Un réchauffement climatique qui empire, une exploitation trop forte des sols et une artificialisation non raisonnée : le bilan est sans appel. Le pays fait face, ces dernières années, à ses pires épisodes de sécheresse et de pénuries d’eau. Une des réponses au problème ? Les bassines. Mais sont-elles la solution miracle ?
Faisons le point
D’abord, une bassine, c’est quoi ? Pour faire simple, il s’agit d’un grand réservoir entièrement plastifié afin d’être totalement imperméable. Son but est de stocker de l’eau durant l’hiver pour que les agriculteurs n’en manquent pas l’été, notamment en période de sécheresse. Les bassines font le plein en se servant directement dans les nappes phréatiques ou les cours d’eau. Le processus a lieu en hiver, entre novembre et mars pour tenter d’avoir le moins d’impact possible. Si la gestion des bassines est l’affaire de l’État, sur le terrain, ce sont les préfets qui décident du prélèvement, du stockage etc.
C’est oui ou bien c’est non ?
Recette miracle ou non-sens écologique ? Pour le grand public, pas facile de trancher. Depuis que les bassines sont devenues une alternative pour l’État, de nombreux projets sont à l’étude ou même déjà bien en place. Tout autant de collectifs y sont opposés. Mais alors qui a raison ?
Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) lui, est favorable aux bassines, notamment au projet de méga-bassine très médiatisé, dans les Deux-Sèvres. Il a d’ailleurs publié une expertise en juillet 2022. Le collectif « Bassines non merci », de son côté, rendait public lors d’une conférence de presse fin janvier 2023 une contre-étude critiquant les résultats du rapport sur les effets des réserves. Anne-Morwenn Pastier, chercheuse et autrice d’une thèse en hydrologie et géologie, juge dans la presse l’étude du BRGM « bâclée ». Ce dernier a à son tour publié un communiqué pour défendre ses positions après une conférence de presse, au mois de février.
Un non-sens écologique
Pour la Confédération Paysanne, plus qu’une mauvaise alternative, les bassines sont un non-sens. Localement, deux projets sont connus : ceux de Bouzel et de Saint-Georges. « Le premier reproche que l’on fait, c’est celui de l’accaparement du bien commun. Il va manquer d’eau partout. L’Allier va être à son point le plus haut et reste encore en déficit. Ça va être extrêmement compliqué. », explique Ludovic Landais de la Confédération Paysanne du Puy-de-Dôme.
Pour lui et son syndicat, une des inquiétudes réside dans l’utilisation de l’eau après son stockage. Qui y aura droit ? Selon quels critères. Ce dernier indique que 36 utilisateurs seraient favorisés pour les projets locaux. « On a une petite idée de qui va bénéficier de quoi. Ça va bénéficier au maïs et c’est Limagrain qui pousse ça pour pouvoir en profiter au plus près. Surtout, si beaucoup de producteurs font du maïs, le prix va baisser et qui va bénéficier de la baisse de la rémunération des producteurs ? Limagrain. C’est nourrir la guerre de l’eau. ». De plus, comme cela se voit déjà avec différents projets comme les centrales hydroélectriques, la Confédération Paysanne craint que de nombreuses petites bassines privées voient le jour un peu partout sur le territoire.
Science et conscience
Pesons le pour et le contre. Les arguments en faveur des bassines ne sont pas très nombreux. D’abord, on peut dire que l’impact direct des captations en hiver reste assez faible. Puis, l’accès à l’eau pour les agriculteurs l’été paraît essentiel. Mais lorsqu’il s’agit de rassembler les points noirs, la liste est bien plus longue.
Science et conscience. Les arguments contre sont de deux types. Techniques et moraux, éthiques. D’un point de vue technique, il faut d’abord rappeler que stocker de l’eau à l’air libre cause en moyenne 30% d’évaporation (CNRS). Dans les bassines, l’eau souffre aussi d’une perte de qualité à l’air libre. La chaleur du soleil permet le développement de nombreux micro-organismes. L’eau peut devenir impropre à la consommation pour les animaux et pour arroser les cultures. En surface, le bassin devient aussi le terrain de jeu préféré d’espèces envahissantes qui chassent les espèces déjà présentes. Surtout, en pompant de l’eau dans les sols, on participe à l’assécher encore plus. Le fameux coup du cercle vicieux.
Le chat qui se mord la queue. On arrive aux questions d’éthique. Si on y réfléchit bien, les bassines sont un petit morceau de sparadrap sur une plaie béante. De quelle façon cherche-t-on à s’emparer de la question de l’assèchement des sols ? Le meilleur moyen de préserver les nappes phréatiques et leur eau douce, c’est directement de lutter contre le réchauffement climatique et contre la pollution de l’eau. Oui, la réflexion est presque philosophique. Politique, en tous cas, elle l’est. Comment partage-t-on l’eau des bassines quand la sécheresse est là ? Ne sommes-nous pas dans une forme de privatisation de l’eau ? Surtout, la solution paraît manquer d’horizontalité si elle ne permet pas aux agriculteurs d’être eux-mêmes acteurs majeurs de ces discussions.
Des questions…
Dans un communiqué officiel, la Confédération Paysanne 63 pointait du doigt plusieurs éléments : « Considérant que la Limagne est déjà bien dotée en irrigation (ASA, équipements individuels…), n’est-il pas tout simplement possible de mieux repartir l’existant ? À l’heure où l’on essaie d’arrêter l’artificialisation des sols ; est-ce logique que l’on utilise des dizaines d’hectares pour des méga bassines (orientation de tous les PLUI) ? Est-il justifié d’utiliser autant d’argent public pour financer ce type de projet ? Est-ce acceptable au regard des autres paysans non irrigants et de la population tout entière ? Quelles compensations environnementales face aux effets négatifs des méga-retenues (utilisation des surfaces, évapotranspiration…) ? ».
