Et si on construisait un nouveau media ensemble ?

L'équipe de Mediacoop commence à saturer. Les dérives des réseaux sociaux, des appels à projets qui mettent en concurrence les médias indépendants entre eux, des influenceurs qui se prennent pour des journalistes, plus rien ne va. Nous avons décidé,de vous informer en plusieurs volets, sur les différentes réalités qui tuent les médias indépendants. Aujourd'hui, nous nous intéressons à la question des appels à projet qui polluent notre quotidien. Mais, surtout, nous vous invitons à nous rejoindre à créer le média du futur. On vous explique en fin d'article !

On ne va pas vous mentir plus longtemps : Nous sommes usés. Voilà plus de 20 ans que je travaille au sein des médias indépendants. En dix ans, le monde de l’information libre a totalement évolué. Au point que j’ai décidé de m’inscrire en thèse, afin de me donner 3 ans pour réfléchir aux freins qui empêchent l’indépendance des médias. Car, ne nous y trompons pas, tout est fait pour amenuiser, épuiser les petits médias que nous sommes. Et nous pouvons avoir la solution mais d’abord, questionnons-nous sur les problématiques rencontrées par nos structures. Aujourd’hui, focalisons-nous sur un des gros problèmes de la presse libre : Les appels à projet.

En effet, les médias indépendants, pourtant structures salariées pour la plupart, doivent désormais répondre à des appels à projets pour s’auto-financer. Ces techniques de mise en concurrence des médias entre eux avaient longtemps été refusées par notre génération de journalistes, bloquant le monde libéral à nos portes. Malgré tout, une nouvelle génération a accepté ces règles du jeu, laissant alors entrer les ordres d’un monde que nous sommes pourtant sensés combattre.

Ainsi, les médias les plus précarisés ne peuvent prétendre obtenir de financement puisqu’en face, des médias indépendants plus solides ont les moyens de payer des chargés de projets, professionnels du remplissage de dossier. Ces appels à projet ont aussi prouvé une véritable inégalité territoriale, car selon nos premiers éléments de recherche, 68% des financements versés par les fondations privées basées à Paris touchent des médias pour la plupart nationaux, et très souvent basés à Paris. Pourtant, ces appels à projet ont été créés, à la base dans un souci de soutien aux médias indépendants.

Mais, créer des appels à projet pour une poignée de médias révèlent de nombreuses maladresses.

Dans un premier temps, les fondations font des appels à dons nationaux afin de constituer leur capital. Mais, ces appels à dons concurrencent ceux des médias chacun dans leur coin. Combien de nos lecteurs nous ont déjà dit qu’ils avaient donné au Fonds pour la Presse Libre ou à Coopmédia. Pourtant, nous n’avons jamais reçu de financement de ces deux fondations ! Dès la base, notre média perd l’argent de ses propres lectrices et lecteurs !

Dans un deuxième temps, comme nous l’avons déjà dit, notre média comme bien d’autres, est beaucoup trop territorialisé pour intéresser ces fondations parisiennes qui vont privilégier des médias à visibilité nationale. Et pourtant, l’Auvergne est un laboratoire incroyable de la réalité de terrain. A Mediacoop, par exemple, nous raflons de nombreux appels à projet de territoire, mis en place par les DRAC, les régions ou les agglomérations. Mais, nous n’avons jamais eu un appel à projet par une fondation parisienne, qui nous reproche même parfois de ne pas savoir faire notre dossier !

Ainsi, les fondations ne sélectionnent donc qu’une poignée de dossiers auxquels il répartissent les dons. (Ces fondations ont aussi parfois des salarié.es. L’argent récolté sert alors également à faire marcher la structure.) Les autres dossiers sont avertis tardivement de leur refus. Mais, en attendant, nos structures ont budgétisé les appels à projets dans leur prévisionnel, les salariés y ont passé du temps, et donc de l’argent. Pour nos petits médias, répondre à des appels à projets, c’est donc majoritairement perdre de l’argent.

Mais, nos petits médias n’ont pas les ressources nécessaires pour se payer un chargé de projets. Nous sommes journalistes, nous sortons pour la plupart d’école de journalisme, et nous savons pertinemment bien recouper nos sources, écrire des articles, réaliser des interviews, aller sur le terrain, créer du lien, aimer notre territoire, travailler avec éthique. Nous ne sommes pas formés à la rédaction de dossiers pour demander de l’argent. Et nous le payons cash. Les médias plus parisiens (ou des grands villes comme Lyon ou Marseille), plus riches, plus vieux, obtiennent quasi tous la majorité des appels à projets de ces fondations.

