L’université nous a déçus dans son hommage rendu aux gergoviotes. Nous avons décidé de rectifier cela ! » Explique Loïc, de l’Union étudiante. Le syndicat a donc décidé d’organiser son propre hommage le 6 mai, à ce groupe d’étudiants résistants, 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils ont alors tenu une conférence accueillant Arnaud Pocris, co-auteur du livre Les Gergoviotes, et les chercheur.ses du GERME (Groupe d’Étude et de Recherche sur le Mouvement Étudiant) : Alain Monchablon, Julie Testi et Robi Morder.
L’histoire des gergoviotes
Cette conférence était l’occasion de revenir sur l’histoire des gergoviotes. Arnaud Pocris en a fait un résumé dans la conférence : “Tout commence en 1939, avec le repli de l’université de Strasbourg dans les locaux de l’université de Clermont-Ferrand.” A la fin de l’année scolaire, les étudiants ne souhaitent pas retourner à Strasbourg, en France occupée. Leur professeur a donc organisé un stage d’archéologie sur le plateau de Gergovie. “Mais avant cela, le professeur leur a chargé la construction de la maison. Finalement, l’activité était devenue la construction de la maison, et plus l’archéologie !”
A partir de septembre, les étudiants ont récupéré les clés et se sont réappropriés la maison. Ils s’y rendaient le week-end, après les cours. La maison réunissait des étudiants de tous les horizons. « Certains étaient étudiants en histoire, en philosophie, en chimie. Même politiquement, il y avait des communistes, des socialistes et même des royalistes ! » Raconte Arnaud Pocris. « Mais ils avaient tous un lien fraternel, lié à ce lieu, mais aussi au rejet de Pétain. » Si le campement avait à l’origine une vingtaine d’étudiants dans son noyau dur, c’est plus de 80 personnes qui ont fréquenté la maison.
Ce rejet de Pétain a ainsi pris forme dans plusieurs actions, de la distribution de journaux contre la propagande, jusqu’aux attentats contre des magasins collabo, ou “tentatives d’attentats” : “Les bombes étaient fabriquées artisanalement par les étudiants en chimie ! Alors parfois elles ne fonctionnaient pas, ou pouvaient exploser dans leurs mains !”
Malheureusement, leur histoire a terminé en drame. Une première rafle en juin 1943 a tué une dizaine de gergoviotes. Puis la rafle de novembre 1943 a tué plus de 1200 étudiants, dont de nombreux gergoviotes. Pendant l’après-guerre, les membres restants se réunissaient tous les ans en août, jusqu’aux années 80. Une stèle leur rendant hommage a aussi été inaugurée en 51.
Une longue enquête
Retracer l’histoire de ces gergoviotes n’était pas mince affaire. “Les gergoviotes n’ont pas forcément raconté toutes ces histoires à la fin de la guerre, sûrement par modestie. Cette histoire est restée longtemps sous silence, en laissant peu de traces.” Explique Arnaud Pocris. Même leurs enfants n’en entendaient pas parler. Mais c’est pourtant eux qui vont débloquer la situation : “J’ai été contacté par la fille d’un gergoviote. Elle avait trouvé un carton de son père, avec écrit “Gergovie”. A l’intérieur, nous avons trouvé de nombreuses photos, mais surtout un journal intime.” Après cela, Arnaud a été mis en relation avec les différents enfants de gergoviotes, ce qui lui a permis de clarifier des zones d’ombres. Si nous ne connaissions à l’origine qu’une vingtaine de noms, nous en avons aujourd’hui plus de 50.
Les chercheur.ses du GERME ont ensuite pris la suite de la conférence, en racontant la résistance étudiante plus largement. Ils tombent d’accord avec Arnaud Pocris, sur la difficulté des enquêtes. “Les archives sont difficiles à retrouver, car ils cherchaient à ne pas laisser de trace à l’époque.” Explique Julie Testi. “Il n’y avait pas tant de résistance étudiante, mais plutôt des étudiants résistants.” Précise quant à lui Robi Morder.
Des mystères et des zones d’ombres existent encore dans l’histoire de la résistance étudiante. Même autour des Gergoviotes, il est possible que nous en apprenions davantage dans le futur. Arnaud Pocris regrette le peu d’intérêt que nous leur donnons « La stèle leur rendant hommage n’est même pas bien entretenue, tout est gris autour! »