La solidarité vaincra !

Depuis le 11 avril, une cinquantaine de personnes dont vingt enfants dorment à la maison du peuple de Clermont-Ferrand, grâce à l'organisation de solidarités.

9H. Hier matin. La grande salle de la maison du peuple est remplie de tentes les unes à côté des autres. Le silence apaise les esprits. Dans un coin, une dame et deux enfants dont une petite fille en poussette partagent un moment avec 2 bénévoles. Le café est bientôt prêt.

« Il ne faut pas que je traîne. » Explique un homme. « Je dois éplucher 15 kilos de patates. Je les ai achetées. J’ai pas trop de sous, mais je suis cuistot de métier, alors ça me fait plaisir… » Chuchote-t-il tout en dégainant son économe. « On fait tous les repas du soir. Et on mange tous ensemble. »

Certaines tentes bougent encore, mais la plupart d’entre elles sont vides. Les parents sont partis emmener leurs enfants dans les centres de loisirs de leurs écoles respectives. Un jeun étudiant s’approche de nous. « Leur salle de jeu c’est la scène. Regarde, au fond, ils ont même fait une cabane. » S’extasie-t-il. Pour lui, l’expérience se construit quotidiennement. « On apprend chaque jour, comment s’auto-gérer. On vit au gré des dons, des bricolages, des compétences de chacun. Tiens, regarde, on a même installé une douche. »

A l’extérieur, la réserve. « Certains syndicats nous aident. Des gens passent nous apporter des jouets, de la nourriture. On essaie aussi de créer des Assemblées Générales. On en fait une entre nous, les solidaires, mais il y a celle des hébergé.e.s et aussi, celle des enfants. Il faut aussi qu’ils expriment ce qu’ils vivent ici. »

Soudain, le souvenir de notre expérience dans le quartier autogéré d’Athènes nous revient en mémoire. A Exarchéia aussi, les Assemblées laissaient la parole aux minots.

Il caille. On retourne à l’intérieur. le cuisinier a attaqué les pommes de terre, rejoint par un jeune homme qui, lui aussi, sera là pour 4 heures. « En fait, on tourne toutes les 4 heures. » Certains font les soirs, d’autres les matins, les nuits.

Des retraités, des étudiants, mais aussi des actifs. « C’est assez marrant d’ailleurs, car ici, les antifas rencontrent les associations telles que Le Secours Populaire, RESF. Parfois, ça discute un peu fort, sur la façon de gérer le camp solidaire. Mais, c’est vraiment une expérience enrichissante. » Explique le jeune étudiant, qui participe aussi aux maraudes.

Un monde donc s’est créé à la maison du Peuple. Loin des décisions préfectorales qui ont amené ces être humains à ne plus pouvoir dormir dans les hôtels. Il fait 2 degrés dehors. La Mairie qui gère la maison du peuple n’a pas apporté son soutien officiellement mais ne vient déloger personne. « Je crois qu’ils ne peuvent pas faire plus, on est déjà contents que ces gens soient à l’abri. » Explique un bénévole.

Un autre solidaire arrive avec de nouveaux dons. « Il y a deux oeufs de pâques. On va attendre le retour des enfants, pour bien partager. » Le cuisinier lui reluque les bras chargés. « Ah des lentilles, avec du lait de coco, on va se régaler ! »

Le silence reste. Une personne âgée se dirige lentement, sans bruit vers les toilettes de fortune. « On a encore du mal à créer ensemble. Pour l’instant, les solidaires prennent en main la logistique, j’adorerais que tout soit partagé. Mais, là, on est encore dans une forme de hiérarchie, qui me questionne. ce serait bien qu’on arrive à la co-gestion. » se confie l’étudiant qui range les denrées qu’on vient d’offrir.

Le cuisinier attaque le deuxième sac. « On fume une clope et on vient t’aider. » Lui balancent deux bénévoles. « Les enfants attendent tellement la purée de ce soir. Ca va être un super moment. »

Nul doute que cette purée-là sera l’une des meilleures de leur vie…

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