académie prend le relais en recrutant une personne. « Pour Matthéo, on a eu l’AVS mais la directrice a préféré la mettre avec une autre petite fille qui était plus âgée et dont c’était plus nécessaire. » Changement de travail, changement d’école, l’inclusion se fait un peu mieux du côté de Saint-Etienne, même si l’enfant est laissé un peu seul dans un coin de la classe. « L’enseignante a cru bien faire en lui dédiant un espace aménagé mais du coup, il était isolé. Les enseignants ne sont pas formés à ça » L’enfant souffre au point qu’il se jette sous les roues d’une voiture, un matin, pour ne plus aller à l’école. La famille décide de se battre, malgré le dossier qui se perd entre le 63 et le 42, rien n’est simple. Ophelie est reçue au ministère de l’Education Nationale, elle fait du bruit. On la contacte pour lui proposer une place dans une Unité d’Enseignement Maternelle Autisme. Ce n’est qu’à 30 min de Saint-Etienne. « Là, on a vu notre fils revivre, être heureux, il était entouré de professionnels, il en faudrait plus des structures comme celles-ci… car il ne faut pas se leurrer, on diagnostique plus d’enfants en situation de handicap, non ? » Matthéo entre en CP, la famille déménage pour être au plus près de l’école. Puis, l’année dernière en CE1, lors d’une réunion ESS rassemblant l’école, les professionnels et les parents, on salue les progrès du petit garçon auquel on notifie une place en Ulis (Unité localisée pour l’inclusion scolaire) mais de AESH. De retour dans le Puy-de-dôme, pour des raisons professionnelles, dès fin juin, les parents cherchent une place pour Matthéo. Aucune place pour lui dans les ULIS. Et comme il n’a plus le droit à une AESH ( Accompagnant d’Elève en Situation de Handicap), il ne peut pas non plus rejoindre une classe normale. « Un handicap, c’est déjà tellement injuste, ça isole déjà tellement notre enfant, il comprend tout, il verbalise, il suit à l’école, il est juste difficile à canaliser…Mais là, il va mal, et mine de rien, il doit entrer en CE2, apprendre plein de nouvelles choses, je ne veux pas qu’il soit en retard, je veux qu’il ait le même droit d’apprendre que tous les autres enfants. » Ophélie a donc décidé de faire « du ramdam » comme elle le dit dans un sourire. « Mais est-ce normal de devoir lutter pour que mon enfant soit considéré comme un enfant, avec les mêmes droits ?  » Ophélie essuie quelques larmes. Sur le banc sur lequel elle s’est assise, le reste d’un déjeuner, à peine touché. « Il n’y a plus rien qui passe.  » La jeune femme doit repartir au travail, mais avant de mettre son sac sur l’épaule, elle ajoute : « Nos enfants sont les adultes de demain, même handicapés, il faut faire le maximum pour les insérer. Là, on l’empêche de réussir, on ne lui offre pas les mêmes possibilités. Si on dit qu’il est autiste, on nous ferme des portes, peut-être devrions-nous cacher qui il est ? Mais je ne veux pas cacher l’identité de mon fils, c’est comme ça que je l’aime et qu’il doit être accepté. Il n’a pas à plaire ou entrer dans des cases. Moi, j’espère qu’un jour Matthéo réussira malgré tous les bâtons qu’on lui aura mis sur son chemin… »

En attendant, Ophélie a créé une page Facebook https://www.facebook.com/lamerebleue/

A en voir la popularité de son post, Matthéo est loin d’être le seul à être privé du chemin de l’école…

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1 réflexion sur “Pas de rentrée pour Matthéo et les autres”

  1. Les AVS n’existent plus…… On parle aujourd’hui d’aesh…
    Déjà si ce métier était connu et reconnu, valorisé et non précaire… Tous ces petits bouts auraient une aesh.
    La France à un sérieux train de retard !!!!! Et je mâche mes mots !
    Je démissionne tout juste de ces fonctions d’aesh au bout de 6 ans. Je suis usée.

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À propos de cet article

Publié le 1 septembre 2020
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

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