Marion Canalès  » Impose ta chance, à te regarder, ils s’habitueront »

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Marion Canalès est socialiste. A l’heure du départ  de leur parti de Hamon ou Valls et de la vague En Marche sur tout le territoire, nous avons voulu savoir comment cette jeune bourguignonne de 36 ans, clermontoise depuis qu’elle est étudiante, analysait la vie politique du pays. Comment en est-elle venue au Parti Socialiste ? et surtout comment envisage-t-elle l’avenir de son parti ? retour sur 15 ans de militantisme au cœur du PS…

Marion se rappelle surtout de son indépendance. Dès ses 5 ans, elle demande à partir en colonie de vacances, 3 semaines, loin de sa famille. Son père exerce la médecine à Paris, elle vit avec sa mère, sa sœur et son frère à côté de Nevers. « Mon père faisait les allers-retours le week-end pour nous voir, mes parents étaient mariés mais vivaient séparément finalement. » Sa mère est fonctionnaire aux impôts. « Alors, elle a la gueule de l’emploi ? » Marion se marre « le pire c’est que je crois bien que oui ! » Ses parents sont de très jeunes parents. Ils mettent au monde leur premier enfant, l’année de leur bac. « A l’époque, comme beaucoup de pieds noirs d’Algérie et du Maroc, ils vivent en Martinique. Ils fuient la métropole à cause du racisme et du froid. Moi je vais naître quelques années plus tard à Nevers. » Marion se souvient que ses parents étaient relativement sévères. Les enfants sont éduqués dans la valeur travail. « Il fallait mériter ce qu’ils nous offraient. Mon père refusait parfois de m’acheter un t-shirt, alors qu’il avait de l’argent, par principe. » En Seconde, Marion demande l’internat au lycée, « je voulais faire ma crise d’adolescence tranquillement. » Puis direction la fac de Dijon pour un double DEUG Lettres/droit. Mais sa licence, elle la fera à Clermont-Ferrand « On avait monté un groupe avec des copains de ska-rock, et nous avions plus de chances de tourner à Clermont, qu’à Dijon. Du coup, on est tous venus faire nos études là. » On pourrait penser que ce groupe l’émancipe et est acte de rébellion « pas du tout, c’était du ska bourgeois, nous étions tous fils de médecin ! on n’avait aucune revendication ! » Et puis,  Marion s’ennuie sur les bancs de la fac de droit « ambiance pourrie ! » . Elle s’inscrit vaguement à la fac en 2001/2002, mais n’y met pas les pieds, elle se met à voyager. Elle part chez sa sœur dans les îles, et fait du bateau stop jusqu’à la Dominique « la Jamaïque sauvage. »

Elle acquiert une conscience politique le 21 avril 2002. « Je viens d’une famille modérée, à la fac de droit, je vois bien que je ne suis pas trop de droite, je suis plutôt du côté de ma sœur qui est enseignante. Mais le 21 avril, je suis sûre d’une chose, je ne veux pas vivre dans un pays raciste. » Marion passe les concours de sciences-po, elle est prise à celui de Grenoble. Quand Marion l’annonce à ses parents, elle pense les rendre fiers. Mais son père l’interpelle : « ça suffit, tu as bac+5, ton petit frère entre à la faculté à son tour, on ne va pas payer tes études jusqu’à la fin de notre vie. Tu te débrouilles. » Marion sera alors factrice. Tous les matins, en place et lieu des cours magistraux, elle pédale pour déposer le courrier dans les boîtes aux lettres. A partir de midi, elle se rend aux TD obligatoires. « A Science-po, je m’éclate, bonne ambiance, et je me découvre vraiment socialiste. » Pour sa dernière année, Marion décroche un stage à la coopé (salle de concert) de Clermont-Ferrand. « Pour des raisons personnelles, j’avais envie de revenir sur Clermont-Ferrand. C’est à cette époque aussi que je prends ma carte au PS. Je suis secrétaire à la fédération du PS à Nevers. Tous les lundis je fais ça,  et le reste de la semaine, je suis à Clermont. »

