1500 postes, soit 9 % des emplois français du groupe devraient disparaître dans les 3 années à venir. Le communiqué de l’entreprise met en cause « une structure de coûts trop élevée. » L’entreprise dénonce « une concurrence internationale accrue » et un trop « fort coût du travail ainsi qu’une pression fiscale. »
Mais, Michelin assure que tous les départs seront volontaires et accompagnés. Les postes visés sont prioritairement ceux du tertiaire et donc à Clermont-Ferrand.
Depuis, du côté de Clermont-Ferrand, les réactions affluent. Les syndicats s’interrogent. Nicolas Mirvault, délégué syndical de la CFE CGC, et salarié depuis 30 ans n’a que deux mots pour entamer la conversation : « incompréhension et détermination. » Selon lui, « on entendait des rumeurs mais les résultats de l’entreprise sont très bons, avec une performance excellente. C’est d’ailleurs ce qui a été expliqué aux actionnaires le 22 mai dernier. »
Pour le représentant syndical, l’essentiel désormais est de s’assurer que personne ne sera poussé à la porte et « que la suppression des postes n’aura pas de répercussions sur les salariés qui restent. » En effet, le syndicat des cadres craint une détérioration des conditions de travail avec moins de personnel. « Nous pensons qu’il y a un équilibre à trouver entre les actionnaires, les fournisseurs, et les salariés. Là, il n’y a aucune symétrie des intentions. On redistribue aux actionnaires et aucune augmentation n’a été prévue pour les cadres en 2026. »
Les négociations débuteront dès le mois de juillet et ce, jusqu’à novembre selon le syndicaliste. « Nous voulons que le groupe Michelin apporte des éléments, accompagne les gens à la sortie, financièrement et prennent des mesures exceptionnelles. Nous n’accepterons que des départs volontaires. » Insiste-t-il.
Du côté de la CGT, les représentants sont en colère : « On ne nous dit rien. On pense que l’IA va permettre de nombreux gains à l’entreprise et remplacer beaucoup de salariés dans l’administratif, la Recherche et Développement. C’est une des vraies raisons de cette décision. » Mais, pour le syndicat, un autre bât blesse : « La part reversée aux actionnaires est trop importante : 90 % des résultats. Ce sont forcément les salariés qui trinquent. Et on parle de fonds américains et canadiens. 75 % de l’actionnariat est étranger. Ces actionnaires menacent de partir vers plus rentables, alors, on cède à leurs caprices. »
La représentante du personnel reconnaît que l’activité décroit, notamment avec une concurrence internationale. « On fait dire ce que l’on veut aux chiffres. Les frais administratifs et les frais de Recherche et Développement font perdre de l’argent et ils sont en France. Pourtant, c’est bien en France que le pays décline le moins. »
La CGT redoute la perte de 1000 cadres sur le territoire clermontois. « Ces décisions paupérisent la ville. » Le syndicat reconnaît que la souffrance au travail est de pire en pire chez Michelin. « On a moins de salariés pour autant de travail, une exigence de rentabilité et de moins en moins de possibilité d’évolution. » Selon le syndicat, ces multiplications de phénomènes mènent à un management moins sain, car « tout le monde a peur pour son poste. »
Du côté du Parti Communiste, l’heure est à l’indignation. « Les français ont le droit d’acheter les pneus mais pas de les produire » explique Pierre Miquel, responsable du PCF 63. « Les travailleurs ne sont pas les variables d’ajustement de la rentabilité boursière, alors que ce sont eux qui rajoutent de la plus-value à l’entreprise. »
Marianne Maximi, députée LFI, rappelle que « l’argent public ne doit pas servir à la suppression d’emplois, la réduction des capacités productives ou l’affaiblissement industriel de notre territoire. » Elle souligne en effet, que l’entreprise a bénéficié d’infrastructures publiques et de dispositifs d’exonérations et d’aides publiques.
Enfin, l’entreprise a versé en mai, 948 millions d’euros aux actionnaires du groupe. « Il faut savoir que seulement 4% de l’entreprise appartiennent à la famille Michelin. Nous sommes désormais loin de la structure paternaliste. Les actionnaires se fichent du devenir de la boite. » Souligne la CGT.
Les négociations commenceront donc et concerneront notamment les modalités de départ des 1500 salariés sur 3 ans.