Se voir refuser un appel à projet est d’une violence extraordinaire. Parfois, les motifs de refus touchent l’intégrité de notre profession. Un jour, nous avons reçu ceci : « Aucun angle ni aucune problématique ne se dégage de votre projet. » Cette phrase, nous avons dû la faire relire à des confrères, pour nous assurer qu’il nous est impossible de recevoir un tel traitement. Un confrère d’un média mainstream qui nous avait aidé à faire l’appel à projets n’en revenait pas. Comment pouvait-on mépriser à ce point des journalistes qui ont fondé eux-mêmes leur média, avec une connaissance accrue de leur territoire, sur le terrain depuis 20 ans ? Cet appel à projets était destiné à financer des enquêtes sur l’extrême-droite. Vous, lectrices et lecteurs de Mediacoop qui avez suivi nos révélations sur les groupuscules néo-nazis pourrez ainsi comprendre l’absurdité de cette réponse nous concernant sur cette thématique !

Et pourtant, pour ne pas mourir, il faut obtenir des financements. Pour certains, à Paris, faire du réseau. Pour nous, ici, en Province, il faut se casser les dents régulièrement pour parfois obtenir un petit bout qui finalement ne sera jamais suffisant.

Car quiconque a déjà rempli un appel à projets sait combien on ne touche jamais la somme exigée et, malgré tout, on réalise le projet dans son intégralité. En fait, vous l’aurez compris, dans tous les cas, on perd de l’argent. Aussi, nous pensons qu’il est essentiel de changer le système.

Mais pourquoi et comment en est-on arrivé là ?

Lorsqu’en 2010, nous créons les 1eres rencontres nationales des Medias libres en Limousin, nous répondons chacun à des appels à projet de territoire, et nous travaillons intelligemment, en coopération, et les enveloppes publiques sont équitablement versées.

Nos rencontres des médias libres seront chaque année renouvelées. Chaque année, de nombreux médias se réunissent à Meymac en Corrèze. Les habitants accueillent les journalistes, et chacun comprend la problématique de l’autre. L’exigence d’une véritable information émane des deux parties. Les lecteurs, et les journalistes. Nos rencontres sont de véritables ateliers d’éducation aux médias, le public peut intervenir, sauf lors de nos réunions de travail.

Des réunions qui permettent de remettre sur pied la Coordination Permanente des Medias Libres, (morte une première fois en 1999). Ce collectif ne tolère aucune concurrence, nous sommes soudés. Tant et si bien soudés que nous partons au ministère afin de créer le Fonds pour les Medias de Proximité. Nous sommes en 2015. Une enveloppe pour le financement des médias de territoire est alors actée dans un décret. 1,7 millions à se partager, et ce quelque soit notre nombre. Ainsi, certaines années, nous pouvions toucher 22 mille euros, parfois 18 mille, en fonction du nombre de demandes. Pour recevoir cette subvention de financement, il faut juste répondre à certains critères. Une répartition juste de l’argent public dédié au pluralisme de l’information. J’ai fait partie de la délégation parisienne, et je suis très fière d’avoir pu mener cette bataille.

Malheureusement, quelques années plus tard, le monde des médias indépendants s’est transformé. Très vite, de nouveaux médias et des appels à projet. J’ai été la première à alerter en questionnant sur la mise en concurrence. Les camarades de la première heure s’offusquaient aussi, mais la nouvelle génération a accepté sans broncher les nouvelles règles libérales, quitte à jouer des coudes. Pour survivre, nous avons fait pareil, sans jamais obtenir un appel à projet national. Nous avons donc continué à travailler sur le terrain, avec les régions, les DRAC, et celles et ceux qui connaissent réellement notre travail sur le territoire.

Mais, aujourd’hui, nous aimerions alerter, car le constat est amer. Ces appels à projet ont tué des médias, des postes. Nous ne doutons pas qu’ils partent d’un réel souci d’aider l’indépendance de l’information tout en tuant les médias indépendants.

Nous pensons qu’il est largement temps de travailler autrement avec ces fondations qui peuvent être riches de ressources. Nous appelons les médias indépendants à réfléchir à de nouvelles réalités.

Et, nous concernant, nous appelons toutes celles et ceux qui ont envie de participer à un média libre, sur notre territoire à nous envoyer un mail, car nous avons décidé de construire quelque chose d’unique en Auvergne.

Nous appelons donc, syndicats, collectivités, associations, collectifs, écoles, lycées, collèges, mais aussi lectrices et lecteurs à venir co-construire avec nous le média du futur. Une expérience unique en France que nous avons décidé de porter, en respectant le monde pour lequel nous nous battons. Nous ne voulons plus d’un monde à appel à projets, d’un monde concurrentiel. Nous allons organiser rapidement une réunion d’information car nous pensons qu’aujourd’hui, un media libre et collaboratif , qui lutte contre la désinformation, est devenu essentiel à notre avenir. Avant qu’il ne soit trop tard.

Ainsi, nous vous proposons d’écrire une nouvelle page révolutionnaire dans le monde des médias. Nous avons besoin d’idées et d’humains plus que d’argent.

Rejoignez donc notre nouvelle aventure.

Pour plus d’informations, contactez-nous pour l’instant à redaction@mediacoop.fr

Ce dessin a été réalisé par Xavier Lacombe pour nos rencontres des Medias Libres. Nous avons acheté les droits de ce dessin.

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