Ce mercredi 30 mai, les pharmaciens français ont fait grève. A Clermont-Ferrand, ce sont plus de 80 pharmacies qui ont suivi le mouvement. Une telle mobilisation des pharmaciens n’avait pas eu lieu depuis 10 ans. Seules 4 pharmacies de garde (les pharmacies Bergougnan, des 4 routes, Ducher et Alpha) ont été réquisitionnées par la municipalité pour garantir des soins à la population.
Se faire entendre à coups de sifflets
En plus de la grève, une manifestation a été organisée par les syndicats USPO et FSPF (l’union des syndicats de pharmaciens, et la fédération des pharmaciens de France). Des centaines de personnes se sont réunies devant la gare de Clermont-Ferrand. Le cortège a ensuite progressé jusqu’à la préfecture, en passant par l’ARS (agence régionale de santé), et la sécurité sociale. Des sifflets ont été distribués en début de manifestation, ce qui l’a rendue très bruyante. A chaque étape, les pharmaciens sont restés une trentaine de minutes, pour se faire entendre à coups de sifflets. Quelques camions ont poussé sur leur klaxon en soutien au mouvement.
À l’ARS, ils ont chanté en chœur une parodie de la chanson « Les Champs-Elysées » de Joe Dassin « Allo l’Élysée, Allo l’Élysée. Aujourd’hui, ils n’en peuvent plus, les pharmaciens sont dans la rue. Vous pouvez dire ce que vous voulez, ils sont abandonnés »
Toujours à l’ARS, ils ont scandé « Pharmacie en danger, les patients sont mal soignés »

Vers un désert pharmaceutique
Les pharmaciens font grève contre la pénurie de médicaments, qui ne leur permet pas d’exercer leur métier dans de bonnes conditions. Cette pénurie est principalement due à un prix des médicaments trop bas, « les laboratoires ne veulent plus nous vendre de médicaments. Ils préfèrent les vendre à d’autres pays qui vont les acheter bien plus cher ! » explique Jean-Baptiste, pharmacien syndicalisé.
Ainsi, ce manque de médicaments ne permet pas des soins optimaux pour les patients. Mais cela pourrait devenir encore pire. Les pharmaciens demandent également plus d’argent, non pas pour leurs salaires, mais plutôt pour leur pharmacie. “Par manque de moyen, c’est 300 pharmacies qui ont fermé en 2023. Le nombre de pharmacies par habitant a drastiquement baissé ! » précise David, pharmacien, et lui aussi syndiqué « les pharmacies en France, c’est aussi 120 000 emplois ! »
Les pharmaciens sont aussi en colère contre un projet de réforme du gouvernement « Ils veulent ouvrir la vente de produits pharmaceutiques à des acteurs différents des pharmaciens. Mais ces derniers vont vouloir que de la rentabilité ! Donc ils ne vont garder que les plus grosses pharmacies, qui sont en ville. Les petites pharmacies de campagne sont en danger, et on est là pour les soutenir. Cela va créer des déserts pharmaceutiques. »
Comme un symbole, les pharmaciens portaient tous un brassard noir « c’est pour faire le deuil de notre profession ! » lance l’homme qui les distribue.

