Journée d’action à Clermont-Ferrand pour dénoncer la mort programmée des EHPAD

Sous l’impulsion de l’USD CGT 63 Santé et Action sociale et de la CSD CGT 63 des Services publics, une vingtaine de personnes se sont rassemblées le 1er juillet à 11 heures 30, sur la Place de la Victoire à Clermont-Ferrand, pour dénoncer une mauvaise prise en charge de nos ainés et la souffrance quotidienne du personnel dans les EHPAD.

En fin de matinée, sous le regard curieux de quelques badauds, la célèbre « Place de la Victoire » a provisoirement été rebaptisée « Place de la Santé pour nos aînés ». Un acte symbolique initié par l’USD 63 CGT Santé Action Sociale afin de rappeler à l’État que la prise en charge de nos anciens fait partie des missions qui lui incombent. Arborant fièrement plusieurs sparadraps revendicatifs sur sa blouse, Nathalie Niort, infirmière à l’EHPAD Les Jardins de Riom et déléguée USD CGT 63 Santé et Action sociale, estime que l’État n’assume plus son rôle : « Il y a un désengagement complet de l’État sur le plan de la Santé. Pourtant, il se doit d’assurer une vie digne à nos anciens, c’est écrit dans la loi. Pourquoi renoncer à cet engagement ? Pour moi, l’EHPAD ne peut être que public car il n’est pas là pour rapporter de l’argent ». 

« Il faut savoir que le défi de demain sera le défi du troisième âge »

Non loin de là, assis sur un banc, Jean-Paul (le nom a été modifié) observe avec attention les préparatifs du jour déjà bien engagés sous l’impulsion de quelques syndicalistes vêtus de rouge. Sensible à la dégradation des conditions de travail en EHPAD, la présence de cet homme, la soixantaine, n’a rien d’un hasard : « Je suis ici pour défendre les EHPAD. Nos aînés, on les laisse tomber. Il faut savoir que le défi de demain sera le défi du troisième âge. Mais de plus en plus, les charges sont transférées sur les familles qui doivent payer toujours plus cher ». 

Autour de nous, quelques banderoles commencent à être disposées sur les bancs publics, à la vue des passants qui peuvent y lire : « Hôpital en deuil : Mort de l’EHPAD programmée ». Nathalie Niort, qui est venue porter la parole des salariés en grève depuis dix jours à l’hôpital de Riom, confirme avec aigreur la disparition consentie des EHPAD publics : « Avec la privatisation des EHPAD, on part sur un capitalisme à outrance. On tue nos services publics au bénéfice de la finance. Les coûts augmentent ; lorsqu’un résident a dépassé son quota d’eau, dans certains endroits, il doit payer un surplus ; les soins ne sont pas meilleurs voire même inférieurs ; il n’y a aucune animation pour les résidents ; … Globalement, que ce soit dans le public ou dans le privé, les soignants sont la tête dans le guidon. Ils travaillent à la chaîne et certains finissent par se suicider. C’est le profit qui prime, ce n’est pas l’humain. L’État doit nous donner les moyens nécessaires pour accomplir notre travail dans les meilleures conditions possibles ». 

« L’EHPAD public est mis à mal avec de plus en plus de transfert vers le privé »

Une fois les préparatifs terminés, le stand mis en place et le public à l’écoute, Bruno Nies, secrétaire général de l’USD CGT 63 Santé et Action Sociale, prend la parole, micro en main. « L’EHPAD public est mis à mal avec de plus en plus de transfert vers le privé. Aujourd’hui, le ratio soigné/soignant est de 0, 4 soignants pour un résident. Ça, c’est le maximum qu’ils peuvent faire dans le privé. C’est insuffisant pour répondre dignement aux besoins de nos anciens car ce sont des êtres humains. Ils ont besoin de soins et de tendresse. Or, les douches doivent se faire en dix minutes. Et la pression est de plus en plus grande sur les épaules des salariés. Dans ces conditions, il leur est impossible d’assurer leurs missions correctement au regard des moyens qui leurs sont donnés. Leur quotidien est insupportable ». Car, depuis plusieurs mois, les salariés dénoncent une déshumanisation de leur travail. Transformés en véritable “robots de soin”, les arrêts maladie s’accumulent et la pénurie de personnel finit par sceller le sort des EHPAD publics.

Poursuivant son discours empli d’empathie, notamment à l’égard des soignants, Bruno Nies évoque également le cas des aides à domicile, bien souvent ignorées : « Ce sont souvent des salariés femmes précaires qui se retrouvent avec un salaire de misère et des frais kilométriques qui ne sont pas pris en charge à leur juste valeur. Mais il faut qu’elles travaillent, contraintes par le temps. Elles doivent aller à droite, à gauche. Ces conditions de travail ne sont pas enviables, ni pour les soignants ni pour les soignés ». 

« Le maintien à domicile peut être une solution mais il faut que l’on nous donne des moyens suffisants pour faire correctement notre travail au quotidien »

Particulièrement sensible aux paroles prononcées, Rachel Contoux, secrétaire fédéral de la CGT des Services Publics, s’insurge également contre l’État qui, selon elle, ne fait rien pour avoir un vrai plan de Santé. « Cette situation est dénoncée depuis des années. La population va vieillir et l’État ne répond pas aux besoins. Il préfère attaquer les services publics que ce soit les EHPAD ou les hôpitaux. Actuellement, les soignés ne sont pas tous pris en charge de façon complète ». Dénonçant ainsi une prise en charge à deux vitesses, cette Auxiliaire de soin pense que le service à la personne peut être une solution si l’État consent à fournir les moyens nécessaires pour répondre aux besoins de nos anciens. « Le maintien à domicile peut être une solution, on peut s’occuper plus attentivement d’une personne. Mais, le risque est le même si i l’on ne nous donne pas des moyens suffisants pour faire correctement notre travail. Pour l’instant, on ne voit rien venir. Car, aujourd’hui, le budget des collectivités diminue. On constate un véritable retour en arrière alors qu’il faudrait investir encore plus d’argent ». 

Aux alentours de 12 h 30, le rassemblement s’est finalement conclu avec une petite collation alors qu’à l’horizon les terrasses de restaurants se remplissent progressivement. Une pause bien méritée avant de poursuivre la lutte pour que soient enfin créés, dans les maisons de retraite et les services d’aide à domicile, les 40 000 postes tant attendus.

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