Santé mentale : Les étudiants expliquent leur malaise

Angoisse scolaire, charge de travail, précarité, isolement. Les étudiants s'expriment sur leur malaise, et ce qui ne fonctionne pas à l'université.

On entend beaucoup parler de la santé mentale des étudiants, qui inquiète de plus en plus ; sans leur donner l’occasion d’en parler par eux-mêmes. C’est pourquoi nous sommes venus à leur rencontre, pour comprendre ce qui ne fonctionne pas à l’université. 

D’abord, le milieu scolaire est, pour beaucoup, un environnement toxique, et non favorable à leur bien-être.

Angoisse et pression scolaire

L’ambiance des études peut créer un sentiment de pression chez les étudiants. C’est ce qu’estime Lydie, militante à l’Union Étudiante “Sur certaines périodes, on donne beaucoup de travail aux élèves. Mon frère par exemple, il avait 3-4 travaux à rendre en 2 semaines, il était en tension constante ! Hier il a fini, il a enfin pu relâcher la pression. Sauf que dans une semaine, il a les partiels !” 

Des situations qui ne sont parfois pas comprises par les professeurs “Ils ne se mettent pas à la place des étudiants qui sont en burn out constant” explique Lucas, lui aussi militant à l’Union Étudiante. “À la base, les professeurs en université sont des chercheurs. Parfois, ils n’ont pas envie de faire cours à des étudiants et certains ça se voit…”, répond Lydie.

À tout cela s’ajoute une peur de ne pas réussir, qui constitue une angoisse pour les étudiants. “Dès le lycée, on nous construit l’idée qu’il faut faire des études supérieures pour réussir, c’est le mythe de la méritocratie” explique Lydie “Il faut faire des études et il faut absolument les réussir si tu veux avoir un travail dans ta vie. On nous rabâche cette idée tout le temps, c’est pas sain pour les étudiants !”

Et dans le cas d’un échec, il n’est pas rare que tout cela se transforme en dépression. C’est le cas de Delhia Masion, étudiante en psychologie “J’ai redoublé ma première année, et je l’ai très mal vécu. Tu te sens inférieure, comme une merde. Tous mes amis sont partis en deuxième année, et moi je me suis retrouvée seule. Alors je me suis renfermée sur moi-même, je n’allais plus en cours. Je suis allée voir un psy, on m’a diagnostiqué une dépression, et des troubles de l’anxiété.

Isolement

Pour la majorité, le début des études supérieures marque aussi le début de la vie adulte, et de l’indépendance. Une indépendance parfois marquée par un éloignement de sa famille, on vit la majeure partie de notre temps seul. “C’est un environnement ou t’es livré à toi-même, c’est pour ça que c’est hyper important de bien t’entourer, de se faire des amis. Mais on est beaucoup, alors c’est pas facile” explique Delhia.

Ce problème de l’isolement s’est empiré en 2020, avec la Covid “Il y a un avant et un après Covid. Là dessus, il y a un consensus scientifique”, explique Christelle Torregrosa vice présidente du Pôle Prévention du BDE Apsys, qui gère les étudiants en psychologie de l’UCA. En effet, depuis la Covid, on a pu observer une augmentation des étudiants en dépression. Pour cause, un isolement long dans des appartements étroits, qui s’ajoute à la charge de travail vue plus tôt. De plus, les cours et les examens à distance sont difficiles à suivre. Viktoria Kovacs est vice-présidente du Pôle Partenariat du même BDE, elle nous raconte son expérience. “J’ai commencé la fac en 2020. Au départ, on était 420 dans la promo. Mais la Covid a découragé tout le monde. Finalement, on était seulement 60 étudiants à avoir validé notre licence”.

Ensuite, il peut exister des discriminations entre les étudiants, qui peut mener à des mises à l’écart. Le racisme, le sexistme ou l’homophobie existent à l’université, et proviennent d’étudiants peut-être pas si minoritaires que cela “On a l’impression que ce sont une minorité qui fait beaucoup de bruit, mais pas forcément”, présume Marine Garcia vice présidente du Pôle Événementiel du BDE. “Il y a ceux qui expriment fièrement ces idées. Mais aussi d’autres qui ne les condamnent pas, ne les remettent pas en cause. Les personnes discriminées ne sont alors pas soutenues”. Sur une base de leader et de suiveur donc, qui pourrit la vie des minorités.

Mais même en dehors de l’université, les problèmes persistent.

