« Ils ne nous feront pas taire. »

ce mercredi 6 mai, le journal L'huma et le quotidien La Montagne comparaissaient devant le tribunal de Moulins, poursuivis par Guillaume Senet, fondateur du spectacle "Murmures de Cité."

Il suffit de trouver le barnum de la CGT pour comprendre que les portes du tribunal ne sont pas loin. Laurent Indrusiak, secrétaire de l’ Union Départementale CGT de l’Allier arrive un peu en retard. « J’étais ce matin, encore une fois entendu par la gendarmerie parce que nous avons collé des affiches pour dénoncer l’extrême droite. C’est mon 35ème passage au commissariat. » S’amuserait-il presque. « Ils ne m’useront pas. » rajoute celui qui subit depuis des mois du harcèlement de la part de la page Riposte Laïque, défendant avec ferveur le spectacle de Guillaume Senet. « Nous avons déposé plainte, nous attendons. »

Dans le « Nous » entendez Lui et son camarade de la FSU, Vincent Présumey, lui aussi victime d’une cabale numérique orchestrée par le site internet d’extrême droite.

Mais aujourd’hui, si les deux syndicats sont réunis devant le tribunal, c’est pour soutenir le Journal de L’Humanité poursuivi par Guillaume Senet.

Fabien Gay, directeur de la publication du Journal L’Humanité

Le jeune homme est un auteur et metteur en scène. Il est président de l’association Murmures de la Cité. Son spectacle s’est déroulé pour la première fois à Moulins, dans la cour du centre national du costume et de la scène, en juillet 2025. Thomas Lemahieu, journaliste à l’Humanité y assiste et signe un papier racontant une fresque historique révisionniste, avec notamment l’exposition en préambule de croix gammées, des références à l’extrême droite, et l’oubli par exemple de la Révolution Française.

Mais, le journaliste démontre aussi les appuis financiers de ce spectacle, tels que le Fonds du bien commun, de Pierre-Edouard Stérin, ainsi que d’importantes subventions publiques de la région et du département. Son enquête informe sur le projet Périclès, une stratégie visant à financer des initiatives culturelles et sociales pour préparer un terrain idéologique favorable aux idées d’extrême droite.

Les soutiens médiatiques du jeune entrepreneur montrent bien ses liens avec le milieu identitaire et l’extrême droite. Riposte Laïque donc, mais aussi Boulevard Voltaire, CNews ou TV Libertés où Guillaume Senet a d’ailleurs été interviewé présentant le spectacle comme un acte de résistance culturelle face à ces médias appellent le « wokisme ». Des sections locales de Reconquête et du RN ont publiquement encouragé l’initiative, y voyant un moyen de promouvoir un récit national et chrétien de l’histoire de France.

Malgré toutes ces accointances, Guillaume Senet se défend de tout militantisme politique. Il décide donc d’attaquer L’Humanité et le journal La Montagne.

Thomas Lemahieu, journaliste d’investigation qui a révélé les liens entre l’extrême droite, le spectacle de Guillaume Senet et les financements de Pierre-Edouard Stérin.

200 personnes sont donc présentes devant le tribunal pour soutenir notamment le directeur de la publication, (visé par la plainte) Fabien Gay, du quotidien national qui prend la parole avant de se rendre à l’audience. « Cette affaire n’est pas l’affaire que de notre journal. Il s’agit d’une guerre idéologique, médiatique. On ne doit pas accepter leur contre récit. Et, ils veulent nous faire taire. Mais, nous ne ne pouvons pas les laisser réhabiliter les néo-nazis. Nos révélations sont sourcées, nous révélons une vérité d’intérêt général. Leur procédure bâillon n’y changera rien. Alors, qu’ils entendent : Pas touche à la presse libre de notre pays. »

A 14H25, la juge lit la plainte : « Allégation pour atteinte à l’honneur. » Puis, elle énonce les morceaux des articles qui parlent des croix gammées, du discours xénophobes et du confusionnisme dans Les éditions du 12, 13 et 17 juillet 2025 de La Montagne. Elle poursuit avec des extraits des articles de l’Humanité qui racontent la « sphère Bolloré », le « révisionnisme », « les placements de produits nazis. »

Des pancartes « Stérin glissant »

Mais, les avocats ne plaideront même pas sur le fond et se contenteront de montrer du doigts des vices de procédures en 3 termes.

L’article 50 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse n’a pas été respecté selon les avocats de la défense. En effet, cet article impose un formalisme extrêmement rigide, obligeant à articuler et qualifier précisément les propos qu’il juge diffamatoires. On ne peut donc dire « cet article est diffamatoire » mais il est important d’isoler chaque phrase ou propos et expliquer en quoi il tombe sous le coup de la loi.

L’avocate de l’Humanité poursuit son argumentaire sur la nullité de la plainte en faisant constater la confusion entre personne morale et personne physique sur les documents de la plainte. Enfin, elle parle du défaut de notification du droit au silence, pourtant obligatoire.

Puis, l’avocat de Guillaume Senet tente de contre-carrer chaque vice de forme.

La procureure n’a pas de réquisition mais reconnaît que la partie civile a donné tardivement les conclusions. « Il est vrai qu’il est fait mention de personnes morales et physiques dans les documents. La mention du droit au silence n’est pas non plus explicite. »

La juge ayant entendu toutes les parties met le délibéré au 3 juin prochain.

A la sortie du tribunal, Guillaume Senet, présent dans la salle pendant l’audience, sort par une porte dérobée. Nous le retrouvons dans la cour. L’agent de sécurité du tribunal le rejoint afin de prendre de ses nouvelles et le faire sortir en évitant les manifestants, restés en nombre devant le tribunal.

Guillaume Senet à la sortie du tribunal, en pleine discussion avec l’agent de sécurité qui lui montrera par où sortir discrètement

NB : Hier, a été publié le décret du 30 avril sur les procédures bâillon. Malheureusement, il ne concerne que les procédures civiles. Les procédures pénales en diffamation ne sont pas pointées. Aucune sanction contre les auteurs n’a par exemple été actée.

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