« A l’époque des Régionales ( 2004), je vis à Chamalières, et je vois Pierre-Joël Bonté prendre la place de Valery Giscard d’Estaing*. Je m’inscris alors à la section de Chamalières pour prendre ma part dans la défense des valeurs auxquelles je crois. Et puis, c’est en 2005, que je découvre de l’intérieur , pour la première fois, les fractures du parti. Le référendum sur l’Europe. Je me rends compte aussi, à cette époque, qu’au PS, si tu n’as pas de mandat, ou 30 ans de militantisme derrière toi, tu n’es qu’un microbe. Donc, ce que moi, je pensais, tout le monde s’en fichait royalement. »

Seul point positif, Marion est à Chamalières, dans le fief de Giscard, alors chacun a un mot d’encouragement, et même démontre une certaine tendresse.  Jean-Yves Gouttebel, président du département du Puy-de-Dôme, la recrute au cabinet chargée de mission des affaires culturelles et sociales. « Je découvre aussi que dans ma propre section, on suit tous des courants différents, mais on arrive à faire taire nos divisions pour tenter de gagner. »

En 2008, J-Y Gouttebel est exclu du Parti Socialiste, car il n’est pas le candidat désigné par les militants pour diriger le département. Pourtant, il l’emportera devant Michèle Andrée, la candidate socialiste. Le président du conseil général du Puy-de-Dôme ne se sent pas suivi par sa nouvelle recrue qui restera au PS. « Au même moment je suis élue à Chamalières avec mon étiquette socialiste. Je dois beaucoup à JY Gouttebel, mais là, je ne l’ai pas suivi. J’ai donc cherché du travail ailleurs. » Rien ne marche.  Jusqu’au jour, où une de ses amies de la fac de droit de Dijon l’appelle pour lui annoncer que Rebsamen vient d’être sénateur et qu’il cherche un assistant parlementaire. Marion envoie son CV sans grande conviction. Mais un lundi soir, elle reçoit un appel, elle doit être le lendemain à Paris, pour 9H. « Impossible » répond-elle. « Aucun train ne me permettra d’être à Paris avant 9heures » Le directeur de cabinet s’agace et décale à midi. Marion est en avance à la gare, le lendemain, mais là, elle voit son train annulé ! « J’ai appelé un copain intermittent qui m’a prêté sa vieille Kangoo. A l’époque, ni GPS, ni téléphone. J’arrive devant le Sénat, et là, juste devant, une place pour se garer. Je n’ai jamais revu cette place vide en 8 ans !  C’etait un signe, c’était pour moi» Marion, après avoir pleuré 15 fois en voiture, de panique, colère, stress, se pointe au Sénat. Elle se trompe de bureau, et se cogne à Michel Charasse, le sénateur du Puy-de-Dôme, qu’elle connaît et aime beaucoup. Il l’amène jusqu’à François Rebsamen, le bureau d’à côté. « Après l’entretien, il me confie : je ne peux pas bananer une jeune fille qui s’est présentée dans l’opposition,à Chamalières, qui arrive en Kangoo au Sénat, défiant toutes les mauvaises tuiles. » En une semaine Marion a déménagé à Paris, et démissionné du conseil général. Du Puy-de-Dôme.

«Succession de réussites ensuite ! en 2011, je deviens cheffe de cabinet du groupe PS au Sénat. Puis en 2014, je mets au monde mon premier enfant, je suis élue adjointe à la municipalité de Clermont, et François Rebsamen devient ministre du travail, et je suis sa cheffe de cabinet. Que de beaux souvenirs ! »

Mais, en 2017, la chute est rude. Marion n’est pas désignée pour les législatives  « j’ai pâti de ma réputation de parachutée ce qui est totalement faux. On a supposé aussi que j’avais couché pour en arriver là. C’est douloureux tout ça. Et puis, plus drôle, on m’a dit que je voulais aller trop vite. Résultats : 6 mois plus tard, le président de la république a 39 ans. Ca aura au moins donné tort aux vieux shnocks de la politique. »

Tiens d’ailleurs Macron tu en penses quoi ?

