Dimanche j’ai voté mais je n’irai pas dimanche prochain

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En fin de semaine dernière j’ai lu les tracts des différentes listes. Pas tant pour faire un choix – les programmes ne sont jamais respectés – que pour voir les arguments avancés par les uns et les autres. J’étais à peu près décidé à ne pas voter, car je suis convaincu que les progrès sociaux viennent des luttes, de l’action syndicale, des solidarités. Les changements décidés par les élus sont effectués soit sous la contrainte de la rue, soit sous l’influence des capitalistes. Les élus ne représentent qu’eux même.
Par sympathie envers les camarades de Lutte Ouvrière qui luttent toute l’année et qui sont des travailleurs et travailleuses comme moi, j’ai lu plus attentivement le tract de LO. C’était un tract contestataire et pédagogique : la lutte des classes existe, les élections sont le moyen pour les notables locaux de s’octroyer des appels d’offre (c’est tellement vrai). Leur objectif n’est pas d’être élu, juste de porter un message.
C’est pour ça que moi, anarchiste engagé, j’ai voté dimanche : pour les remercier d’avoir diffusé ce tract à 40 millions de personnes.
Pour ça, et parce qu’il est difficile de justifier auprès de mes amis peu politisés le fait de ne pas voter. Je crois que voter ou pas voter, c’est un débat stérile. Qu’on vote ou pas, ça va pas changer la face du monde. Donc je vais voter, je dis que j’ai été, et ça aide à justifier mon discours par ailleurs auprès d’eux.
Juste après avoir voté, je suis allé à Clermont-Ferrand distribuer des tracts pour une réunion publique que mon organisation politique tiendra cette semaine. A trois nous avons distribué 600 tracts, échangé avec des gens d’accord, pas d’accord. Certains refusaient le tract. Quand je leur disais « Eh mais c’est pas pour les élections », ils se retournaient, me tendais la main et disaient « ah bon, alors je prends ». C’est pas la politique que les gens fuient, c’est le jeu électoral. J’ai eu le sentiment que ces trois heures passées à diffuser mes idées, à les confronter à celles des autres, valaient infiniment plus qu’un bulletin de vote.
Je ne voterai pas au second tour, ou blanc, qu’est-ce qu’on s’en fout ? Le risque front national, j’en suis conscient. Mais si l’extrême droite monte, c’est aussi parce que les gens qu’on met au pouvoir en votant contre le FN entretiennent la corruption et leurs intérêts de classe. Si les anticapitalistes votent capitaliste, les électeurs déçus ne voient que le FN comme alternative.
Non, lutter contre le front national, c’est lutter tous les jours contre les préjugés, les blagues racistes, le machisme. C’est lutter tous les jours pour plus de liberté et plus d’égalité : diffuser des idées, manifester, participer à des actions de désobéissance, participer à des débats, des ciné-discussion, signer une pétition pour la régularisation des sans-papier, coller des affiches (sur des affiches du FN de préférence), s’engueuler avec ses voisins racistes, se réconcilier autour d’un verre, participer à la vie associative, à la construction du lien social, à l’animation d’un village, à une collecte de solidarité, à un blog qui diffuse des idées nouvelles, à un blog qui diffuse des idées anciennes aussi, s’inscrire à un syndicat, à un syndicat de lutte, à une association contre le racisme, à RESF, à un collectif antifa.
Il y a mille façons d’être utile, mille façons de s’engager, pourquoi considérer que le vote est la seule qui n’est pas facultative ?

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