Cas de « Maltraitance rectorale » au lycée de Chamalières selon les syndicats

Cette rentrée connaît de fortes perturbations du côté du lycée de Chamalières après la « mutation dans l’intérêt du service » de Sabine Dignat. Retour sur une affaire qui prend ses racines depuis plus d’un an.

Il faut remonter, au 9 septembre, jour du suicide de Laurent Gathier, professeur au lycée de Chamalières. Pour son entourage, aucun doute, la responsabilité de cette mort incombe au milieu professionnel et notamment à certains supérieurs de l’enseignant. L’atmosphère devient alors pesante dans l’établissement. Les membres de la direction sont pointés du doigt. Sabine, professeure en éco-gestion, elle, assume son rôle de syndicaliste au SNALC, en recueillant la parole de ses collègues, en la collectant et devient la porte-parole du malaise qui règne dans l’équipe enseignante du lycée. Pour Chantal Vautrin, responsable départementale du Puy de Dôme pour le syndicat, Sabine a eu un rôle majeur : « Elle n’a as hésité à alerter, à prendre des rendez-vous au rectorat, avec le CHSTCA, à dialoguer. Elle était membre du Conseil d’administration du lycée et est très appréciée de ses collègues… » L’enseignante prend à coeur ce rôle d’apaiser les tensions au sein du lycée dans lequel elle officie depuis 13 ans.

manifestation ce jeudi 3 septembre devant le lycée de Chamalières à 8 heures

Pourtant, le 27 juillet, alors que le rectorat est fermé, elle apprend qu’elle sera mutée dans l’intérêt du service. Une nouvelle qu’elle reçoit très mal. « Elle est celle qui a tenté de régler les problèmes, elle n’est en aucun cas le problème.  » Les membres de la direction accusés de la responsabilité du suicide de Laurent Gathier ont eux aussi été déplacés. « Pour eux, on le comprend, une affaire est en cours, un procès aura certainement lieu, pour le bien-être de tous, il est évident que ceux qui sont potentiellement en lien avec le suicide doivent partir, mais Sabine a juste voulu recueillir le mal-être de ses collègues, elle n’a aucune responsabilité dans la mauvaise ambiance de l’établissement.  » ajoute Chantal Vautrin.

Une première audience a eu lieu le 20 août, sans succès. Hier, après un rassemblement au rectorat, une délégation de différents syndicats a été reçue, sans plus de solutions à apporter. « On nous dit qu’il faut apaiser le climat, tout en accordant que Sabine n’a commis aucune faute.  » Explique Sylvain Pelletier, représentant SUD éducation. Il a fait partie de la délégation, mais est ressorti décontenancé. « Ils ont annoncé avoir pris leur décision avant la fin de l’enquête ( NDLR : 3 enquêtes sont actuellement en cours depuis le suicide de Laurent Gathier), ont expliqué qu’il ne s’agissait aucunement d’une sanction. Or, leur décision pourrait faire penser qu’elle a une responsabilité dans le suicide de son collègue. »

Sabine Dignat n’a pas pu faire sa rentrée, elle était attendue au lycée Sidoine Apollinaire, mais choquée par les événements, elle est en arrêt maladie. « Nous nous inquiétons beaucoup pour elle » confient ses camarades qui ont décidé de saisir le tribunal administratif pour redonner sa place à l’enseignante. « Nous osons dire qu’il s’agit de maltraitance rectorale, nous en avons fait une banderole de 3 mètres de long… Surtout quand on entend le mépris de la réponse du DRH ou du directeur de cabinet du recteur capable de nous dire qu’ils nous attendent en justice, qu’ils ont toujours 3 coups d’avance et que leur dossier est bétonné, qu’on ne leur fait pas peur » s’agace Chantal Vautrin.

le Syndicat SNALC a posé un préavis de grève du 2 au 30 septembre, certains professeurs du lycée de Chamalières sont en grève depuis la rentrée. Les anciens élèves de Sabine Dugnat ont, de leur côté, rédigé une pétition. L’ensemble des syndicats ont apporté leur soutien à l’enseignante.

À lire également

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

retrouvez-nous sur :

À propos de cet article

Publié le 3 septembre 2020
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

Nos derniers articles

L'agenda du cactus

Pas d'événement actuellement programmé.

Partager l'article

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur email
Email
Cet article vous a plu ?

Soutenez le Cactus !

Le journalisme a un coût, et le Cactus dépend de vous pour sa survie. Il suffit d’un clic pour soutenir la presse indépendante de votre région. Tous les dons sont déductibles de vos impôts à hauteur de 66% : un don de 50€ ne vous coûte ainsi que 17€.