Le maire d’Aubière dénonce l’abandon des jeunes mineurs par l’ASE lorsqu’ils deviennent majeurs

 

Au soir du vendredi 17 mai, le maire d’Aubière Christian Sinsard s’est trouvé confronté à un cas qui, malheureusement, ne fait plus exception en France. En pleine nuit, son statut d’élu l’a conduit à rencontrer un gamin âgé de dix-huit-ans, sans ressources ni logement. Ce jeune homme venait de sortir le jour-même du Centre hospitalier Sainte-Marie (service de santé mentale). Démuni, il s’était réfugié dans l’un des hôtels de la ville. Alerté par le patron de l’établissement, l’édile communiste s’est directement rendu sur place afin de trouver une solution pour ce garçon visiblement malade. Marqué par cet épisode nocturne, il a souhaité faire part de son inquiétude quant à la prise en charge de ces jeunes livrés à eux même une fois leurs dix-huit printemps révolus. A travers ce cas singulier, le maire d’Aubière entend dénoncer les dysfonctionnements de tout un dispositif de prise en charge inhérent à l’Aide Sociale à l’Enfance. C’est en compagnie de Magali, responsable du CCAS (Centre communal d’action sociale), que Médiacoop a pu s’entretenir avec lui.

 

Médiacoop : Pouvez-vous revenir sur ce qu’il s’est passé le 17 mai ?

 

Christian Sinsard : J’ai été appelé vendredi soir par une ajointe qui m’a dit se trouver dans l’un des hôtels d’Aubière. Cet établissement accueille des jeunes liés par contrat avec l’Aide Sociale à l’Enfance. Le plus souvent, ce sont des jeunes étrangers que l’ASE confie à des hôteliers chargés de les héberger. Certains de ces gamins possèdent un contrat d’apprentissage chez des employeurs du coin. Suite à l’appel reçu, je me suis rendu sur place. À mon arrivée, le patron de l’établissement m’a présenté un jeune ne résidant pas à l’hôtel. Ce garçon était venu là car il connaissait l’établissement, sa famille étant originaire d’Aubière. Actuellement, la maman de ce jeune habite à Clermont ; elle l’a mis dehors et le papa est en prison. Ils sont issus de la communauté des gens du voyages mais ils sont français ; nous ne sommes pas sur un cas de ”mineur isolé étranger“.

 

Médiacoop : Quelles particularités présentait ce garçon ?

 

Christian Sinsard : Ce jeune homme venait d’avoir ses dix-huit ans le jour-même de notre rencontre. En l’interrogeant, j’ai appris qu’il venait d’être hospitalisé à temps plein pendant trois années pour une affection psychiatrique sévère à l’hôpital Sainte-Marie. Il n’y avait pas besoin d’un médecin pour s’apercevoir que ce jeune souffrait d’une sérieuse maladie. Or, il venait de quitter l’établissement hospitalier la veille. Démuni, il s’est présenté à l’hôtel mais le patron de l’établissement ne pouvait pas l’héberger car le garçon en question n’était pas lié par contrat à l’ASE. D’ailleurs, depuis qu’il est majeur, il ne dépend plus de l’ASE et c’est bien là qu’est le problème que je souhaite évoquer.

 

Médiacoop : Comment avez-vous réagi face à un tel cas ?

 

Christian Sinsard : J’ai contacté l’ASE par téléphone en leur expliquant la situation. Ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient plus rien faire pour cette personne. D’après eux, son cas ne les concernait plus puisqu’il venait d’avoir dix-huit ans. C’était un peu comme si l’on m’avait dit : “ Circulez, il n’y a rien à voir”. Vu l’état du garçon, j’étais quand même surpris que l’hôpital l’ait lâché dans la nature alors qu’il n’avait pas d’endroit où  loger. Il n’avait aucun papier d’identité sur lui, aucunes ressources. Alors, j’ai appelé l’hôpital Sainte-Marie. Effectivement, ils le connaissaient bien mais ils m’ont répondu que ce jeune était majeur désormais. D’après eux, c’est lui qui aurait désiré sortir malgré le fait que l’établissement lui ait proposé de poursuivre sa prise en charge.

 

Médiacoop : Que pensez-vous du système de prise en charge fournit à ces jeunes livrés à eux-mêmes dès lors qu’ils ont atteint leur majorité ?

 

Christian Sinsard : Loin de moi l’idée de porter un jugement sur le travail fournit par ces professionnels de Santé sur un plan strictement médical. Par contre, je m’interroge sur la suite administrative réservée à ce gamin qui était probablement soumis à une tutelle en tant que mineur. Magali, la responsable du CCAS m’a d’ailleurs révélé que ce n’était pas la première fois qu’elle récupère des jeunes le jour même de leurs 18 ans.

Magali : Je suis ravi que l’on aborde ce sujet car cela m’inquiète. Je me pose beaucoup de questions en ce qui concerne ce que l’on appelle “les sorties sèches”, c’est-à-dire des jeunes pris en charge par l’ASE qui, le jour de leurs dix-huit ans, arrivent dans les services sociaux, à l’hôtel ou à la rue… sans que rien ne soit préparé. Dans le cas de ce jeune homme, si le problème médical est aussi important, il y aurait dû avoir une préparation de sa sortie et notamment une mise en place d’une tutelle dès sa majorité.

