Une PIC, c’est une « plateforme industrielle du courrier ». C’est le plus gros maillon de la chaîne de l’acheminement. Sa fonction première et de le recevoir et de relayer les envois. Les PIC datent de 2004 mais du fait de la baisse de l’utilisation du support postal, leur nombre n’a cessé de diminuer passant de 55 en mai 2013 à 26 en septembre 2020.
En Auvergne, il n’y a qu’une PIC, celle de Lempdes, ouverte en 2009 mais qui gère le courrier des quatre départements de la région ainsi que de la Creuse et de la Corrèze. C’est là qu’hier, plusieurs salariés ont décidé de débrayer pour protester contre leurs conditions de travail. Plus d’une trentaine d’agents étaient réunis devant leur lieu de travail à l’appel de SUD PTT Auvergne et de la CGT FAPT 63.
6 mois, ce n’est pas rien
Les dernières négociations entre les représentants du personnel et la direction ont été âpres. D’abord, les discussions ne vont pas dans le sens des salariés. La direction fait la sourde oreille. Pire, durant les réunions, on parle toujours réorganisation. Normalement, une réorganisation survient tous les 24 mois. Pourtant, la direction a cette-fois décidé unilatéralement que la prochaine « réorg » aurait lieu dans 18 mois. Alors déjà que les discussions n’allaient pas dans le sens des revendications, là, c’est la douche froide. « 24 mois, pour nous, c’était acquis mais non. Chaque réorganisation, c’est quelque chose de très lourd pour les employés. », explique Jorge de SUD. À la PIC Auvergne, les agents sont environ 250. Pour eux, une réorganisation, c’est un changement d’équipe (de « brigade » comme on dit ici), d’horaires, de rythme et donc de quotidien et de vie de famille.
Et le bien-être dans tout ça ?
Parmi les revendications : la pénibilité. « Tout a été balayé d’un revers de main. », explique Christophe de la CGT. « Est-ce qu’il faut encore une vague de suicides à La Poste ? », demande ce dernier lors d’une prise de parole.
La fin du timbre rouge (envoi de courrier en 24 heures) a freiné le travail de nuit. Mais pour ceux qui ont passé leur vie en travail nocturne, compliqué de se plier à un nouveau rythme. Un nouveau rythme, c’est notamment ce que demandent les salariés qui souhaiteraient la semaine de 4 jours. Là encore, « on est face à un mur. », explique Jorge. « Notre directrice n’a que faire de réduire l’empreinte carbone et n’a que faire du bien-être de ses agents. », poursuit ce dernier.
500€
Christophe est dans la boite depuis 38 ans. Il touche 1600€ net par mois. Pour lui et ses collègues, c’est bien trop peu. Surtout face à l’inflation. Chacun estime mériter mieux, notamment après les efforts effectués lors de la révolution du timbre rouge. « chaque agent a su répondre présent et s’est adapté parfaitement à une nouvelle organisation de travail. Il y a eu plus de stock, de manutention, d’informatique etc. », explique Jorge. « Si la poste n’est pas sur la paille, c’est grâce au travail des agents. », confirme un salarié. Pourtant, la demande d’une prime de 500€ sur les salaires a elle aussi été refusée.
« On est quand même une entreprise d’État. Les jeunes qui travaillent ici méritent autre chose. Aujourd’hui, ils ne sont pas là pour porter leur voix car ils ne peuvent pas se permettre de débrayer. », continue Jorge qui fait ici référence à la précarité des emplois contractuels et intérimaires de plus en plus nombreux à la poste.
« Ce qui est flagrant, c’est que leurs revendications rejoignent celles des usagers. C’est le prix pour faire parvenir un courrier, les moyens humains comme avoir un facteur ou trouver quelqu’un dans son bureau de poste, le numérique aussi qui n’est pas accessible pour tout le monde. », explique Pierre Miquel, responsable du PCF 63 venu soutenir les grévistes.
Un préavis de grève a également été déposé pour ce mercredi 11 octobre.