2004 : 8 ans
Le petit moi met pour la première fois la main sur un livre de Pierre Bottero. Et c’est un choc. Je me mets à dévorer les mots de l’auteur de fantasy jeunesse. La Quête d’Ewilan d’abord, puis les Mondes d’Ewilan et enfin, surtout même, le Pacte des Marchombres. D’abord, ce sont les personnages qui résonnent et moi. Et aussi la manière dont Pierre Bottero agence les mots, même si je ne m’en rends pas encore compte. Au fil des relectures, je ne peux cependant plus l’ignorer : avec ses mots simples, Pierre Bottero donne à ses phrases un rythme envoûtant et poétique. Et ça me donne envie d’écrire. Je ne le fais pourtant pas.
Plus je grandis plus je me rends compte du voyage dans lequel l’auteur cherche à nous emmener. « Il y a deux réponses à cette question, comme à toutes les questions, celle du poète et celle du savant. Laquelle veux-tu en premier ? », écrit-il pour commencer sa trilogie la plus réussie, le Pacte des Marchombres. Cette phrase, elle me marquera, je ne sais pas encore trop pourquoi. Par contre, je note que cette réflexion, elle s’applique à toutes les questions que pose la jeune Ellana à ses parents. Parfois, elles peuvent paraître un peu bêtes. Paraître seulement, parce qu’avec leurs réponses du savant et du poète, les parents d’Ellana sont toujours pertinents.
2013 : 17 ans
Pierre Bottero est décédé depuis plusieurs années, dans un accident de la route. J’ai découvert un autre livre : la Horde du Contrevent, d’Alain Damasio. Les deux auteurs sont très différents, leurs livres également. Et pourtant, ils se ressemblent beaucoup. Voir la beauté là où d’autres l’ignorent, toujours aller de l’avant, essayer de comprendre le monde qui nous entoure, pour mieux s’y mouvoir. Voilà les thèmes qu’abordent les deux écrivains.
Je comprends mieux ce que Pierre Bottero raconte avec son histoire de savant et de poète : aller plus loin que la réponse évidente. Tenter, à chaque fois, de voir les choses sous un autre angle, d’une autre manière. C’est pour ça que chez lui, il n’y a pas de questions bêtes. Parallèlement, je commence à comprendre que mon mètre 80, mon niveau en handball et ma flemme de faire de la musculation ne me permettront pas de passer professionnel. Pas de soucis, j’ai un plan B : le journalisme.
2018 : 22 ans
Après un périple de deux ans à Cannes et d’un à Lannion, j’ai terminé mon cursus de journalisme. Mais je me sentais trop jeune pour travailler, et je voulais continuer mes études. Je suis donc retourné à Rennes, ma ville natale. Le but ? Travailler un an, puis m’inscrire en licence d’Histoire.
Je suis revenu trop tard pour assister aux contestations qu’a entraînées la loi El Khomri, mais je suivais les événements de loin, avec toujours de la fierté pour ces étudiants qui osaient se battre malgré les risques. Il faut dire que depuis le lycée, j’ai découvert les travaux de Pierre Bourdieu, des Pinçon-Charlot… et mon camp politique est assez clair. L’injustice m’énerve, tout comme le manque d’empathie. Je ne comprends plus ceux que je considère comme des égoïstes.
Cette année, il y a encore eu des blocus. Cette fois, plus question de la loi travail ou des retraites, mais de la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers. J’y assiste au premier rang, de mon appartement juste à côté de l’université de Rennes II. C’est encore une fois un échec, et je commence à penser que ce genre de mobilisations ne mènera jamais nulle part.
2023 : 26 ans
Il s’en est passé des choses en trois ans. J’ai terminé ma licence à Rennes 2, sans jamais vraiment quitter le journalisme des yeux. En parallèle de mes études, je travaillais pour BasketInfos, un site traitant l’actualité de la NBA. Il cumule chaque mois plus d’un million de visites, mais les changements dans les habitudes de consommation des lecteurs ne vont pas tarder à avoir sa peau.
Les trois années de pandémie viennent de se terminer. Ça n’a pas été facile pour tout le monde, mais j’ai eu le chance de partir en Erasmus en Finlande au début de l’année 2021. Un bol d’air, puisque les restrictions sanitaires y étaient beaucoup plus légères. J’ai redécouvert les livres de Pierre Bottero récemment. En fait, je ne les avais jamais vraiment oubliés. Les mots de l’écrivain ont rythmé ma vie. Sans m’en rendre compte, j’essayais de m’inspirer de sa manière d’écrire pour rédiger mes articles. Je note que ce sont ses réponses du savant et du poète qui m’ont poussé essayer d’aller plus loin dans mes réflexions, à chercher le pourquoi du comment.
Ses phrases m’ont aussi poussé, alors que je commençais à m’intéresser au cinéma, à préférer les films qui ont l’air bêtes mais qui ne le sont pas, aux œuvres que les cinéphiles noient sous les louanges. Pas forcément une bonne chose, mais j’y tiens dur comme fer, et ne loupe jamais une occasion de défendre mes films favoris. Je viens de terminer un CDD d’un an dans un petit journal local, implanté dans un territoire rural. Une expérience formatrice, mais qui m’a donné des envies d’ailleurs. Loin de la Bretagne, voire même de la France.
2024 : 27 ans
L’étranger attendra, mais j’ai à nouveau quitté ma région, cette fois pour Clermont-Ferrand et son Master Administrations et médias. J’ai repris espoir dans les luttes sociales, mais je pense surtout que rien ne sera possible sans un changement profond de mentalité, notamment chez la jeune génération.
Cela passe par une école différente, plus tournée vers les autres, pas là seulement pour apprendre les fondamentaux en maths et en français. J’essaie d’agir à ma petite échelle, sans toujours trouver les mots. Au gré des mes balades sur internet, je tombe sur Médiacoop. Point de vue militant et éducation aux médias. Deux aspects qui me parlent, mais que je n’ai jamais vraiment pu approfondir au cours de mes expériences. Ça tombe bien, il me reste un stage à effectuer pour terminer mon cursus.
La liberté n’induit pas l’égoïsme et il n’y a pas d’homme plus libre que celui qui agit parce qu’il pense ces actes justes.
Pierre Bottero, le Pacte des Marchombres, Tome 2 : l’Envol.