Christian Sinsard : Ce que l’on souhaite dénoncer, c’est qu’il n’y a pas de continuité et d’automaticité dans la gestion de la tutelle de ce garçon.

 

Médiacoop : La loi peut-elle venir répondre à ce dysfonctionnement que vous soulevez aujourd’hui ?

 

Magali : Oui, la loi prévoit certaines choses. Selon les textes, l’ASE est tenue de pouvoir proposer une prise en charge pouvant aller dans certains cas jusqu’à l’âge de vingt-et-un an dans le cadre d’un contrat appelé “jeune-majeur”. Finalement, c’est une procédure qui aurait pu couler de source. Néanmoins, on n’en voit quasiment plus aujourd’hui. Et si le “contrat jeune-majeur” n’est pas envisageable, il est souhaitable que la sortie de ces mineurs soit préparée en amont. Il y a quelque mois, j’ai reçu un jeune le jour de ses 18 ans. Maintenant, il se trouve dans l’un de nos logements d’urgence parce qu’il a bien fallu qu’on trouve une solution. À cet âge-là, ils sont sans ressources ; ils ne relèvent d’aucuns droits sociaux. Lui non plus ne possédait pas de carte d’identité. Si l’ASE n’est pas en capacité de signer avec eux un contrat “jeune-majeur”, ces gamins pourraient au moins bénéficier d’une carte d’identité et de droits ouverts à la sécurité social pour faire des démarches. Malheureusement, ils ne peuvent pas les faire car aucun document ne leur ait donné.

 

Médiacoop : Comment s’est-elle terminée la soirée de vendredi pour ce jeune homme ?

 

Christian Sinsard : Il a fini par me dire qu’il était fatigué. Il n’avait rien mangé. L’ASE lui avait laissé un peu d’argent. Il avait 250 euros sur lui. En gros, on te pose de l’argent sur la table et tu te démerdes. Cela se voyait qu’il n’était pas autonome ; il était dans l’incapacité totale de subvenir à ses besoins. Alors, j’ai appelé les pompiers. Ils sont venus le chercher. Aujourd’hui, on n’a pas de nouvelles. Les pompiers conduit aux urgences à Clermont. Maintenant, si ça se trouve, il est à la rue ; on n’en sait rien.

 

Médiacoop : Concrètement, que dénoncez-vous aujourd’hui ?

 

Christian Sinsard : Je dénonce le fait qu’on laisse ces jeunes dans la nature. L’ASE n’est pas l’unique responsable dans ce cas précis, l’hôpital psychiatrique a sa part de responsabilité. Les élus doivent subir les conséquences des carences du système de santé et du système social en France. J’ai fait ma carrière dans la Sécurité Sociale. J’ai la plus haute opinion de cette institution qui est la meilleure au monde, il n’empêche qu’il y a des failles. En tant que maire, je me suis retrouvé complètement démuni face à ce cas. Je n’ai pas pu avoir la Préfecture ; je ne savais pas qui contacter. Comment se fait-il qu’on lâche les jeunes lorsque ces derniers atteignent leurs dix-huit ans ? C’est honteux que l’ASE abandonne ces jeunes lorsqu’ils atteignent leur majorité. On les met dehors, sans suivi.

 

 

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4 réflexions sur “Le maire d’Aubière dénonce l’abandon des jeunes mineurs par l’ASE lorsqu’ils deviennent majeurs”

  1. Je ne pense pas qu’un contrat jeune majeur doive être demandé par un médecin, en tous cas pas nécessairement…à part ça cet article résume bien l’inhumanité qui guette les jeunes suivis pas l’ASE (donc déjà peu gâtés par la vie à priori) le jour où ils ont atteint 18 ans. si les contrats jeunes majeurs sont une mesure nationale leur application (pour qui ? comment ? avec quel contenu) dépend des départements (cf lois de décentralisation) d’où des disparités sur le territoire…le puy de dôme est loin d’être exemplaire en la matière :-(…merci pour vos articles

  2. On s’aperçoit que on fait le travail a moitié ,et je dis qu’il a une chance énorme d’être tomber sur le Maire d’Aubière qui lui a toujours placer la famille et l’humain au dessus de tout , donc il est dommage que l’on laisse les plus fragile seul , donc merci a média coop de nous avoir rapporter cette histoire et merci a Mr SINSARD de continuer a veiller sur les plus fragiles et sur ses habitants d’AUBIERE , on a de la chance d’avoir un bon maire quoi que certains en disent.

  3. Justin Bridoux

    Bravo Monsieur le maire pour votre engagement auprès des déshérités abandonnés par la société!
    (Petit message à la rédaction: il n’y a pas d’ « infection » psychiatrique, juste des « affections »…😉)

  4. Diallo Mamadou naby

    C’est comme ça dans plusieurs villes en France comme à Lyon t’as un contra d’apprentissage signé par l’employeur une fois ta majorité il vous donne pas un autorisations de travail à la préfecture

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