Vacciner contre l’indifférence, un livre contre le harcèlement scolaire

Tiné Raynal était professeur d’EPS. Toute sa carrière, ou presque, il l’a dédiée au collège « là où tout se joue » . Pendant 26 ans, il a mis en place de multiples actions afin de lutter contre le harcèlement scolaire et prôner la solidarité. Il sort un livre « Vacciner contre l’indifférence ».

Quand on est parent de collégiens et que l’on se confronte à la dure réalité de terrain, on devrait tous avoir droit à une discussion d’une heure avec Tiné. Professeur d’EPS à la retraite, il a dédié sa vie non pas aux bonnes notes de ses élèves, mais à leur bien-être et à leur bonne conduite. « Si tu développes l’entraide et la fraternité, tu effaces la violence. Si tu responsabilises les élèves, si tu leur fais confiance, alors, le harcèlement disparaît. » De ce constat simple, Tiné a fait ses preuves en mettant en place de nombreuses actions. Au collège Albert Camus de Miramas où il a exercé pendant 26 ans, l’enseignant crée d’abord un club solidarité. « On y comptait plus de 400 membres. » explique-t-il avec fierté. « Les gamins lavaient des voitures, vendaient leurs poèmes, et avec l’argent récolté payaient les choses qui manquaient aux élèves les plus dans le besoin. » Tout se fait alors dans la discrétion. On apprend aussi aux jeunes de respecter la dignité de chacun.

« Dans un collège, mais certainement dans tout groupe, vous trouvez plusieurs catégories de personnes. » explique Tiné. « Vous avez des jeunes violents, ceux-là, ils ne changeront que parce que les autres auront changé mais il ne faut pas dans un premier temps, les solliciter. Les jeunes violents sont des jeunes en souffrance, sans cadre. De l’autre côté, on trouve les victimes potentielles. Malheureusement, un physique un peu ingrat, une paire de lunettes ou des boutons suffisent. Vous avez aussi tous les élèves qui suivent le vent. Ceux-là sont majoritaires. Et enfin, vous avez les héros. Ceux qui se battent contre l’injustice, des justes. On en trouve un ou deux par classe, capable de se révolter contre la violence. Ceux-là, il faut les remercier, les féliciter, et les solliciter. Le ventre mou finira par les suivre, et défendront les victimes potentielles, amenuisant les violents, qui deviendront alors au pire le ventre mou, au mieux, les héros de demain. »

Et les cours d’humanité ?

Et ça marche, Tiné a inventé le concept des « Grands Potes ». Munis d’un badge vert, ils veillent en classe, dans la cour et interviennent si une scène de violence se fait sentir. « Ce badge vert, c’était pour eux plus important qu’une bonne note. Quand je leur donnais, je leur donnais toute ma confiance, et ça ils en ont toujours été dignes. » Le professeur d’EPS reconnaît qu’il n’a pas choisi le collège par hasard. « C’est évidemment le plus difficile, car tout se joue là, c’est nous qui avons la responsabilité, avec les parents bien sûr, de transmettre les valeurs. Mon rôle n’était pas seulement de leur apprendre à tirer à l’arc ou bien jouer au Hand, mais ce qui m’importait le plus c’était qu’ils deviennent de belles personnes. »

Tiné regrette qu’il n’y ait pas de cours d’humanité au collège pour faire société. « J’ai trois filles, cela m’a beaucoup aidé. A chaque fois que je devais réagir face à un élève, je me disais « et si c’était mon enfant? » Il faut remettre de l’empathie dans le rôle d’enseignant. Nous n’avons pas que des élèves face à nous, mais des jeunes adolescents, des adultes en devenir. »

Et puis Tiné l’assure, avoir été lui-même un mauvais élève l’a beaucoup aidé. « L’école c’est important certes, mais on doit surtout y être heureux, c’est bien là le meilleur des apprentissages ! » Et il semblerait que ses élèves en soient reconnaissants. Ils ont été les premiers à acheter son premier livre sur le bonheur à l’école. « Je me suis mis sur Facebook et sur mes 1400 amis, 1300 sont d’anciens élèves. Je me rappelle de chacun d’entre eux. »

