L’école Edouard Herriot mobilisée jour et nuit contre la fermeture d’une classe

Depuis le 4 septembre, jour de l’annonce de la fermeture de classe, les parents d’élèves se mobilisent et redoublent d’imagination pour que leur école maternelle puisse rouvrir sa 5ème classe. Cette nuit, ils ont planté des tentes pour dormir dans la cour d’école.

Après le goûter, les parents ont débarrassé les tables, et commencé à se demander quelle pizza commander. Entre deux verres d’eau, les débats vont bon train pour la suite des événements. Au milieu de la cour d’école, deux tentes sont plantées, pour le plus grand bonheur des enfants qui s’amusent à la nuit tombée. Pas grave, demain, il n’y a pas école. C’est grève.

Les parents d’élèves ont planté leur tente dans la cour de l’école

Quatre jours après la rentrée, les parents et maîtresses apprennent qu’une classe sera fermée et donc une enseignante déplacée. Très rapidement, les parents d’élèves élus sont reçus par la directrice qui leur explique que selon les directives, et les instances, les effectifs sont trop bas. « 26 par classe de maternelle, tout de même » rétorque Cémilia, maman qui a planté sa tente. « Nous avons en plus 3 enfants en situation de handicap, un quatrième en cours de reconnaissance, pas d’AESH. » Les parents apprennent assez vite que le ministère qui avait promis 43 postes n’en délivrent que 38 sur le Puy-de-Dôme, entraînant donc 5 fermetures de classe. Pour contester ces restrictions budgétaires et donc humaines, les parents se mobilisent le jour même de l’annonce en demandant un rendez-vous au DASEN ( Directeur Académique des Services de l’Education Nationale), le mardi ils prennent une photo devant l’école, le lendemain, il mettent en ligne une pétition, le jeudi alors qu’une délégation est reçu par le DASEN, les autres parents font un joyeux bruit sous les fenêtres. Rien n’y fait. Le vendredi suivant, la commission acte la fermeture du poste. La maîtresse est appelée afin de choisir un poste. Celui qui lui plait et qui pourtant lui est soumis n’existe pas en fait. Elle partira ailleurs.

Les parents ont décidé de rester dans la cour de l’école

Vendredi, alors les parents décident de sortir le mobilier de la classe. Les maîtresses sont rappelées à l’ordre par leur hiérarchie « alors que c’était une action des parents » explique un papa. « On leur a mis la pression, leur rappelant qu’elles étaient à la limite de la faute professionnelle de nous avoir laissé faire.  » L’inspectrice Corinne Ambroise fait même le déplacement pour rencontrer l’équipe pédagogique et se heurte aux parents restés devant l’école. « Elle nous a dit que c’était inadmissible des actions pareilles » relate une maman qui poursuit : « Elle a limite menacé de porter plainte ».

Lundi et mardi, un dépôt de grève a été déposé à l’école. Pour des raisons administratives, les maîtresses ont dû se présenter à l’école. Face à elles, seulement 30 enfants étaient présents sur les 106 élèves inscrits. « Nous sommes suivis par de nombreux parents et ça fait plaisir, ils ne peuvent pas tous être là à toutes nos actions mais les parents en ont marre qu’on enlève des moyens aux maîtresses et à nos enfants. »

En cette période de post-confinement, la rentrée déjà anxiogène s’est donc vu encore plus perturbée. « Sans parler du remaniement de classe qui ne respecte pas le protocole puisqu’après la fermeture, il a fallu remodeler et effectuer un brassage d’enfants… »

L’école Edouard Herriot mobilisée

Ce mardi 15 septembre, l’école sera fermée. Ce soir donc les parents dormiront dans la cour de l’école. Il leur faudra une bonne nuit de sommeil, car dès 17 heures, les parents et enfants défileront déguisés (ainsi que tout leur soutien) de la rue Albert Thomas au rectorat, en passant par l’avenue de la libération et le boulevard François Mitterrand. « Nous sommes très suivis, les élus de la mairie nous ont tous apporté leur soutien, la majorité, les groupes de gauche, mais nous avons aussi reçu un message de JP Brenas (LR). Tous dénoncent les réductions de poste à l’éducation nationale. Notre pétition a été signée 600 fois. Nous ne lâcherons jamais. Nous demandons l’annulation de la décision, surtout que depuis une semaine, nous avons eu encore 4 nouvelles inscriptions d’élèves ! Nous pensons beaucoup à la maîtresse qui a dû partir alors qu’elle était en poste ici depuis 3 ans et qu’elle avait monté un projet d’accueil pour les enfants allophones. Pour elle, pour nos enfants, pour la société, nous ne lâcherons pas. »

Pour signer la pétition : https://www.change.org/p/parents-d-élève-non-à-la-fermeture-de-classe-à-la-maternelle-edouard-herriot-après-la-rentrée-scolaire

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À propos de cet article

Publié le 14 septembre 2020
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

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