Un contournement au cœur de la polémique.

Hier, jeudi 5 octobre, deux rassemblements se tenaient tête au rond-point Jean Monnet de Bellerive sur Allier, à la sortie de Vichy. D'un côté, les élus et certains riverains demandaient la construction d'un contournement, de l'autre des opposants d'habitants et de militants écologistes luttaient contre un nouvel aménagement sur une zone naturelle. Explications.

La situation est plutôt amusante. En plein rond-point, deux rassemblements se confondent. Au milieu, une polémique qui date de plus de 40 ans.

Il faut d’abord comprendre la route de la discorde. Elle passe au-dessus de la piscine de Bellerive sur Allier, et vient perturber les riverains, notamment avec le passage incessant de camions.

Pourtant, ces camions sont interdits à la circulation sur cette zone, un panneau le signale de façon claire. « Interdit sauf desserte locale ».

De plus, les camions n’ont plus d’excuses : Une portion d’autoroute datant d’une dizaine d’années leur permettrait de ne plus traverser la ville et de réduire ainsi les bouchons dans l’agglomération.

Mais, les chauffeurs continuent de préférer prendre le sens interdit.

40 ans de débats

Alors, évidemment, les riverains se plaignent du bruit. Les élus sont montés au créneau pour la construction d’un contournement de la ville afin de faciliter la circulation, mais aussi assurer la sécurité de la population.

Et ça dure depuis 40 ans. Même si depuis, l’autoroute aurait dû être une solution.

Un contournement ? Une partie de la population est contre. « Ils voudraient amocher des hectares de nature, pour créer un tronçon de 6,5 km, en pleine campagne. » S’insurge Eliane, militante de la première heure, et habitante de ladite campagne.

Protection de la nature

Elle est accompagnée de bon nombre de camarades qui ont bien décidé de protéger l’environnement.

« Une autoroute a été construite, la réfection de la RCEA a coûté 600 millions d’euros. Et on nous dit aujourd’hui, qu’on va encore construire une nouvelle route… » Déclare un militant du Groupe National de Surveillance des Arbres.

Le tronçon en question ne serait construit qu’à quelques centaines de mètres de la route actuelle, en pleine zone humide. De nombreux étangs, prés, forêts seraient alors détruits.

Parmi les habitants qui seraient affectés par le projet, un agriculteur ne décolère pas. Il a déjà été exproprié de sa ferme en Haute-Loire pour les mêmes raisons. Cette fois, pas question qu’on ne touche à sa ferme.

Avis défavorable

D’ailleurs, ce projet n’a pas été validé par les enquêteurs publics, ni par l’Autorité environnementale, ou encore le Conseil National de la Protection de la Nature. « Un avis défavorable a été émis. » Explique Eliane. « Il a été reconnu sans utilité publique et le PLU a été refusé. »

Depuis 40 ans, le débat fait rage. Mais, ces derniers mois, il a refait surface avec la réponse négative de la commission d’enquête.

Alors bien sûr, les déclarations de Laurent Wauquiez n’ont pas laissé de marbre. Le 30 septembre, il affirmait qu’il ferait sortir sa région du dispositif ZAN (Zéro Artificialisation Nette). Une annonce qui n’a aucune portée, puisque le ZAN (incitant à limiter les constructions sur les espaces naturels ou agricoles) a été voté dans la loi climat et résilience.

Dispositif ZAN

Cette loi appelle les régions à réduire la bétonisation des terres et a été adoptée en 2021.

Ainsi, peu de chances que le contournement voie le jour, dans ces conditions. D’ailleurs, les élus présents hier s’en doutaient certainement un peu. Frédéric Aguilera, maire de Vichy, était accompagné de Nicolas Ray, député de l’Allier. Tous deux appartiennent au parti de Laurent Wauquiez, Les Républicains. Ils ont partagé de façon cordiale le rond-point avec les militants écologistes et les anti-contournements, dans une ambiance très respectueuse.

Site Montpertuis

Pour les militants écologistes, ce contournement serait aussi l’occasion de développer une activité sur le site de Montpertuis. En effet, le tronçon envisagé permettrait un accès plus libre vers un ancien site SEVESO. Là, de 1937 à 2006, l’usine Manurhin y fabriquait des munitions. Le site pyrotechnique semble avoir été dépollué. « Aujourd’hui, tout laisse à penser qu’un projet de raffinerie d’ethanol est prévu. » Expliquent les militants qui ont dédié une page à leurs doutes : https://www.montpertuis.info

Aussi, hier, France Nature Environnement, Stopmines03, L’association Danger Montpertuis, Vichy Climat Environnement, le GNSA, l’association de Défense des habitants impactés par le Contournement Nord Est, étaient réunis sur le rond-point Jean Monnet.

Pour tous ces collectifs, un seul mot d’ordre :Ordonner aux camions de ne plus passer par le sens interdit et de prendre l’autoroute construite à cet effet pour ne plus nuire aux riverains. Mais, surtout, respecter la nature, et ne pas détruire l’environnement une fois de plus.

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