Précarité étudiante

Se retrouver isolé dans un appartement est déjà un problème, mais il est encore pire quand cet appartement ne permet pas de vivre convenablement. “Je connais plein de gens, leur appart’, c’est un couloir avec un lit au bout”, raconte Lucas. 

La précarité touche une grande partie des étudiants, qui peinent parfois à se nourrir. Pour Delhia, il est presque indispensable d’avoir un travail “Moi je travaille à Carrefour pour subvenir à mes besoins. Je conseille à tous les étudiants d’avoir un petit job aussi. Si en plus de tout ça t’es en galère d’argent, ça peut être hyper difficile”.

L’Union Étudiante n’est pourtant pas de cet avis “Les étudiants sont déjà des travailleurs. Ils ont un 35 h avec les cours, et les travaux en plus demandés à la maison. Alors ils ne devraient pas avoir à travailler en plus derrière ! Un étudiant devrait pouvoir vivre sans travailler à côté, si ce n’est pas possible, c’est au Crous de s’en charger !” Le Crous qui va pourtant augmenter de 3,5 % le loyer de ses logements étudiants à la rentrée prochaine. C’est une mesure contre laquelle l’Union Étudiante se bat.

D’autant plus que pour eux, le système d’attribution des bourses et des logements étudiants est faillible “Tu peux garder ton appartement 5 ans, et tes bourses 7 ans, après ça t’es viré. C’est le minimum de temps pour faire tes études. Mais si tu redoubles, comment tu fais ?” explique Lydie, non sans un certain agacement, car son frère se retrouve dans cette situation.

Les étudiants sont également dans une période de jeunesse, qui semble parfois leur échapper à cause de leur précarité “Certains ne peuvent plus se faire plaisir ! Tu veux sortir pour manger, tu peux pas ! Tu veux sortir boire un verre, tu peux pas !” raconte l’Union Étudiante.

Mieux vaut prévenir que guérir

Les universités proposent plusieurs solutions face à cette épidémie. La plus importante étant les 8 séances gratuites chez un psychologue. Un service qui a du succès, Delhia a pu l’utiliser pour aller mieux “Beaucoup ont peur du regard des autres, mais il ne faut vraiment pas hésiter à aller voir un psy.”

Cependant, cette mesure a peut-être un peu trop de succès auprès des étudiants, c’est ce qu’explique Viktoria “Je suis passée par là aussi, et il peut y avoir des temps d’attente très longs. Moi j’ai dû attendre un mois et demi, mais certains attendent jusqu’à trois mois !”

Pour cause, le service n’est pas du tout attractif pour les psychologues “Les psychologues sont en plein burn out, car trop d’étudiants font appel à eux !” explique Christelle “leur rémunération est plus faible pour ces rendez-vous, alors avec les charges, c’est comme s’ils faisaient du bénévolat ! Ils n’ont pas envie de participer à ce programme !”

Une réforme de ce service devrait avoir lieu prochainement. Elle amènerait le nombre de séances à 12, et proposerait une meilleure rémunération pour les psychologues. Les membres du BDE attendent de voir la réforme mise en place pour émettre un avis. Mais de toute façon “si on essaie de rediriger quelqu’un vers un psy, c’est qu’on a déjà perdu”

Pour le BDE Apsys, mieux vaut prévenir que guérir “On doit prendre soin de nous entre étudiants, ça ne fera que favoriser notre réussite. » Christelle, qui est vice -présidente du Pôle Prévention, œuvre à sensibiliser sa promotion, pour créer un environnement plus sain. “On organise des conférences par exemple, la dernière fois, c’était sur le thème du sexe et du genre. Sur nos réseaux, on partage tout ce qui peut aider nos étudiants. Et on les forme aussi aux premiers secours”.

Dans le même temps, on veut aussi renseigner les étudiants sur tous les services qui leur sont disponibles, notamment auprès du Service Santé Universitaire “Ils avaient organisé une journée pour nous présenter tous ces services, et j’ai adoré ! Y’avait même des bonbons !”, raconte Viktoria. Une journée qui n’a cependant pas attiré grand monde, selon elle.

Enfin, le BDE déplore les discours politiques du gouvernement, jugés hypocrites. “Le gouvernement fait semblant de nous écouter et de porter de l’intérêt pour nous. Mais on le sait bien que le bien-être des jeunes, c’est le cadet de leurs soucis”

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