Grève de salariés de chez Flauraud: « le pire, c’est le mépris »

Sous un soleil de plomb, un barnum installé sur le trottoir. Dessous une vingtaine de personnes, qui attendent le résultat du CSE en cours.
Nous sommes au Brézet, à Clermont-Ferrand, devant l’entreprise Flauraud. Les salariés y sont en grève depuis 8 jours.
L’entreprise de pièces automobiles de rechange a d’abord été une structure familiale, créée en 1932 dans le Cantal. Emile Frey France, premier groupe de distribution automobile l’acquiert en 2016 avant de la céder 10 ans plus tard à un fonds d’investissement allemand, FairCap.
Mais à peine installé, le fonds allemand déclare un Plan de Sauvegarde de l’Emploi, exprimant son choix de réduire les effectifs salariés d’un tiers.
363 salariés composent la structure, et plus d’une centaine seront licenciés en septembre. Flauraud se compose de 27 magasins alimentés par une plateforme logistique située au Brezet…
« Sur la plateforme, nous sommes une soixantaine et on nous annonce 26 départs. » explique une salariée en grève depuis 5 jours avant de poursuivre : « Mais, on n’a aucun nom, aucune date. Personne ne sait qui va partir. »
Pire, on a annoncé aux 6 chefs de service qu’il n’en resterait que 3, sans là encore donner d’indications sur les personnes concernées. « Leur but et de rendre invivable notre lieu de travail. On se demande toutes et tous qui va rester, qui va partir. L’attente est beaucoup trop longue. » Exprime un salarié, en colère.
D’ailleurs, alors que le PSE est en marche, 11 salariés ont déposé une rupture conventionnelle, évidemment retoquée. « L’inspection du travail ne peut pas accepter puisque ce serait des départs au rabais. » déclare Christophe Boucheix de la CGT.
« Ce qui est incroyable c’est la honte que devrait ressentir la nouvelle direction. » S’agace un salarié. « Cela fait 14 ans que je travaille ici, et désormais, j’ai envie de partir. Ils donnent envie à tout le monde de partir. »
Une femme raconte ses nuits d’angoisse. « Tu ne dors plus, car tu ne sais pas à quelle sauce tu vas être mangée, feras-tu partie du PSE ? Ton départ sera-t-il bien pris en charge ? Ou dois-tu rester ? Dans quelles conditions ? Car si 26 personnes partent, il faut tout restructurer. Comment feront celles et ceux qui restent ? »
Malgré des salaires proches du SMIC, le personnel s’est mis en grève. « Pour nous, perdre 6 jours de paie, ce n’est pas anodin. Mais, on ne peut pas laisser des patrons agir de la sorte. »
Les salariés reconnaissent une baisse du chiffre d’affaires de 14% en 10 ans. « Pourtant, on va avoir besoin de plus en plus de pièces détachées et notre activité est loin d’être obsolète. »
Dans un coin, deux femmes discutent. « Je ne sais pas si je peux poursuivre la grève. J’ai encore un enfant à charge, et on arrive à l’été. » Un couple de salariés se regardent. « Nous, ce sont nos deux salaires qui sont amputés par la grève, mais on ne peut pas se laisser être maltraités. »
La grève comme dernière dignité, se poursuit donc aujourd’hui, pour un 6eme jour.
« Et le pire c’est qu’on va devoir attendre l’été, car ils nous ont annoncé qu’on connaîtrait leur décision en septembre. Donc on va devoir partir en vacances, sans savoir si on aura du boulot à la rentrée. »
Actuellement, 2 personnes sont en arrêt maladie, et plusieurs ont un traitement médical pour tenir psychologiquement. « Ils ne nous arrachent pas seulement notre travail, ils nous manquent de respect et de considération, et je crois que c’est ça le pire. »
Lors du CSE d’hier, la direction est restée ferme, sans aucune négociation possible. Les licenciements auront bien lieu. « Nous n’avons même pas pu négocier les départs volontaires ; Ce sont eux qui décideront des personnes qui partiront. »
Le Parti Communiste, présent depuis le départ, ne décolère pas. « Fabien Roussel avait rencontré la direction pour négocier au moins un apaisement social, qui n’a jamais eu lieu. La communication est totalement coupée. » Explique Pierre Miquel, secrétaire départemental du PCF 63. Il s’est alors fendu d’un courrier à madame la préfète, lui demandant d’intervenir.
9 magasins Flauraud devraient définitivement fermer leurs portes dont ceux de Moulins, Vichy ou encore Aubière. 102 personnes devraient être licenciées dont 26 sur la plateforme du Brezet. « J’ai 55 ans, 14 ans de boite, je ne veux plus travailler pour eux, ils m’ont trop déçue, mais si je ne fais pas partie des plans de départ, je suis condamnée à rester. Car à mon âge, c’est difficile de retrouver du travail. » Exprime une salariée dans un sanglot.
Un huissier, feignant d’être au téléphone, filme les grévistes, dépêché par la direction. « Une autre façon de nous humilier encore une fois. »

La direction, jointe par mail, n’a pas répondu à nos sollicitations.

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