Anas Dadir, « Nous avons besoin de remettre nos quartiers dans les mains de leurs habitants »

Anas Dadir est un personnage local des quartiers nord, après 15 années à Paris, il y a 3 ans il a décidé de revenir sur les terres clermontoises afin exploiter ses compétences sur le territoire de sa jeunesse. Avec le Covid, l’un de ses projets, un café associatif « Le 7 à vous » est en sursis.

C’est un ancien tabac-presse en plein cœur du quartier de croix-Neyrat, au nord de Clermont. Entouré d’immeubles, le tiers-lieu vient pallier le silence, le vide et le manque d’un territoire quasi désertique. « Ici, il n’y a plus rien, il reste l’école mais pour faire ses courses, retrouver des gens, nous n’avons plus aucun magasin de proximité… » Explique Pierrick, un habitant qui s’est engagé dans le nouveau tiers-lieu. Les habitants de la rue de Gomel doivent effectivement aller à Auchan tout en bas pour faire les courses et même acheter le pain. « Ici, avant, nous avions des boulangeries, mais tout a disparu, ce quartier est totalement délaissé  » déplore le jeune homme installé au 7àvous pour boire un café. Derrière lui, un coin lecture, des enfants qui se baladent dans la pièce. Derrière le bar, une jeune femme prépare le thé. Anas discute, accueille. Chaque matin, c’est lui qui ouvre le lieu à 7 heures. « Je suis resté 15 ans à Paris, mais c’est ici chez moi. J’ai bossé dans la communication. mais j’ai voulu investir mes compétences dans mon quartier. Il a beaucoup changé depuis mon départ, quand je suis revenu il y a 3 ans, cela m’a choqué.  » Alors Anas déploie ses forces et crée d’abord une association « Askip » afin d’aider les créateurs d’entreprise dans les quartiers. Il accompagne 40 porteurs par an, inscrit son association dans le réseau « Les déterminés ». Au fur et à mesure du temps, son asso développe aussi des liens avec celles du quartier, alors en toute logique, elles finissent par se fédérer en collectif « Clermont Différent » qui leur permet de mutualiser leur matériel, leurs locaux, et leurs compétences et champs d’action.

En novembre 2019, le collectif crée le 7 à vous, un tiers-lieu imaginé dans un tabac-presse dont les locaux appartiennent à logi-dôme. « On paie donc chaque mois, des charges  » explique Anas. Le lieu est créé pour pour permettre aux différentes assos du collectif de rencontrer les habitants, mais surtout il s’agit d’un lieu d’échanges, de débats. « On a fait des concerts, des conférences… Ca cartonnait ! » Le café associatif compte sur l’investissement des habitants du quartier qui y donnent de leur temps de façon bénévole. Le café marchait très bien. « Nous avons fait des soirées avec plus de 100 personnes et on touchait les gens du quartier mais aussi des étudiants, des gens des communes alentour. Nous pouvions privatiser le local pour les entreprises. Mais la mise à disposition pour recevoir du public est quant à elle gratuite. « Ainsi, les soirées s’enchaînent. Mais le COVID arrête net la vie collective du lieu. « Nous avons utilisé les locaux pour l’association L’ouverture qui a distribué pendant le confinement plus de 36 mille repas. Nous avons donc continué à payer l’électricité mais nous n’avions plus de rentrée d’argent. «  Le lieu se retrouve avec 3000 euros de dettes dont une partie a déjà été épongée depuis la reprise des activités. « Notre reprise est toutefois partielle. En effet, avant, nous vendions des paninis, des tiramisus, mais avec le manque de trésorerie, nous ne pouvons plus nous fournir en matière première.  » Le collectif a donc décidé de lancer une cagnotte Leetchi pour tenter de récupérer les 800 euros qu’il leur manque toujours. « Mais c’est aussi une façon de sensibiliser les gens. On veut rester dans la main des habitants, et il faut prendre conscience que ce lieu a besoin de nombreuses personnes pour le tenir… » Au départ, ce sont bien les habitants qui ont demandé qu’un lieu de rencontres s’inscrive au coeur du quartier. Depuis, ils viennent y discuter de leur problématique. Ainsi, Anas entend rapidement les familles se plaindre du coût de la vie, notamment en période scolaire. Lui vient l’idée de la friperie solidaire. « On récupère des habits, on les trie, lave, repasse et on les met à la vente pour 1, 2 ou 3 euros. Encore une fois, la friperie fonctionne grâce à l’engagement des habitants, ce sont eux qui la font fonctionner. » La friperie a vocation à changer de quartier chaque trimestre. « On l’installe dans des locaux temporaires ici, puis à Saint-Jacques, à la Gauthière… »

préparation de la friperie solidaire

Un jeune collégien interrompt l’interview, il est avide d’apprendre la radio, la caméra, il pose des questions à Anas qui doit le former les vendredis à l’audiovisuel. Une jeune femme s’installe et écoute l’interview, elle fait partie des figures emblématiques des quartiers, toujours prête à adhérer aux nouveaux projets. Plus loin, un groupe de femmes trient les vêtements pour la friperie. Pierrick, quant à lui, a rendez-vous, il doit s’échapper. Anas regarde sa montre. Lui aussi doit enchaîner, mais juste avant, il glisse, alors qu’on devine que dans sa tête mille nouvelles idées sont déjà en train d’émerger : « Ah on a aussi un projet de cantine solidaire, au 7 à vous, les gens pourront venir manger comme au restaurant, mais gratuitement, pour créer du lien. On souffre d’isolement ici. Mon quartier mérite mieux, et je crois que la solution ne peut venir que de ceux qui y habitent, voilà pourquoi j’y mets tant d’énergie… »

Afin d’aider le 7àVous, voici la cagnotte mise en ligne : https://www.leetchi.com/fr/c/566A09W5?fbclid=IwAR2N-FjHYd8c6TBPn_yOykN-q1t7vClq0PmMaopGGN3YSHMw6vzN_VjpnuQ

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À propos de cet article

Publié le 8 septembre 2020
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

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