Publié le 28 juin 2018,
Jeudi matin, infirmiers et aides-soignants de quelques Ehpad de la région se sont réunis place de la Victoire. La rengaine devient tristement classique, ils se plaignent de ne plus pouvoir assurer un service de qualité avec un effectif qui est insuffisant. Rencontre avec le personnel de Sauxillanges, un établissement situé à moins de 40 kilomètres de Clermont-Ferrand.
« On est moins pour faire le même boulot. On essaie de donner le même soin mais avec un rythme plus intensif. » clame Marlène, jeune aide-soignante à Sauxillanges depuis 6 ans. Sa collègue, plus expérimentée observe la dégradation de la situation au fil des ans : « Les soins deviennent inadaptés car on manque de temps. Les toilettes sont bâclées, le relationnelle n’existe plus. Les places coutent chères pour les patients, souvent 2000 euros par mois, mais les prestations ne suivent plus »
En mai, l’Ehpad situé à une dizaine de kilomètres à l’est d’Issoire a vu son personnel diminuer de 7 personnes. Principalement, des contractuels non renouvelés. Les résultats n’ont pas tardé à se faire sentir : « Avant c’était un bain par semaine, on est passé à 1 tous les 15 jours… La toilette quotidienne au gant est limitée au strict minimum : le visage, les mains, les fesses… Il n’y a plus de dignité, de respect pour nos ainés. (…) On est plus du tout dans l’optique de bienveillance qu’on nous a apprise à l’école… », partage une aide-soignante. Une collègue ajoute à demi-mot : « C’est de la maltraitance institutionnelle… »

Séverine est venue avec son compagnon Olivier. Elle est infirmière à Sauxillanges, lui est pompier dans le Puy-de-Dôme depuis 1990 : « On est dans 2 métiers du service public qui nous sollicitent le jour, la nuit et le week-end. Ça a un impact sur nos vies familiales. »
Avec les années, le poids des horaires décalés s’est alourdi. Séverine parle de son quotidien : « On est 3 infirmières, s’il y en a une qui est malade quand l’autre est en vacances, ça veut dire que la dernière doit travailler tout le temps… (…) On nous appelle pour un auto remplacement pour le lendemain. On ne peut rien organiser ! Avant, il y avait une remplaçante exprès pour ce genre de situation mais le poste a été supprimé en mai. » Dans des cas comme celui-là, le couple qui a un enfant d’une dizaine d’années, fait appel à la famille. Mais ils doivent bien reconnaître que s’il ne pouvait pas s’appuyer sur les grands-parents et tantes, il serait un peu perdu. Ils ont envisagé la nounou mais le prix les freine. En plus, les horaires, très tôt le matin et tard le soir, n’attirent pas beaucoup et ne permettent pas, non plus, de mettre l’enfant à la garderie scolaire qui n’ouvre qu’à 7h30.
Olivier répète sans cesse sa colère contre ce système d’auto remplacement qui devient systématique : « C’est une augmentation du temps de travail déguisée ! Parce qu’elles ne savent pas quand elles pourront récupérer des heures ! C’est un cercle vicieux. » Séverine ajoute : « Même si on était payé pour ces heures qu’on preste en plus, ça ne m’intéresserait pas. On a besoin de repos, on est fatigués. »
Après le personnel des Ehpad, l’après-midi, les pompiers se sont mobilisés. Avec une intensité différente, ils partagent les préoccupations des aides-soignants et infirmiers : « Le manque d’effectif au niveau national, engendre des délais d’intervention plus lent et une sollicitation plus intense du personnel qui est fatigué. La population augmente, les interventions augmentent mais l’effectif est linéaire, le recrutement ne suit pas. » explique Olivier. Après avoir passé la matinée entouré de blouses blanches, il continuera la marche de la contestation avec ses collègues pompiers.
Gwendoline Rovai