…et des solutions
Pour le syndicat agricole, d’autres solutions sont possibles. D’abord, promouvoir des plantes moins gourmandes lorsque le maïs est très demandeur en eau et utilisé massivement pour l’élevage industriel. La promotion de plantes destinées à l’alimentation humaine (graines de légumineuses, céréales, légumes…) également car beaucoup moins gourmandes en eau en été. Le maraîchage nécessite de l’irrigation mais sur de plus petites surfaces. Enfin, en grandes cultures, choisir des rotations plus longues (arrêt de la monoculture) avec légumineuses permettant d’augmenter la matière organique du sol et la rétention d’eau. « Conserver et/ou replanter des haies ou arbres permet de garder l’eau dans le sol, limiter la chaleur et conserver la biodiversité. », conseille-il également.
En ce qui concerne les projets de bassines sur le territoire, une enquête publique doit d’abord approuver les démarches. Un commissaire enquêteur valide le projet et les élus doivent s’occuper des financements. « Nous n’avons pas suffisamment d’informations pour le moment pour une action mais avec le Collectif Eau Bien Commun 63, on préparera une levée de bouclier dès que ce sera nécessaire. », conclut Ludovic Landais.
1 réflexion sur “Méga-bassines : un véritable non-sens pour la Confédération Paysanne du Puy-de-Dôme.”
Les projets de bassines sur les communes de Bouzel et St Georges sont toutes les 2 situées en zone hydrologique 6 – Allier rive droite, et cette zone correspond bien aux surfaces agricoles « captées » par Limagrain pour la production entre autres de mais.
Dans son arrêté n°20210587 du 31 mars 2021 planifiant les mesures de préservation des ressources en eau en période d’étiage et définissant les mesures de limitation provisoire de certains usages de l’eau dans le département du Puy-de-dôme et actualisé en septembre 2022, cette zone hydrologique faisait l’objet d’une mesure d’alerte :
» Article 6 : Zones hydrographiques en alerte renforcée
> sur la zone hydrographique n° 2 – Allier aval, le niveau de l’alerte renforcée est maintenu.
> sur les zones hydrographiques n°6 – Allier rive droite et n°8 – Dore, des mesures de restriction correspondant au niveau de l’alerte renforcée sont mises en œuvre. »
Cela veut dire que les prélèvements à usage agricoles étaient soumis à restriction et interdits entre 8 heures et 20 heures. Et en cas de crise, ces arrosages agricoles sont absolument interdits.
Donc pour contourner ces mesures générales qui vont surement être réactivées sur les mois de juin, juillet et aout, les 36 exploitants agricoles pourront arroser leur champ asséchés grâce aux bassines.
Comment le représentant de l’état peut il accepter de créer une zone de non droit par l’usage de fonds publics ( 25 millions d’euros d’argent public pour financer la construction de ces réserves d’eau pour une multinationale Limagrain?
Qui nous dit que cette stratégie ne fera pas peser une pression énorme sur l’usage de l’eau en cas de crise ?
Les autres agriculteurs éleveurs, producteur de lait, de fourrage devront faire avec la sécheresse agricole? La création de ces bassines entrainera nécessairement d’autres projets de bassines afin de pouvoir vivre de son travail.
D’ailleurs dans un article de La Montagne( 1.07.2020), Limagrain révélait son projet qui n’est pas limité à seulement 2 bassines ;
» Face à la multiplication des épisodes météorologiques extrêmes et la récurrence plus forte des sécheresses, le ministère de l’Agriculture a annoncé, en 2019, la construction d’une soixantaine de retenues d’eau destinées à l’irrigation agricole. Quatre sont actuellement à l’étude dans le département du Puy-de-Dôme.
Même si cette réponse à court terme est de nature à sécuriser les agriculteurs, la coopérative Limagrain, en partenariat avec la chambre d’Agriculture et la chambre de commerce et d’industrie, souhaite aller plus loin. Et engager une réflexion globale sur la gestion de la ressource en eau à l’échelle de son territoire. » Limagrain avec le concours des chambres et surtout des fonds publics continuera de creuser ces réserves gigantesques mais son porte voix note quand même un souci de justice devant les besoins en eau :
« Le problème de ces retenues, que l’on appelle bassines, c’est que l’on risque de se retrouver dans la situation ubuesque où les agriculteurs auront de l’eau et où les usagers pourraient en être privés en cas de problème au barrage de Naussac (Lozère). Le remède serait alors pire que le mal… développe Éric Greliche, le Monsieur eau de Limagrain.
Bon on oublie vite cette franchise qui est assez rare sur les conséquences désastreuse des bassines; source d’inégalité d’accès à l’eau.
« Suite au feu vert du ministère de l’Agriculture, quatre projets de retenue d’eau à usage agricole sont à l’étude dans le Puy-de-Dôme. Pour l’instant, rien n’a été décidé. Ce sont des dossiers politiques. Le sujet, ce n’est pas le foncier. Pour 2 millions de m3, il faut 20 hectares sur dix mètres de haut. Ce n’est donc pas un facteur bloquant. La question est surtout de savoir si les gens sont prêts à accepter ça. Il faut le voir comme un premier pas vers une gestion collective de la ressource. »
On peut répondre à Limagrain que les gens ne sont pas du tout prêt à soutenir cette gestion exclusive de l’eau et qu’il faut sans doute repenser de quelle productions on a besoin, pour quels usages et s’adapter au réchauffement climatique (faire de l’agroécologie) au lieu de vouloir contourner les mesures d’interdiction.