Publié le 1er aout 2018,
Ils sont 5 marocains, originaires du petit village d’Ouaoumana-Khenifra.Hamid, Driss et Mohammed sont arrivés en juin 2017 en France, Rachid et Mustapha les rejoignent en février 2018 pour travailler comme bûcherons dans l’Indre pour un homme qu’il connaissait vaguement. Les 5 hommes âgés entre 31 et 46 ans signent des contrats de 35 heures, 3 CDI et 2 CDD mais les conditions de travail se révèlent rapidement abusives, les 5 hommes travaillent 7 jours sur 7 dans de mauvaises conditions et ne sont quasiment pas payés.
Mis aux faits par quelques journaux locaux, Nino Delamarche et une douzaine d’autres habitants indignés du coin, s’organisent pour porter leur aide aux 4 bûcherons. Dans un communiqué, ils relatent les conditions de travail des migrants : « C’est ainsi que tous les jours de 8h à 18h, ils étaient amenés sur un chantier pour couper du bois, dans l’Indre, en Creuse, en Auvergne, avec seulement 20 minutes de pause pour déjeuner. A la fin de la journée, l’employeur venait les chercher pour les ramener à l’appartement. Et le week-end, il les faisait travailler dans le restaurant rapide qu’il était en train d’aménager. Ils travaillaient sur les chantiers forestiers sans équipement approprié, sans EPI » Hamid, contacté par téléphone confirme que les conditions de sécurité n’étaient pas assurées :« Le matériel… on n’avait pas de pantalon ou de chaussures de sécurité… » En octobre, l’un d’entre eux, Mohammed, se blessera à la jambe avec une tronçonneuse et sera rapatrié au Maroc.
Le communiqué du groupe de citoyens conclut en soulignant le décalage entre l’attente d’un travail honnête des 5 hommes et la réalité qu’ils ont vécue : « Tout cela ne leur enlève pas pour autant leur sourire et ils n’hésitent pas, dans un français qui devient meilleur chaque jour, à raconter leur misère, du jour où leur employeur est venu les recruter au Maroc légalement, jusqu’en France où ils pensaient pouvoir travailler honnêtement et courageusement. Ce ne fut absolument pas le cas, puisqu’après avoir travaillé 7 jours sur 7, sans repos, sans équipement adapté à leur travail de bûcheron, à manquer de tout, ils n’ont reçu qu’une médiocre et infime partie de leurs salaires. »
Selon Hamid, l’employeur n’a cessé de reporter l’échéance de paiement. Jusqu’au jour où le fameux patron cherche à déchirer les contrats. Heureuselent, ce jour-là, un ami arrive à filmer la scène. Nous nous sommes procurés la vidéo sur laquelle on aperçoit l’employeur rentrer dans l’appartement en forçant la porte d’entrée. On le voit ensuite fouiller des sacs et des lits. Il finit par trouver des papiers que l’on entend se déchirer, le caméraman rabat son téléphone chaque fois que l’employeur se tourne vers lui.
Aujourd’hui, pour 1 an de travail Hamid a gagné 1688 euros, Driss 2 000 Mustapha et Rachid ont quant à eux touché 330 euros pour 4 mois de travail. « On avait les fiches de paie mais pas l’argent. On ne pouvait pas partir avant parce qu’on attendait cet argent, on en avait besoin… ». Hamid accuse également l’employeur d’indiquer des absences fausses sur les fiches de paie.
Sans ressource, Hamid aspire à retrouver un emploi : « Nous voulons rester ici et retrouver un nouveau travail. Parce que c’est très misérable là-bas au Maroc.»
Il semble que l’employeur ait récemment disparu de la circulation… Une action aux Prud’hommes a été engagée et demain à 14 heures, une audience se tiendra au tribunal de Châteauroux. Il y sera demandé le remboursement des salaires dûs et de dommages et intérêts. Un rassemblement de soutien est prévu sur place afin de soutenir les quatre hommes et dénoncer cette histoire d’esclavagisme moderne.
Gwendoline Rovai