Par Sébastien Massoulié
A l’occasion de la fin de la trêve hivernale en date du 31 mars, une quarantaine de personnes se sont retrouvées le 1eravril, à 18 heures 30, devant les marches de l’hôtel de Préfecture du Puy-de-Dôme. Avec ardeur, elles ont dénoncé le manque cruel d’hébergement et les mises à la rue post-hivernales menaçant chaque année hommes, femmes et enfants étrangers en situation irrégulière et demandeurs d’asile.

« Sur ma tombe, à la place de fleurs et de couronnes, apportez-moi les listes de milliers de familles, de milliers de petits enfants auxquels vous aurez pu donner les clés d’un vrai logement ». Cette citation de l’Abbé Pierre ne pourrait-elle pas faire écho au combat mené, depuis le 26 juin 2004, par le “Réseau Éducation Sans Frontière’’ (RESF) ?… Un collectif réunissant à la fois militants (Ligue des droits de l’Homme’ (LDH), Cimade, syndicats enseignants ou étudiants) et citoyens, sensibles aux problématiques rencontrées par de nombreux exilés venus en France dans l’espoir d’accéder à une vie digne, qu’elles que soient leurs origines ethniques et culturelles.
« Un toit, c’est un droit ! ». Après la “Convergence pour le Logement’’ organisée le 30 mars entre les gilets jaunes et le Droit Au Logement 63 (DAL 63), RESF 63 (27 organisations sur Clermont-Ferrand) a décidé de programmer à son tour un rassemblement pour exprimer son inquiétude quant au respect des conditions d’accueil et d’hébergement des exilés.
« Ils vont aller où ces gens ? »
18 heures 10, Andrée et Marie-Luce, membres du RESF 63, sont déjà présentes, assises sur les marches de l’Hôtel de Préfecture du Puy-de-Dôme, lieu hautement symbolique puisque c’est ici où se joue l’avenir de ceux et celles qui, contraints, ont laissé leur passé derrière eux. Courageuses et prêtes à tendre la main à leur prochain, elles ont décidé de consacrer leur existence aux plus vulnérables. Inquiètes, elles se demandent quel futur est réservé aux hommes, femmes et enfants qui, loin de leur pays d’origine, s’apprêtent à retrouver contre leur gré une situation bien peu enviable pour tout être humain… « Si les structures d’accueil se ferment puisque c’est la fin de la trêve hivernale, qu’est-ce que l’on fait ?… On remet les tentes sur la place du 1ermai ?… On refait un camp sauvage ? » tempête Andrée.
Les deux femmes se souviennent et regrettent le manque de réaction de la part du pouvoir décisionnaire. « Quand il y a eu le 1ermai, au bout de trois semaines quand même, la réponse a été d’ouvrir deux gymnases. Ils auraient fait ça dans les trois-quatre jours qui auraient suivi… oui, ça aurait été une réponse d’urgence à une situation d’urgence ! ». Fulminant des décisions politiques qu’elle juge incohérente, Andrée poursuit son raisonnement : « ils ont ré-ouverts le gymnase Andanson à Montferrand… Fermé depuis des dizaines d’années, il était insalubre… Et il y a toujours des gens qui sont là-bas ! Je crois que ce sont des hommes célibataires. Mais vraisemblablement, ils vont le fermer. Ils vont aller où ces gens ? ». Aujourd’hui, cette problématique se pose méritant une réponse claire et rapide de la part de nos représentants politiques. Ces derniers n’ignorent certainement pas que, dans la rue, l’été tue aussi bien que l’hiver (source : collectif “les Morts de la rue’’). Vraisemblablement, « la misère ne serait pas moins pénible au soleil », contrairement à ce que dit la chanson.
Andrée déplore les conditions de vie qu’on leur impose, « une vie de merde où ils passent leur temps à déménager ! A un moment, tous les jours, j’aidais les gens à déménager… D’Anatole France (“Association Cecler’’), ils allaient à l’hôtel, et puis huit jours à la rue parce qu’il n’y a pas assez de place pour tout le monde ! déclare-t-elle avant de conclure que « s’ils pouvaient repartir dans leur pays, il y a longtemps qu’ils l’auraient fait ! ».
18 heures 30, un groupe d’une quarantaine de personnes se forme. Munis d’une large banderole sur laquelle il y est inscrit « Mineurs isolés : Un toit, une école, des éducateurs ! », certains membres du RESF 63 s’élancent sur le perron de l’Hôtel de Préfecture du Puy-de-Dôme. D’autres, tiennent en leur main des affiches sur lesquelles nous pouvons lire « Plus de tentes ! Des logements ! », « Pas de trêve pour le mal logement ! » ou encore « 4000 logements vides à Clermont-Ferrand : Réquisition des logements vacants ! ».
Une réunion obligatoire pour un voyage sans retour ?
