Publié le 05 avril 2018,
Hier, mercredi 04 avril, journée complète de mobilisation étudiante à Clermont-Ferrand. Assemblée générale sur l’heure du déjeuner, soutien à la manifestation des cheminots en après-midi et projection du documentaire de Jean-Robert Viallet « Etudiants : l’avenir à crédit » pour conclure la soirée en présence du réalisateur. Retour sur une journée riche d’enseignement…
Les lycéens et étudiants réunis pour cette deuxième assemblée générale en deux semaines se réjouissent. « On parle de nous, on assiste à un changement de ton du gouvernement. Ça montre que notre mouvement fait peur, ça montre que ce qu’on fait est important ! »
Midi, une centaine de personnes sont réunies, pique-niques déballés, dans le grand amphi 2 de Gergovia pour discuter et voter. Le débat sur les modes d’actions se cristallise autour de la question du blocage d’une salle de la faculté. Un mode de mobilisation qu’on voit fleurir dans plusieurs universités en France mais qui, à la vue du nombre limité de personnes mobilisées ici à Clermont Auvergne, fait débat.
Si quelques-uns défendent l’idée en soutenant que « L’occupation d’une salle permettra des débats informels et attirera des gens qui ne viennent pas en assemblée générale », d’autres, ont peur qu’une action d’une telle envergure essouffle le mouvement. Le vote à mains levées tranchera : une courte majorité décide d’ajourner la décision sur le blocage. En attendant, des barrages filtrants sont déjà organisés à l’entrée de la faculté de lettres. Objectifs, augmenter la visibilité du mouvement et informer un maximum d’étudiants sur les enjeux de la loi ORE.
Après avoir passé l’après-midi à manifester avec les cheminots, une partie des étudiants se sont retrouvés en soirée à l’amphi Agnès Varda, pour la projection du film « Etudiants : l’avenir à crédit » en présence du réalisateur Jean-Robert Viallet. De quoi satisfaire, ceux qui ce midi, désiraient « Encore prendre le temps d’expliquer que c’est une mauvaise réforme avant de passer à des actions plus importantes ».
Le documentaire traite de la marchandisation de l’enseignement à travers le prisme du financement des études. Plusieurs systèmes sont mis en parallèles Angleterre, France, Allemagne, Suède et enfin Etats-Unis. Un ultime arrêt qui offre une vision futuriste et glaçante. Le développement d’un système d’écoles privées à but lucratif qui endettent des jeunes sur des dizaines d’années sans garantie aucune, ni de qualité d’enseignement, ni de perspective d’emploi.
Là-bas, le droit d’étudier s’est transformé en droit d’accès à un crédit d’études. Une mutation aux conséquences lourdes. En effet, selon le réalisateur « Le crédit est un système disciplinaire, puisqu’il force la population à s’intégrer à la suite de leurs études dans le système économique telle qu’il fonctionne pour rembourser le prêt contracté ». Une manière d’étouffer le potentiel imaginatif politique. Avant de pouvoir prendre le temps de former une quelconque pensée critique, il faut rembourser. Et la logique se répète tous les mois pendant de longues années…
Cyril Triolaire, maître de conférences à l’Université Clermont Auvergne précise que cette évolution est un choix de société. « Le rognage est présenté comme quelque chose d’inéluctable alors que l’on voit qu’il s’agit d’un dispositif structurel venant d’une idéologie »
Pour preuve, il renvoie au rapport de Robert Gary-Bobo, professeur d’économie à l’ENSAE, disponible ici.
http://www.sauvonsluniversite.fr/IMG/pdf/note_em_garybobo2016-1.pdf
Ce document, interne à l’équipe d’En Marche et élaboré avant l’élection d’Emmanuel Macron, explique sans détour l’objectif de la future réforme et la stratégie de communication qui devra l’accompagner.
Les 10 pages détaillent par exemple comment « Instaurer la sélection mine de rien », décrite comme une première étape du processus vers la mise en place d’un système payant. Vient alors une autre problématique, « Comment faire passer la pilule de la hausse des droits d’inscription ? ». La réponse proposée : graduellement et en assurant l’accès au crédit pour tous.
Benoît, étudiant engagé et spectateur conclut, « Le film montre bien ce qui va nous arriver si on ne se mobilise pas massivement ». Le réalisateur acquiesce et ajoute « Pendant mon enquête, aux Etats-Unis, un jeune diplômé m’a un jour dit « surtout ne faites jamais comme chez nous… » »
Gwendoline Rovai