Épisode 4 – Le temps en détention

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Parole de détenus : le temps…

 

«  En prison, le temps passe lentement…Toutes les secondes ne sont pas égales. La notion d’attente entraine la frustration et la déception. Une seconde en prison ça n’a rien à voir avec la seconde qui s’écoule bien trop vite dehors…Ici, le temps s’arrête. Tout est décalé. Ici, les nouvelles de l’extérieur arrivent trois semaines plus tard…Par exemple, j’ai pris connaissance de la mention de ma fille au bac fin juillet, quand j’ai reçu son courrier ! Nous ne sommes plus habitués à cela, car nous vivons dans un monde de l’immédiateté. Ici, tu apprends à attendre, pour la promenade, pour un café, pour ta cantine.

Malheureusement, les promenades passent très vite, par exemple, contrairement aux nuits.

Ici, le temps s’étire tellement que je suis incapable de dire ce que j’ai mangé hier, j’ai l’impression que c’était voilà trop longtemps.

Et puis parfois ce temps est épuisant. Celui de voir ses enfants au parloir. Jeles ai vus à la Toussaint. J’avais fait la demande le 26 juillet…

Et puis, il ya aussi la temporalité de la justice. Certains ici sont en mandat de dépôt et attendent la date de leur jugement. Alors, nous apprenons à apprivoiser le temps, à le prendre. Nous lisons beaucoup, nous profitons de chaque promenade, de chaque atelier ; et on se dit qu’on se ferait chier si tout passait trop vite, alors on profite de ce temps…Nous cherchons des solutions pour améliorer notre quotidien. Nous écrivons à nos proches.

Pour les surveillants aussi les journées doivent être longues. Ils vivent la même temporalité que nous, ils vivent la détention à nos côtés.

En fait, dans la prison le pire ce n’est pas l’enfermement, mais c’est l’ennui. Tu dois amadouer le temps qui passe pour pouvoir gérer au mieux ta détention. Il faut s’attendre à attendre. L’impatience est la pire ennemie des détenus.

Ca nous fera du bien à notre sortie, on apprendra peut-être mieux à profiter de l’instant présent…Mais c’est certain, nous vivrons à contre-courant de cette société qui bouscule, court, presse…Nous aurons au moins appris cela ici : se faire de l’ennui, un compagnon de cellule… »

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