Le DAL 63 est également présent, de même que l’UNEF Auvergne, syndicat étudiant particulièrement mobilisé lorsqu’il s’est agi de faire face à une situation sanitaire et humanitaire dramatique à laquelle s’est retrouvée confrontée la Fac de lettres clermontoise en 2017. « Un toit, c’est un droit ! Des papiers pour tous ! » s’est empressée d’acclamer une foule qui n’a pas manqué de faire silence lorsque Martine, membre de RESF 63, s’est exprimée avec conviction, micro à la main. Cette dernière commence par évoquer l’existence d’une lettre adressée à ceux et celles hébergés par l’association “CeCler’’ (Rue Anatole France et Impasse du Rouge-gorge).

Sans papiers, ces derniers ont reçu un courrier les intimant de se rendre obligatoirement à une réunion conjointement organisée le 1eravril à 14 heures, en salle d’animation, par la Préfecture du Puy-de-Dôme et l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (“OFII’’). Le papier en question notifie également « une présentation des services de la Préfecture du Puy-de-Dôme, des Aides au retour de l’OFII et des conditions d’hébergement par la DDCS (Direction Départementale de la Cohésion sociale) ». Particulièrement inquiète, Martine pense qu’il s’agit d’une « incitation pour leur proposer des aides au retour».
Ce membre du RESF évoque ensuite la situation dramatique des mineurs isolés. D’après ses chiffres, « 90 gamins sont dehors dont une quarantaine dans un squat ». Insupportable, cette situation dure depuis un an et demi sans qu’aucune alternative au problème n’ait été trouvée. Visiblement sans nulle valeur, la parole de ces jeunes n’a pas été prise en compte lorsque ces derniers ont déclaré être mineurs. Avec vaillance, Martine déplore « les a prioris de l’ASE (“Aides Sociales à l’Enfance’’) qui les majore systématiquement ».
18 heures 45, Martine laisse le micro au DAL 63. Revenant sur le papier sur lequel toutes les attentions associatives sont désormais fixées, l’un des membres qualifie cette action d’« anti-démocratique ». Pour lui, c’est une façon de pousser les personnes les plus vulnérables, accueillies par le 115, vers la sortie. Gérant actuellement un Squat, le Dal 63 fait état d’une dizaine de jeunes adultes. Depuis plusieurs mois, une demande à la mairie a été réalisée par l’association afin de prolonger le délai d’hébergement en ce lieu pour permettre à ces jeunes d’être accompagnés efficacement. Urgente, cette réclamation est actuellement en attente d’une réponse que chacun, présent ce soir-là, espère positive.
Sans toit pour les uns, sans mandat pour les autres !
18 heures 50, une délégation du RESF 63 est de retour. En effet, une audience avec la Préfète du Puy-de-Dôme, Anne-Gaëlle Baudoin-Clerc, a été préalablement envisagée par le collectif. A son tour, Simon prend le micro. Reçue par le directeur de cabinet de cette nouvelle préfète (officiellement en fonction depuis décembre 2018), la délégation du RESF 63 semble s’être confrontée à un mur, le collaborateur en question déclarant qu’il « n’avait pas mandat pour pouvoir leur répondre ». Aussitôt, la petite foule rassemblée devant les marches de l’Hôtel de Préfecture se met à huer une situation apparemment coutumière. Néanmoins, selon le directeur de cabinet de la Préfète Anne-Gaëlle Baudoin-Clerc, la délégation peut se consoler en « écrivant une lettre adressée à la Préfète pour avoir des réponses à toutes interrogations ».
Laissées sans réponse, plusieurs questions ont pourtant été posées au collaborateur qui s’est chargé de recevoir la délégation du RESF 63 doublement inquiète. D’une part, une inquiétude de voir ceux et celles, actuellement en hébergement d’urgence, se retrouver à la rue. Réponse du directeur de cabinet, d’après Simon : « Essayez de faire en sorte que non. Nous allons tenter d’accompagner au cas par cas ces gens en faisant en sorte qu’il n’y ait pas de situation dramatique ». Une réponse évasive ne semblant pas convaincre l’assemblée présente ce soir-là. D’autre part, une inquiétude concernant les familles qui, malgré la trêve hivernale, n’ont toujours pas été hébergées. A cette problématique, la réponse obtenue ne semble pas plus concrète.
Élevant la voix, Simon réclame une solution digne et pérenne pour tous. Pourtant, trêve hivernale “oblige’’, le gymnase Andanson s’apprête à être fermé à partir du 24 avril. « Malgré le fait que ce soit une daube, c’est quand même mieux que rien ! » exclame Simon qui évoque notamment une « solution relais » avec la mise en place de bungalows. Mais rien n’est encore certain !
Déterminée, Andrée s’empare du micro et conclut ce rassemblement avec un message fort empreint d’une solidarité et d’une détermination sans faille : « On a vocation à être là aussi longtemps qu’il y aura des gens dehors, aussi longtemps qu’il y aura des gens sans papiers, aussi longtemps qu’il y aura des gens sans existence légale ! ».
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