L’Université Clermont-Auvergne augmente les frais d’inscription pour les étrangers, un an après avoir bataillé contre la mesure

Alors que le conseil constitutionnel a récemment publié un avis en faveur de la gratuité de l’enseignement supérieur, l’université clermontoise a voté l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants non-européens. Une décision qui sonne comme un retour sur les engagements pris l’an dernier, sur fond de difficultés budgétaires.

« Pour combien de temps ? » La question présente dans tous les esprits à l’annonce du refus de l’Université Clermont-Auvergne (UCA) d’appliquer les augmentation de frais d’inscription pour les étudiants étrangers non-européens, a trouvé sa réponse. Le conseil d’administration de l’UCA du 27 septembre a en effet voté l’alignement sur cette augmentation pour la rentrée prochaine ; une décision qui sonne comme un retour en arrière, alors que l’université clermontoise était apparue comme le fer de lance de la dissidence en la matière. Jugée profondément discriminatoire par de nombreuses associations et organisations syndicales, la mesure multiplie par 10 le coût d’entrée dans l’enseignement supérieur pour toute personne n’étant pas citoyenne de l’Union Européenne. L’université auvergnate a tout de même limité l’augmentation pour les étudiants de 3e année de licence et de master à un doublement – du moins pour la prochaine rentrée.

« Cette augmentation n’est pas imposée légalement », rappelle Isaac, militant de l’UNEF Auvergne ; « la seule justification à son application est comptable. » Pour le syndicat étudiant, qui n’hésite pas à parler d’une mesure profondément raciste, il s’agit de la continuité d’une politique de libéralisation menée depuis plusieurs années. « D’abord, l’État s’est désinvesti de l’enseignement supérieur, en demandant aux universités de chercher leurs propres financement. Maintenant qu’elles sont étranglées financièrement, il ouvre les vannes de l’augmentation des frais d’inscription. En définitive, on demande aux étudiants étrangers de combler le trou qu’a laissé l’État dans les finances de l’ESR. » Une analyse partagée par Cyril Triolaire, maître de conférence à l’UCA et représentant du SNESUP-FSU. « En particulier, c’est le glissement technicité-vieilliesse (GVT), à savoir les évolutions de salaire en fonction de l’ancienneté, que l’État ne compense plus depuis la loi d’autonomie des universités (LRU) de 2007. Les universités tentent de compenser par du financement sur projet ou par l’introduction de capitaux privés, mais ça ne suffit clairement plus. À l’UCA, la conséquence est une série de purges dans le personnel, de plus en plus rapprochées. Une autre vague de suppressions de postes est d’ailleurs prévue à la rentrée prochaine. »

Dénoncée comme raciste, antisociale et portant atteinte au principe d’égalité devant l’enseignement, l’augmentation drastique des frais d’inscription pour les étrangers serait-elle pour autant une solution à échelle locale ? « Absolument pas », pour l’enseignant. « La mesure ne rapportera que 500.000 euros, à peine le huitième du déficit, et la masse salariale continuera bien sûr d’augmenter les années prochaines. Au niveau national, seules 8 universités appliquent ces frais d’inscriptions, il y a sans doute des pressions de la part du ministère pour faire rentrer les autres dans le rang. Mais quand bien même cela remettrait réellement l’université à flot, ce ne serait pas une solution envisageable ! Le seul parti qui la proposait lors de l’élection présidentielle de 2017 était le front national ! » Pour la FSU comme pour l’UNEF, cette attaque contre l’accès des étrangers à l’ESR préfigure une augmentation générale des frais d’inscription. « Toutes les réformes depuis la LRU vont dans ce sens », regrette Cyril Triolaire. La tendance pourrait-elle être stoppée en plein élan par le conseil constitutionnel ? Celui-ci a rendu, en octobre, une décision rappelant le « principe de gratuité » de l’enseignement supérieur, permettant tout de même de demander des « droits d’inscription modiques (…) tenant compte, le cas échéant, des capacités financières des étudiants ». Un moyen inespéré de faire annuler l’augmentation pour les étudiants étrangers ? Il est en effet difficile de qualifier de « modique » un droit d’entrée de 2700 euros en licence et 3700 euros en master, en particulier pour un jeune issu d’un pays où le salaire moyen est plusieurs fois inférieur à son niveau en France. La mention des capacités financières des étudiants pose également la question sur les droits d’entrée pour les étudiants Français. Malgré leur relative modestie (170 euros en licence et 243 euros en master), ils représentent une somme non négligeable pour un jeune précaire, surtout augmentés des 90 euros de la contribution vie étudiante et campus (CVEC) instaurée par la loi orientation et réussite des étudiants (ORE). « On peut espérer que ça rouvre le débat », tempère Isaac, « mais la tendance actuelle nous laisse plutôt craindre l’inverse : une multiplication des régimes dérogatoires pour permettre une augmentation généralisée des frais d’inscription. » De son côté, le Snesup-FSU attendra la décision du conseil d’État, qui doit préciser celle du conseil constitutionnel dans les prochains mois. « Nous avons adressé une lettre ouverte à Matthias Bernard, co-signée par les organisations opposées à cette augmentation » indique Cyril Triolaire. « Nous avons eu droit à une réponse décevante dans laquelle il se dédouanait sur l’État, alors même qu’il s’était fait le porte-étendard de la résistance face à cette réforme l’année dernière. Nous allons donc devoir passer à l’étape suivante, à savoir saisir le tribunal administratif, sur la base de cette décision du conseil constitutionnel. Nous attendons pour ça l’avis du conseil d’État, en espérant qu’il se montre raisonnable. » L’avenir de l’université clermontoise reste donc des plus incertains… Car que la bataille contre l’augmentation des frais d’inscription soit gagnée ou non, il restera à mener celle pour préserver les 16 postes qui doivent être supprimés à la rentrée prochaine. Sans oublier le renouvellement de l’offre de formation, en 2021, qui verra sans doute la suppression de plusieurs cursus…

Photo d’archives

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