Publié le 16 octobre
Les associations, collectifs et bénévoles qui sont très actifs sur le campement du 1er mai depuis 7 semaines ont appelé ce soir à 18 heures à un rassemblement devant le gymnase aux Cézeaux. Ils veulent pouvoir garder le contact avec les familles et leur rendre visite.
18 heures. Une trentaine de personnes se réunissent devant le portail du gymnase. Ils demandent qu’une délégation puisse rentrer dans les locaux afin de s’assurer des bonnes conditions d’hébergements et pouvoir avoir un lien avec les familles, un peu déroutées, par ce » déménagement. »
Après d’âpres négociations avec le directeur et le président du collectif » Pauvreté-précarité » (de la Fondation Abbé Pierre) en charge de la mise à l’abri dans le gymnase, une délégation de six personnes a pu pénétrer dans le gymnase.
Des lits ont été disposés tout au long des murs. Des enfants jouent au ballon au milieu de cette immense pièce chauffée. Les bénévoles vont tour à tour parler à chaque hébergé ( une quinzaine de familles ) afin de savoir si tout le monde va bien. Les familles ont rapproché leur lit pour n’en faire qu’un seul et camoufler leurs quelques sacs, en-dessous. Les gens sont calmes, pour la plupart assis, en silence.
Cédric, salarié du collectif assure que tout s’est bien passé: « Nous avons fait notre maximum pour que tout le monde se sente bien. Demain, nous commanderons les pass bus afin que les enfants puissent aller à l’école, et certains bénévoles de la Croix-rouge vont organiser des animations pour les enfants ».
Dans le gymnase, les salariés vont se relayer 24/24.

Rassurés, les membres de la délégation posent de nombreuses questions et demandent à pouvoir venir régulièrement voir les personnes hébergées ici. « Au moins pour le suivi juridique » demande Simon de La Cimade.
Si le directeur du collectif est plutôt ouvert, le président, Jean-Pierre Pape, ne voit pas ça d’un bon oeil, et à plusieurs reprises répond assez sèchement aux bénévoles et leur demande rapidement de partir. Pourtant, les gens sont heureux de se retrovuer. Un homme explique qu’il ne comprend pas pourquoi il est là alors que son fils est dans un CADA ( Centre Accueil aux Demandeurs d’Asile) et pourquoi il ne peut pas lui rendre visite. Une femme arrive avec, sur un papier, l’adresse de l’école maternelle où elle doit amener son enfant, à l’autre bout de la ville. Chacun cherche à se rassurer.
Les repas seront froids ou réchauffés dans les deux ou trois micros-ondes mis en place dans un coin du gymnase.

Alors que la délégation fait le tour de l’établissement, à l’extérieur, la gendarmerie débarque armée de gazeuse, pour les bénévoles restés dehors. L’un d’entre eux cherche à filmer, il se fait insulter et on lui demande de ranger son téléphone après un contrôle d’identité. La police lui permet meme de lui dire que son bébé qui pleure dans son landau a faim. » ils ont voulu nous faire passer pour des parents inconscients. Mais hormis par leur venue, ce rassemblement est totalement pacifiste! » Un autre est amené par les bras derrière une voiture pour un contrôle d’identité alors que tout le monde est calme. » Ils nous ont insulté, m’ont dit que je sentais mauvais. J’ai pris ça comme une insulte raciste »
Lorsque la délégation ressort, elle réussit à rassurer les personnes restées dehors sur les conditions de vie des personnes.

Mais le directeur du collectif Pauvreté-précarité, Philippe Pérain l’assure » ceci est une situation de transition. Dès jeudi, les familles pourront vivre chacune dans un barnum mis dans le gymnase pour plus d’intimité. Et normalement, de nombreuses places en CADA vont s’ouvrir. Il s’agit d’un hébergement d’urgence pour une situation d’urgence. »

Alors que chacun repart, quelque peu rassuré, certains se disent que se satisfaire de cette situation est peut-être la preuve irréfutable du monde de plus en plus déshumanisé dans lequel on vit.
» On en est à se dire que dormir dans un gymnase, c’est déjà ça. Alors, qu’il n y a ni intimité, ni indépendance, ni possibilité d’être libre et d’avancer par soi-même… »
Eloïse Lebourg
