Contre les viols et les violences sexistes, les femmes prennent la rue

Le collectif 8 mars toute l’année appelle à une marche non-mixte contre le viol, ce soir à 21 heures, à Clermont-Ferrand. Martine Donio, militante Solidaires et membre du collectif, nous parle de cette action et de son contexte.

Gilets jaunes, manifestations lycéennes, réfugiés mineurs à la rue, campagnes pour les élections européennes, grève de l’éducation nationale… L’actualité politique est loin d’être calme, à Clermont-Ferrand. Un climat propice à l’invisibilisation des luttes transversales en général, et en particulier des batailles féministes. Mais depuis près de 3 ans dans la capitale Auvergnate, le collectif 8 mars toute l’année est là pour rappeler que la lutte pour les droits des femmes ne se limite pas à quelques dates internationales. « On avait l’habitude de rassembler toutes les organisations pour préparer le 8 mars ensemble, et on ne se voyait plus jusqu’à l’année d’après », raconte Martine Donio, militante à l’Union syndicale solidaires et membre fondatrice du collectif. « On a besoin de se faire voir le plus possible pour toutes les revendications, que ce soit dans la sphère privée, dans l’entreprise ou dans la sphère publique. »

Et c’est justement contre les viols et violences sexistes en public que se mobilisent les clermontoises, ce soir. Car à échelle nationale, les statistiques évoluent d’une manière alarmante : 265.000 femmes ont été victimes de ce genre d’agression dans l’espace public en 2017, contre 173.000 l’année précédente. « Je suis prudente avec ces chiffres », tempère la syndicaliste. « Il y a une recrudescence, mais aussi une forte libération de la parole. Quand on se faisait tripoter dans les bus, dans la rue, on n’en parlait pas forcément. » Ainsi, la vague de prise de conscience qui a suivi l’affaire « #MeToo », fortement médiatisée, a permis de réévaluer le nombre d’agressions. À Clermont-Ferrand, au moins deux viols ont été commis en plein centre-ville depuis la rentrée de septembre.

Pour appuyer la dénonciation de ces actes, le collectif a appelé à une marche non-mixte. Un mode d’action rare dans la capitale auvergnate, mais hautement symbolique. « On a décidé de récupérer l’espace public, qui doit être aux femmes autant qu’aux hommes », explique Martine Donio. « C’est un choix qui a surpris beaucoup de militants, mais pour nous c’était un symbole fort. Quand on a mené la bagarre pour que le viol soit considéré comme un crime [en 1980], c’est aussi en occupant l’espace public qu’on a gagné. » Une loi malheureusement peu appliquée : d’après la militante, énormément de viols sont requalifiés en délitsavant le procès, évitant la cour d’assises et la réclusion criminelle à leurs auteurs.

S’il est difficile d’estimer à l’avance le nombre de participantes, le mouvement féministe clermontois a tendance à se massifier depuis la création du collectif 8 mars toute l’année. La manifestation contres les violences faites aux femmes, ce 25 novembre, a réuni plus de 300 personnes. Outre les contrecoups de l’affaire Weinstein, le contexte international est également marqué dès 2015 par un déferlement de mouvements féministes de masse, en particulier dans les pays hispanophones sous le slogan « Ni una menos ». Si ces mouvements ont eu peu d’écho dans l’hexagone, Martine Donio travaille déjà à construire la grève du 8 mars prochain. « Ça prendra peut-être plus de temps qu’ailleurs, mais on va y arriver ! » Quand au collectif 8 mars toute l’année, il se réunira dans le courant du mois de janvier, et pourrait annoncer de futures actions à ce moment-là.

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