« Tout pour le show »

Pour fêter le premier anniversaire de la Time Rift House, Dolline et Amanitae ont organisé un drag show le 8 juin. Nous sommes allés les rencontrer, en coulisses.

Le 8 juin, s’est tenu un drag show au fotomat, à l’occasion du premier anniversaire de la Time Rift House. Le show était présenté par Doline et Amanitae, qui ont invité Lalabou, Scrap Boo King, Eveel et Puppet Muppet. La première partie était assurée par Richard cœur de mouche, Maxi Minus, et Point Gérard.

Mise en place de la scène

“On est le premier show de Clermont qui vient avec toute une scénographie !” Se vante Dolline, en train d’installer son sol. “C’est de l’adhésif, tu le colles juste et derrière ça s’enlève hyper facilement !” Explique-t-elle, pendant qu’elle l’installe, déjà maquillée, son bonnet de perruque sur la tête. “Tout pour le show !” Clame-t-elle.

Mais ce n’est pas tout, le show est aussi équipé d’une petite scène, de grandes banderoles, et d’un vidéoprojecteur qui permet de diffuser des vidéos sur scène.

Préparer la scène, c’est aussi faire le test des lumières, et du son des micros. Dolline s’en occupe avec Ju, technicien du show. « Vas-y, parle pour tester le son «  Demande Dolline. « Ok pour la recette du crumble, il vous faut… », répond ce dernier.

La scène, notamment son sol, plaît beaucoup au propriétaire du bar. « Mais je croyais que t’étais drag toi ? «  S’amuse-t-il de Dolline. « Je suis un peu des deux. Y’ a un métier qui me fait vivre, et l’autre mourir en fait ! » répond-elle.

Le maquillage, travail long et fastidieux

Pendant ce temps, dans les loges, les perform.eurs.eureses sont déjà en train de se préparer pour le show, qui commence à 20h. “Ça nous prend en moyenne 3h pour se maquiller.” Explique Amanitae. “Ce qui prend beaucoup de temps, c’est le teint. C’est ici que tu fais plein de nuance, que tu fais du contouring. Tu féminises ou masculinises ton visage. Beaucoup de choses se jouent ici. » Explique Richard Coeur de mouche. « Par exemple, je pense que Scrap Boo King va prendre beaucoup de temps pour le teint ! » S’amuse Amanitae.

« Là ou on va vraiment s’amuser, c’est quand on va commencer à travailler les lèvres, les yeux » confie Amanitae. C’est d’ailleurs souvent ici que se joue l’identité  du drag. « Moi les gens veulent voir une bonne meuf. Alors qu’Amanitae, on veut plus voir une sorte de créature. » Explique Dolline. « J’aime utiliser plein de strass, pour donner un côté champignon à mon visage « Précise la principale intéressée.

Richard cœur de mouche et Point Gérard eux, sont des drag king et cherchent à masculiniser leurs visages. Mais cela ne vient pas sans une pointe d’humour. « J’ai déjà parodié les photos de Macron. Plus tard, j’aimerais bien faire d’autres hommes politiques. Ça va être sûrement moche, mais ça me fera rire.  » raconte Richard. Alors que Gérard : « Richard, son drag, c’est un peu un bourgeois. Moi, Gérard, c’est un gros beauf, il me fait trop rire ! »

Parfois, le makeup peut aussi porter un message politique plus profond. « Avec mon makeup, je me transforme en poupée. C’est un symbolisme pour montrer qu’on est manipulés par le gouvernement ! » explique Puppet Muppet, en train de colorer ses joues.

Et pour combler ces heures de maquillage, on meuble avec une ambiance potache. « Les gens ! Je pose mon tatouage sur le dos ou sur le cul ?« , demande Point Gérard.

Ju, premier fan du show

Une fois le maquillage complété, les perform.eurs.euses s’adonnent à quelques répétitions. Pour cela, iels sont accompagné.e.s par Ju, le technicien du show. « A la base, je suis juste graphiste, mais une soirée on m’a proposé de gérer les lumières. J’ai adoré et maintenant je le fais souvent ! » En plus des lumières, c’est aussi à Ju de gérer la musique, son volume, et le vidéoprojecteur.