Le collège, un lieu de construction

Le collège devrait pour ce professeur, être le lieu de rencontres des amis que l’on garde à vie, l’instant où la personnalité se dessine. « Au lycée c’est trop tard, le jeune a ses valeurs, il peut toujours changer certes, mais au lycée on ne peut plus trop avoir de réflexions sur l’autre, le racisme, la mixité sociale, le déterminisme. Au collège, les jeunes sont mélangés, on n’a pas trié les enfants en fonction de leurs résultats, donc on croise tous les milieux. C’est une richesse extraordinaire, mais personne ne s’en empare. »

Personne sauf Tiné, qui crée un système de parrainage. Un 3eme prend sous son aile un filleul et ça marche. « Le harcèlement existe depuis toujours et existera encore, surtout avec les réseaux sociaux. Mais, un enfant est très sensible à l’image qu’il renvoie. Il suffit de faire en sorte de le faire sentir une belle personne pour qu’il le devienne. » Alors, Tiné est parti reconstruire, par exemple, une école à Madagascar avec ses élèves, a récolté 600 paires de chaussures en 20 jours. « Ce que j’aime chez les enfants et jeunes c’est qu’ils sont finalement tous partants pour changer le monde. » Tiné regrette que les professeurs principaux font souvent leur projet de classe dans leur coin, sans ouvrir à une plus grande dimension. « Il faut avoir de l’ambition avec les jeunes car ils le méritent. »

Valoriser la solidarité

Bien sûr Tiné a quelques regrets. Comme l’histoire de ce jeune bousculé au collège qui se suicidera à la période du lycée. « Les cas graves se passent après, mais dès le collège, on aurait pu se douter que le drame était en train de se jouer sous nos yeux. »

Malheureusement, pour Tiné, les parents et l’école est responsable de ces drames. « On répète sans cesse aux élèves de ne pas aider le voisin, de ne pas se mêler des affaires des autres, alors que la vie c’est tout le contraire. Il faut être solidaire, il faut se sentir concerné. » Dans le collège de Miramas, Tiné a mis une salle de réconciliation en place. Il a ouvert les conseils de classe à tous les élèves. « Et pour le moindre changement de ce type, je me confrontais à mes collègues bien plus qu’à la direction. Le corporatisme de ma profession nous fait reculer bien plus que le contraire. IL ne faut jamais bousculé le corps enseignant. Sauf que j’ai pensé au bien-être des jeunes pas à celui des autres profs » explique Tiné qui rajoute : « On est là pour eux, pas pour nous. »

Avoir l’esprit d’équipe plutôt que des bonnes notes

Des médiations sont régulièrement proposées. Et surtout, en tant que prof de sport, Tiné met en place « l’esprit sportif ». « Bien sûr, j’étais obligé de noter les élèves, c’est comme ça. Mais je mettais en place aussi la récompense d’un bon esprit d’équipe et d’entraide. Ce ne sont pas toujours les meilleurs sportifs qui y avaient droit. Parfois, on pouvait ne pas savoir mettre un but, mais faire jouer ses camarades, aider ceux en difficulté, ranger le matériel. » Les élèves finissent par se détourner de la note pour tenter de décrocher le sésame. « Les notes en sport renvoient une image du corps, il faut vraiment veiller à ça. Les notes peuvent être dangereuses dans la dévalorisation de soi. Et de mon expérience ce sont rarement les meilleurs de la classe, individualistes et compétiteurs, qui réussissent. Les notes sont une étape obligatoire, mais devenir quelqu’un de bien est plus essentiel et payant dans la vie. »

Nos actionnaires, c'est vous.

Aidez-nous à rester gratuit, indépendant et sans pub :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cet article vous a plu ?

Soutenez le Cactus !

Le journalisme a un coût, et le Cactus dépend de vous pour sa survie. Il suffit d’un clic pour soutenir la presse indépendante de votre région. Tous les dons sont déductibles de vos impôts à hauteur de 66% : un don de 50€ ne vous coûte ainsi que 17€.