« J’ai bossé à Bercy de septembre 2015 à mai 2017, pour lui, avec Martine Pinville sur les questions de l’ESS. ( Economie Sociale et Solidaire) alors qu’elle était secrétaire d’état. C’était intéressant. » Marion n’en dira pas plus, en tous cas, ce n’est pas son meilleur souvenir « ce que j’ai préféré, c’est d’être cheffe de cabinet au Sénat ! En plus on gagne les présidentielles derrière… »

Bon mais revenons à nos Macron.. « Il n’est que le produit de l’accumulation de nos erreurs. Le PS a été mauvais. La déloyauté a été considérée comme une vertu avec les frondeurs. Et Valls a été d’une intransigeance destructrice ! Tu rajoutes à cela le fait que Hollande ait, selon ses proches « l’affect d’un galet ». Ceci dit, ça l’a aidé à surmonter toutes les critiques. Aujourd’hui Hamon crée son nouveau parti M1717. IL me fait rire lui.Dois-je te rappeler que c’est lui qui pour virer Ayrault a fait appel à Valls, cet homme si autoritaire, qui a enfoncé le quinquennat avec son 49,3 ?  Mais cette histoire ce n’est pas le pire dans l’histoire du quinquennat. Pour moi la pire des boulettes, c’est la déchéance de nationalité. Et puis, une mauvaise gestion de Hollande. Il répondait au télephone à tout le monde. Tous les journalistes pouvaient l’interviewer quand ils le souhaitaient. Alors, évidemment on sortait de 5 ans de sarkozysme. Mais quand même, il faut contrôler un peu sa communication quand tu es président. »

Marion n’en démord pas. Le quinquennat de Hollande aurait pu être largement mieux, même si, selon elle, l’ex président de la république aurait pu apaiser les rapports, si Valls n’avait pas été désigné premier ministre. Aujourd’hui le parti d’Emmanuel Macron la questionne « on ne sait pas vraiment ce que c’est. Non, je crois encore à la refondation du Parti socialiste mais il faut de nouvelles bases. Après, le problème du PS, c’est aussi d’être une synthèse molle, consensuelle. Un empire du Milieu. Je crois qu’il faut voter les lois même si elles viennent de nos adversaires, à partir du moment où elles nous correspondent. On n’a même plus de journalistes qui se rendent à nos Conseils Nationaux. Avant, au moins, on nous détestait. Maintenant, on n’existe même plus… Y a du boulot et je ne sais pas quelle place et utilité je peux avoir»

Aujourd’hui Marion est revenue dans la société civile « j’ai bouffé, dormi, vécu PS, tout ça c’est derrière moi… » Elle aspire à une vie normale, à élever ses 2 jeunes fils, à retrouver « la liberté. Inconsciemment, tu sers une cause, et sans recul, tu n’es pas critique…l’exercice du pouvoir c’est dur. » Marion a pointé au chômage. Elle crée un tiers-lieu avec son conjoint dans Clermont-Ferrand, en plein centre. « Un lieu de vie, où dormir, manger, organiser des expos, des conférences… » Même si Marion le sait bien « je suis une élue locale en responsabilité, Je n’ai pas l’impression que la vraie vie c’est de pointer à Pôle Emploi. On m’a emmerdé avec ça, que je n’étais pas soi-disant dans la vraie vie quand j’étais assistante parlementaire. Mais rassure-moi, la vraie vie, ce n’est pas que les galères, le chômage, les factures, et tout le reste ?  La vraie vie, c’est de vivre d’un métier qu’on aime, de profiter de ses enfants, de ses amis, de sa famille…Peu importe ce que tu votes…ou ce pour quoi tu luttes…Je ne me sens pas plus connectée aujourd’hui qu’avant dans les couloirs du Sénat ou quand j’allais taper à plus de 2000 portes pour les cantonales auxquelles pourtant j’ai pris une sacrée veste. » Pas de quoi décontenancer Marion qui a toujours cru en sa bonne étoile… « sinon, comment tu expliques la place libre devant le Sénat, le Kangoo qui trouve le chemin presque tout seul, ma famille aimante, mes amis, mes enfants. J’écoute souvent René Char me sussurrer dans les moments de doute, sa phrase qui est devenue culte dans mon existence:  » Impose ta chance, serre ton bonheur, et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront. » 

 

 

 

*https://www.youtube.com/watch?v=wP5lJc75Cvs

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