Les performances ne seraient rien sans la technique, dont la maîtrise semble intimidante. « Ici, il y a 16 spots que je peux gérer. Au début, moi aussi j’étais intimidé, mais c’est juste un coup à prendre. Puis j’ai encore une marge de progression ! Par exemple, j’ai encore du mal à gérer les spots qui tournent. J’aimerais bien apprendre à les diriger sur une personne précisément. Pour l’instant, je ne fais que les faire tourner dans tous les sens comme ça.” explique-t-il en montrant l’exemple, puis en s’exclamant “Ouiiiii !

De manière générale, Ju est très expressif lorsqu’il gère la lumière. En réalité, il est le premier fan des perform.eurs.euses. Derrière sa table de commande, il danse, rit, au rythme des lumières.

Ainsi, le courant passe toujours entre lui et le ou la drag. « Ce n’est jamais chorégraphié. Juste on me demande quelle couleur iel veut principalement , les moments forts où iels veulent des effets particuliers. Ensuite, on me demande juste de m’éclater ! »

Tour à tour, les drag passent voir Ju et se mettent d’accord sur leurs performances, en prévision du show.

“C’est le mois des fiertés, alors je serai fier !”

Avant le grand show, Maxi Minus, Richard cœur de mouche, et Point Gérard assurent la première partie. Une première partie marquée par les messages qu’elle porte. C’est Richard cœur de mouche qui monte sur scène en premier, habillé d’une grande robe. “Ma performance va être assez différente de d’habitude. Je vais représenter mon parcours trans.” confiait-il plus tôt dans la loge. On observe un personnage torturé, cherchant son identité. A la fin, il enlève la robe, déchire ses parents en carton, se maquille une moustache et brandit un drapeau transgenre. « C’est le mois des fiertés en ce moment, alors je vais être fier ! » clame-t-il à la fin de sa performance. « Tu vas me faire pleurer ! Comment respirer quand on coupe le souffle ? », répond Amanitae.

Au tour de Maxi Minus « Mon makeup est inspiré de Frank Einstein » confiait-iel dans la loge. Une représentation métaphorique de ce qu’iel est. Iel confirme cela en brandissant, cette fois, le drapeau non-binaire.

Enfin, Point Gérard entre en scène avec une performance complètement différente, plutôt orientée sur l’humour. Il lip-sync sur “J’aime les moches” de Max Boublil. Mais grâce au vidéoprojecteur, un diaporama est diffusé sur lequel on observe des politiques rebutants, ou bien des personnalités coupables d’agressions sexuelles ou viol.

Un show libérateur

Avant le grand show, Dolline propose une petite pause aux spectat.eurs.rices. Iels peuvent ainsi acheter les cartes pokédrag, parodie des cartes pokémons. On y retrouve les photos des drags locaux ou nationaux.

Enfin, le grand show commence. On y retrouve du lip sync assez classique, de Dolline et Lalabou, dont l’objectif est plutôt de voler le cœur des spectateurs. Dolline aime d’ailleurs aller directement dans le public pour leur faire plaisir. 

A côté de cela, Scrap Boo King est celui qui propose les performances les plus chorégraphiées et les costumes les plus sophistiqués. Tantôt conçus avec une couette, ou même un rideau de douche !

Tandis qu’Amanitae incarne le rôle d’une chanteuse maladroite, qui ne sait pas tenir son micro et trébuche.

Alors qu’Eveel et Puppet Muppet sont celles qui représentent au mieux les pseudo-rivalités entre drag, là pour ambiancer. Cela commence lorsque Eveel propose une performance chantée, avec une voix divine. Puppet Muppet choisit de continuer avec du lip sync, sur une chanson volontairement mal chantée. « Vous avez remarqué ? Sur toutes mes strass grises, une seule est rose. C’est pour faire chier tous les psychorigides comme Eveel !! » clame-t-elle à la fin de sa performance. Elles continuent avec une parodie du clash entre Fatal et Chris Prolls, mise en scène dans le film Fatal.

Mais à la fin de sa dernière performance, Puppet Muppet abaisse sa veste et montre son dos avec « Je t’aime Eveel ! » inscrit. « J’ai gardé ça toute la soirée sans qu’elle le remarque ! Maintenant, du bruit pour elle ! » Concluant ainsi leur fausse rivalité.

Toutes les performances sont articulées par les cris des spectateurs. « Vous avez été un super public ! Merci pour tout le bruit que vous avez fait ! », finissent les perform.eur.euses.

« On est heureux que le show plaise, même aux personnes les plus introverties. Voir des personnes qui te ressemblent, c’est tellement libérateur. » conclut Dolline.

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