« Au moins 30 femmes sont mortes depuis l’annonce du grenelle »

Les organisations féministes clermontoises appellent à une marche de nuit, lundi 25 novembre, pour la journée internationale de lutte contre les violences sexistes. Malgré le tapage médiatique, le grenelle lancé par le gouvernement est loin de les satisfaire.

Ces derniers mois ont vu revenir sur le devant de la scène un sujet particulièrement grave : l’augmentation du nombre de féminicides. Dans le monde entier, la lutte contre ces violences s’intensifie le 25 novembre pour une date de convergence internationale. Si une manifestation nationale est prévue deux jours plus tôt à Paris par le collectif Nous toutes, les organisations clermontoises ne sont pas en reste, et appellent à une marche nocturne le 25 à 18 heures, au départ de la place de la Victoire.

Car si les violences sexistes, et en particulier les violences conjugales, font l’objet d’un grenelle lancé par le gouvernement en septembre, les féministes n’attendent pas d’avancée concrète de la part du gouvernement. « On a de belles paroles, des plateformes internet, des numéros de téléphone… Mais ce n’est pas ce qu’on veut ; les solutions proposées par les associations sont connues depuis des dizaines d’années ! » fustige Leïla, représentante d’Osez le féminisme 63. « Depuis l’annonce du grenelle cet été, plus d’une trentaine de femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. » En premier lieu, c’est l’application des lois qui existent que réclament les militantes. « On s’est battues pour que le viol soit reconnu comme un crime et on a gagné », raconte Martine, syndicaliste Solidaires, « et depuis les viols sont systématiquement requalifiés en agressions sexuelles. Sans parler des incitations à déposer des mains courantes plutôt que des plaintes, de la parole des victimes qui est toujours remise en cause dans les commissariats… »

Mais plus que l’inaction du gouvernement, c’est sa politique qui est condamnée comme désastreuse pour les femmes : ce sont elles qui sont les premières victimes des réformes libérales. « Ce sont des mesures anti-féministes », estiment Anna et Mayke, de l’UNEF Auvergne ; « en intensifiant la violence économique à l’égard des plus défavorisés, on crée des situations où une femme ne peut pas quitter un foyer violent, ne peut pas démissionner d’un emploi où elle subit du harcèlement… Ça va être encore pire avec la réforme des retraites, qui va attaquer en premier lieu les personnes qui ont une carrière discontinue et des temps partiels, comme c’est le cas des femmes. Au moment où on parle de précarité étudiante, il faut aussi rappeler que celle-ci touche en particulier les femmes, soumises à la taxe rose et à la précarité menstruelle. » Des difficultés encore accentuées lorsque d’autres discriminations s’ajoutent, comme les difficultés de logement rencontrées par une quarantaine d’étudiants étrangers en début d’année.

Pour lutter contre ces violences, les revendications sont nombreuses. À commencer par un contrôle de la manière dont sont reçues les plaintes dans les commissariats, mais également la mise en place « d’espace d’écoute et de dépôt de plainte dans tous les hôpitaux », la remise en cause des réformes libérales, la création d’hébergements d’urgence pour les femmes victimes de violence et leurs enfants, la condamnation des responsables du bizutage à l’université… « Mais notre cher Édouard Philippe a dit à la radio qu’il ne fallait pas se focaliser sur la demande d’un milliard d’euros pour la lutte contre ces violences ! » s’exaspère Martine. « Pourtant il faut bien de l’argent si on veut faire fonctionner tout ça. Mais on sait qu’il n’y a rien à attendre des institutions, il va falloir gagner par la lutte, en construisant des mobilisations larges comme l’ont fait les femmes de plusieurs pays d’Amérique latine ces dernières années. On en est encore loin en France, mais la médiatisation de plus en plus forte du problème va peut-être aider à changer les choses. »

À Clermont-Ferrand, l’avancée du combat se mesurera donc dans la rue le 25 novembre, à partir de 18 heures. « Cette marche de nuit est également un moyen de reprendre l’espace public dominé par les hommes, en particulier après le coucher du soleil » indiquent Isaac et Pauline, de l’association ARA. En décembre dernier, une manifestation nocturne non-mixte avait déjà été organisée en réaction à un viol proche de la place de la Victoire, dans ce même souci de rendre aux femmes leur droit d’exister dans l’espace public. Lundi, la manifestation est mixte pour correspondre à un autre besoin : celui d’impliquer largement la population dans le combat pour renverser l’ordre patriarcal. « Tout le monde est concerné ; ce n’est pas réservé aux associations ou aux femmes. C’est un combat que doivent mener ensemble tous ceux qui soutiennent cette cause. »

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